Le Sénégal commémore ce lundi 14 septembre 2026 le 29e anniversaire du rappel à Dieu de El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabakh, troisième khalife général des Tidianes. Né en 1904 à Tivaouane, fils de Seydil Hadji Malick Sy et de Sokhna Safiétou Niang, il avait accédé au khalifat en 1957, après les disparitions successives de ses frères, Seydi Ababacar Sy et El Hadji Mouhamadou Mansour Sy.
À la tête de la communauté tidiane pendant quatre décennies, Mame Abdou s'est imposé comme une autorité religieuse dont l'influence dépassait largement les frontières de Tivaouane. Sa parole était écoutée aussi bien par les fidèles que par les responsables politiques, les autres guides religieux et les représentants des différentes confessions.
Un héritier fidèle à Maodo
Érudit, éducateur, prédicateur et homme de dialogue, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh s'est attaché à préserver et transmettre l'héritage de son père, Seydil Hadji Malick Sy.
Formé au Coran, à l'exégèse, au droit malikite, à la théologie et au soufisme, il disposait d'une solide culture islamique. Son rayonnement dépassa rapidement le Sénégal. Il fut notamment sollicité dans plusieurs pays et participa, en 1965, au Congrès islamique de La Mecque.
Pour lui, préserver l'héritage de Maodo ne consistait pas uniquement à conserver le passé. Il fallait surtout transmettre ses valeurs aux nouvelles générations : foi, discipline, travail, solidarité, respect et responsabilité.
Son surnom « Dabakh », associé à la générosité en wolof, résumait également son rapport aux populations. Il accordait une grande importance aux plus modestes, à l'éducation et au travail, notamment dans le monde rural.
Un trait d'union entre les familles religieuses
L'une des grandes marques de son magistère reste son engagement en faveur de l'entente entre les différentes familles religieuses du Sénégal.
Proche des autres foyers religieux, Mame Abdou refusait que les relations entre Tivaouane et Touba soient enfermées dans une logique de rivalité. Il défendait plutôt une complémentarité au service de la communauté musulmane et de la nation.
Son ouverture s'étendait également aux autres confessions. Son amitié avec le cardinal Hyacinthe Thiandoum reste un symbole fort du dialogue islamo-chrétien au Sénégal.
Cette capacité à dépasser les clivages a largement contribué à faire de lui une personnalité écoutée bien au-delà de la communauté tidiane.
Une voix libre face au pouvoir
Mame Abdou Aziz Sy Dabakh n'était pas un homme politique. Mais il considérait qu'une autorité religieuse ne pouvait rester silencieuse lorsque la paix sociale ou l'intérêt général étaient menacés.
Avec les gouvernants comme avec l'opposition, il conservait une liberté de ton fondée sur la même exigence : placer l'intérêt du Sénégal au-dessus des intérêts particuliers.
Durant certaines périodes de tension politique, notamment sous le régime d'Abdou Diouf, il joua un rôle de médiateur. Son implication dans des crises comme celle liée au plan Sakho-Loum illustre cette fonction de régulation qu'il assumait sans chercher de pouvoir institutionnel.
Aux dirigeants, il rappelait leurs responsabilités envers les populations. Aux responsables religieux, il demandait vérité et discernement. Aux jeunes, il recommandait le travail, la formation et la dignité.
Une parole redécouverte lors des crises
Près de trois décennies après sa disparition, l'influence de Mame Abdou reste perceptible dans les périodes de tension que traverse le Sénégal.
Ses anciens prêches ont notamment été largement rediffusés lors des crises politiques de juin 2011 et de mars 2021. Des générations qui ne l'avaient jamais rencontré ont ainsi découvert une parole appelant au calme, au dialogue et au dépassement.
Le 14 septembre 2026 marque donc bien plus qu'un anniversaire. Il rappelle le parcours d'un homme dont l'autorité reposait davantage sur la confiance et la parole que sur le pouvoir.
Vingt-neuf ans après son rappel à Dieu, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh reste ainsi présent dans la mémoire collective sénégalaise. Et lorsque le pays cherche encore les mots de l'apaisement, les siens continuent de résonner.






