Thierno Alassane Sall a livré, dimanche 27 septembre 2026, une charge politique contre la gestion des affaires publiques, en plaçant au cœur de son intervention la situation sociale, les difficultés du secteur énergétique et le dossier opposant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) à la société espagnole AEE Power EPC.
Le député a ouvert sa conférence de presse par un hommage aux victimes du naufrage du Joola, survenu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002. Vingt-quatre ans après cette catastrophe, il estime que le Sénégal doit davantage tirer les enseignements des drames collectifs en renforçant la prévention, la vigilance de l’État et la protection des citoyens.
Pauvreté et chômage au centre de ses critiques
Pour Thierno Alassane Sall, les principales urgences auxquelles les pouvoirs publics devraient consacrer leurs efforts restent la pauvreté, le chômage, les pertes d’emplois, l’insécurité et les difficultés d’accès aux services essentiels.
À l’appui de son propos, il a notamment cité les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Au premier trimestre 2026, le taux de chômage élargi était estimé à 22,9 % au Sénégal, contre 21,7 % à la même période de 2025. Chez les jeunes âgés de 15 à 34 ans, ce taux atteignait 28,4 %.
Il s’est également référé aux données d’Afrobarometer sur la pauvreté vécue. Une publication rendue publique en 2026, à partir de données recueillies en 2025, indique que 80 % des personnes interrogées en milieu rural ont connu une pauvreté vécue modérée ou forte.
Pour le président de République des Valeurs, ces indicateurs devraient replacer les préoccupations économiques et sociales au premier rang de l’action publique. Il reproche au pouvoir de consacrer une part excessive de son énergie aux confrontations politiques, au détriment, selon lui, des difficultés quotidiennes des ménages.
Le secteur de l’énergie dans le viseur
L’ancien ministre de l’Énergie a également consacré une large partie de son intervention à la situation de l’électricité. Il soutient que le Sénégal, qui exportait de l’énergie vers certains pays voisins, est désormais contraint de recourir davantage aux importations pour satisfaire ses besoins.
Thierno Alassane Sall affirme notamment que le pays importe jusqu’à 200 mégawatts depuis la Guinée. Il met également en cause les conditions d’exploitation de certaines unités de production et estime que les récentes coupures d’électricité révèlent une fragilité du système de production.
Ces appréciations et les explications techniques avancées au cours de la conférence de presse constituent la lecture de Thierno Alassane Sall et n’ont pas été présentées, dans son texte liminaire, comme des conclusions établies par une expertise indépendante.
Le député a surtout voulu élargir le débat à l’électrification rurale. Selon lui, les difficultés ponctuellement vécues dans les grandes agglomérations ne doivent pas occulter la situation de nombreuses localités qui restent durablement privées d'électricité.
ASER–AEE Power : les 37 milliards au cœur de la controverse
C'est sur le dossier ASER–AEE Power EPC que Thierno Alassane Sall s'est montré le plus insistant. Le marché, signé en février 2024, porte sur un vaste programme d'électrification de localités rurales pour un montant global d'environ 92 milliards de francs CFA.
Le député affirme qu'environ 37 milliards de francs CFA ont été versés à AEE Power EPC dans le cadre du financement du projet, alors que l'exécution des travaux resterait, selon lui, très en deçà des objectifs annoncés. Il soutient que moins d'une trentaine de villages auraient effectivement bénéficié de réalisations et reproche aux autorités de ne pas avoir obtenu la restitution des sommes engagées ou une accélération substantielle du chantier.
Thierno Alassane Sall affirme par ailleurs que plusieurs alertes administratives et financières avaient été émises à partir de 2024. Il reproche au gouvernement de n'avoir pas pris, à ses yeux, les mesures nécessaires pour préserver les intérêts de l'État et garantir l'exécution du marché.
Le dossier a désormais franchi une nouvelle étape judiciaire. Le parquet financier a annoncé, en août 2026, l'ouverture d'une information judiciaire concernant l'exécution du marché liant l'ASER à AEE Power EPC. Cette procédure fait suite à une plainte déposée en octobre 2025 par Thierno Alassane Sall. À ce stade, l'existence d'une enquête ou d'une information judiciaire ne préjuge pas de la culpabilité des personnes ou entreprises concernées.
AEE Power conteste la lecture de Thierno Alassane Sall
Les responsables d'AEE Power EPC ont, de leur côté, défendu une autre lecture du blocage du projet. En août 2026, José Ángel González Tausz avait notamment attribué les retards à la longue suspension du marché et soutenu que son entreprise avait déjà engagé d'importantes dépenses auprès de fournisseurs.
Il avait également affirmé que la société était disposée à reprendre les travaux, tout en demandant aux autorités sénégalaises de garantir la disponibilité des financements restants et les conditions administratives nécessaires à la poursuite du chantier.
Ces déclarations sont contestées par Thierno Alassane Sall, qui considère que la priorité doit être de justifier précisément l'utilisation des fonds déjà décaissés et d'établir les responsabilités dans l'état actuel d'exécution du programme.
Une mobilisation annoncée autour du dossier
Le député dit vouloir poursuivre ses démarches sur les terrains judiciaire, politique et citoyen. Il a annoncé son intention de se rapprocher des populations des villages concernés par le programme d'électrification et évoqué, avec des acteurs de la société civile, la possibilité d'organiser une marche.
« Ce dossier n'est pas une querelle politique mais une affaire d'argent public », a-t-il déclaré dans son texte liminaire, en assurant vouloir maintenir la pression pour que toute la lumière soit faite sur l'utilisation des fonds et l'exécution du marché.
Au-delà de l'affaire ASER–AEE Power, Thierno Alassane Sall a enfin dénoncé ce qu'il considère comme un traitement différencié des dossiers économiques et judiciaires. Une appréciation politique qu'il oppose à l'exigence, selon lui, d'une même reddition des comptes pour tous les acteurs concernés.







