La rencontre devait permettre de faire le point sur les objectifs et les perspectives du projet environnemental associant notamment Thiès, Pikine et Toubacouta, avec l’appui de partenaires italiens. Mais le maire de Thiès a profité de la présence des différentes délégations pour préciser clairement sa ligne.
Pour lui, le changement climatique constitue désormais l’un des défis majeurs auxquels les villes doivent apporter des réponses structurées et durables.
« Les grandes villes qui ont un avenir se positionnent sur cette question et travaillent à bâtir une stratégie durable », a-t-il souligné.
Thiès veut passer des plans aux réalisations
La Ville de Thiès dispose déjà, selon le maire, de plusieurs instruments destinés à accompagner sa politique environnementale.Il cite notamment un plan climat, un programme de repeuplement et de végétalisation, une pépinière municipale ainsi qu'une stratégie de récupération et d'aménagement des espaces publics.
La municipalité travaille également à la revitalisation du Bois de ville et à la sécurisation de l'approvisionnement en eau de plusieurs espaces appelés à accueillir des opérations de reverdissement.
Sur ce dernier point, le maire considère la maîtrise de l'eau comme une condition indispensable à toute politique sérieuse de ville verte.
« Les gens parlent beaucoup de climat, d'espaces verts, de villes vertes, mais si vous n'avez pas une maîtrise de l'eau, comment pouvez-vous avoir une stratégie durable ? »La Ville indique ainsi travailler à renforcer son autonomie en eau, notamment à travers la réalisation de forages, afin de pouvoir accompagner durablement les plantations et les futurs aménagements verts.
« Un séminaire n'a jamais construit une ville »
C'est surtout sur la méthode que le maire de Thiès s'est montré particulièrement exigeant.Devant ses partenaires, il a demandé que la nouvelle phase du projet quitte rapidement le terrain des études et des rencontres institutionnelles pour se traduire par des actions directement perceptibles par les populations.
« Un séminaire n'a jamais construit une ville. Un séminaire n'a jamais construit une nation. »Le maire reconnaît la nécessité de réfléchir, de planifier et de disposer d'expertise. Mais il estime que Thiès possède déjà suffisamment de documents stratégiques pour pouvoir désormais accélérer la mise en œuvre.
« Nous avons un plan climat. Ceux qui ont des avis à y ajouter ont le temps de le faire. Le document est disponible », a-t-il rappelé.
Avant d'insister :
« Moi, je suis un maire engagé sur du concret, sur du concret, sur du concret. »
Les jeunes et les femmes au centre de ses exigences
Le maire souhaite notamment que les financements mobilisés puissent avoir des répercussions beaucoup plus directes sur la jeunesse et les femmes de Thiès.Il réclame des initiatives permettant de créer des activités, de fournir des outils de travail et d'impliquer davantage les populations dans la transformation environnementale de la ville.
Pour l'édile, les déplacements, missions, séminaires et échanges internationaux ne peuvent constituer une finalité.
« Ce que je veux, c'est connecter la jeunesse de Thiès, les femmes de Thiès, pour que ces gens-là puissent avoir des outils de travail, du concret sur le terrain. »Une exigence qui devrait désormais servir de boussole aux responsables du projet dans le choix des activités de substitution et des prochaines interventions.
Le maire menace d'arrêter les partenariats sans résultats
Le message le plus ferme de la rencontre a concerné l'avenir même du partenariat.Le maire assure qu'il n'hésitera pas à mettre fin à tout programme qui ne produirait pas d'effets suffisamment visibles pour la ville et ses habitants.
« Si ce projet-là n'apporte pas du concret, je vais mettre fin à ce projet. »Une position qu'il dit avoir déjà appliquée à d'autres partenariats par le passé.
« Nous avions des projets avec des Américains auxquels j'ai mis fin parce que cela n'apportait rien à la ville de Thiès », a-t-il affirmé.
Il avertit ainsi que les missions à l'étranger ne sauraient, à elles seules, justifier la poursuite d'un programme.
« Si ce projet n'apporte rien à la ville de Thiès que des voyages, je vais l'arrêter. »
Reboisement, lutte contre les inondations et activités génératrices de revenus
Les interventions techniques entendues lors de la rencontre ont également mis l'accent sur le rôle du reboisement dans la lutte contre le changement climatique.Une responsable de la protection des forêts a notamment recommandé de multiplier les plantations afin de renforcer les capacités de séquestration du carbone, mais également de réduire le ruissellement des eaux.
La disparition progressive des massifs forestiers peut, selon elle, aggraver les problèmes d'inondation, tandis que les arbres favorisent l'infiltration des eaux grâce à leurs systèmes racinaires.
Elle préconise également la mise en place de bandes anti-érosives dans les zones exposées au ruissellement.
La participation des femmes pourrait également être renforcée à travers la plantation d'espèces fruitières susceptibles d'alimenter de nouvelles chaînes de valeur : transformation de produits, production horticole et développement d'activités génératrices de revenus.
Autre proposition : mettre à disposition de chaque collectivité concernée un espace permanent de production de plants forestiers et fruitiers.
Faire de Thiès une référence dans la transition climatique
À travers cette rencontre, la Ville affiche donc une ambition : ne plus considérer les questions climatiques comme de simples thématiques de réflexion, mais comme un véritable chantier de transformation urbaine.Avec son plan climat, sa pépinière municipale, ses projets de reboisement, la récupération des espaces publics et la recherche d'une meilleure maîtrise de l'eau, Thiès veut accélérer.
Le maire souhaite surtout que la ville occupe une position de premier plan parmi les collectivités engagées dans le projet.
Son message aux partenaires est désormais sans ambiguïté : les financements, les études et la coopération internationale seront jugés à l'aune de leurs résultats sur le terrain.
À Thiès, la nouvelle doctrine municipale tient ainsi en quelques mots : moins de rapports qui dorment dans les bureaux, davantage d'arbres, d'espaces aménagés, d'opportunités pour les jeunes et les femmes et, surtout, du concret pour les populations.