L’événement s’est déroulé sous haute tension. Selon plusieurs témoignages relayés sur les réseaux sociaux, des dispositifs sécuritaires ont été mis en place afin de permettre le transfert du corps et le déroulement de la cérémonie funéraire. Fait notable, les deux autorités rivales qui se disputent le pouvoir en Libye ont, dans un premier temps, affiché une attitude distante. Le gouvernement basé à Tripoli a officiellement condamné l’événement, tandis que le camp adverse a préféré observer un silence total. Toutefois, en coulisses, des forces relevant des deux camps auraient été mobilisées pour éviter des débordements et sécuriser la levée du corps.
La cérémonie s’est tenue peu après la prière du vendredi. Le cercueil, porté par des hommes en tenue militaire, a traversé une foule dense et recueillie, composée de sympathisants, d’anciens fidèles du régime et de simples citoyens venus exprimer leur attachement à une figure qui continue de diviser la Libye. Aucun appel officiel n’aurait été lancé par la famille pour mobiliser la population, laissant place à une participation décrite comme spontanée et populaire.
Malgré l’ampleur de la mobilisation, la presse occidentale est restée largement silencieuse sur cet événement. Ce sont principalement les réseaux sociaux qui ont permis la diffusion d’images, de vidéos et de témoignages, donnant à voir l’importance symbolique de ces funérailles pour une frange non négligeable du peuple libyen. Ces plateformes ont ainsi joué un rôle central dans la circulation de l’information, en l’absence de couverture médiatique internationale significative.
Autre fait marquant : le silence quasi total des dirigeants africains. Aucun communiqué officiel n’a été publié pour commenter ou condamner ce que certains Libyens qualifient de crime politique. Ce mutisme contraste fortement avec l’empressement observé chez certains responsables africains à se rendre aux funérailles organisées dans les capitales occidentales lors d’événements tragiques similaires.
Il convient toutefois de souligner que les circonstances exactes de la mort de Saïf al-Islam et l’authenticité même de ces funérailles demeurent sujettes à controverse, en l’absence de confirmation indépendante et officielle unanimement reconnue. Cette opacité illustre une fois de plus la fragmentation politique et informationnelle qui caractérise la Libye depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi.
Qu’elles soient symboliques ou réelles, ces funérailles ont ravivé les lignes de fracture du pays et rappelé que, plus d’une décennie après 2011, la mémoire du régime Kadhafi continue de mobiliser, de diviser et d’émouvoir une partie importante de la population libyenne.
