Menu
L'Actualité au Sénégal

Inondations au Maroc : Ksar El Kébir, poumon agricole de Tanger frappé de plein fouet


Rédigé le Jeudi 5 Février 2026 à 17:29 | Lu 53 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


Les pluies diluviennes qui s’abattent depuis plusieurs jours sur le nord-ouest du Maroc ont provoqué une situation d’urgence sans précédent. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 140 000 personnes ont été évacuées en moins d’une semaine, alors que plusieurs provinces ont été placées en alerte météorologique maximale. Parmi les zones les plus durement touchées figure Ksar El Kébir, territoire stratégique pour l’économie nationale et maillon essentiel de l’approvisionnement de la région de Tanger.


Une ville encerclée par les eaux

À Ksar El Kébir, la montée brutale du fleuve Loukkos, gonflé par des précipitations exceptionnelles, a transformé des quartiers entiers en zones sinistrées. Des scènes spectaculaires ont marqué les opérations de secours : des enfants, des personnes âgées et des familles entières piégés sur les toits de leurs maisons, attendant l’arrivée de la gendarmerie royale. Les évacuations ont été menées à l’aide de barques et d’embarcations légères, parfois dans des conditions extrêmes.

Les autorités météorologiques ont, par ailleurs, maintenu les alertes jeudi et vendredi, annonçant de nouvelles pluies intenses, des orages accompagnés de grêle et de violentes rafales de vent, faisant craindre une aggravation de la situation.
 

Des déplacements massifs de population

Dans son dernier bilan publié le jeudi 5 février, le ministère de l’Intérieur a fait état de 143 164 personnes évacuées dans le cadre d’actions préventives visant à protéger les vies humaines. Dans la province voisine de Sidi Kacem, située à environ 120 kilomètres au sud de Ksar El Kébir, plus de 10 000 habitants ont été déplacés, certains héliportés en urgence vers des zones sûres.
 

Les dégâts matériels sont considérables : routes impraticables, ponts submergés, réseaux endommagés et vastes étendues agricoles noyées sous les eaux, notamment des champs de citronniers et de cultures maraîchères.

 

Ksar El Kébir, pilier de l’approvisionnement de Tanger

Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est toute l’économie régionale qui vacille. Ksar El Kébir constitue l’arrière-pays agricole de Tanger, deuxième pôle économique du pays après Casablanca. La plaine environnante, réputée pour ses cultures de céréales, de pommes de terre et de betteraves sucrières, est aujourd’hui ravagée.

Les pertes de production s’annoncent lourdes et risquent d’avoir un impact direct sur les marchés, les chaînes d’approvisionnement et les prix des denrées alimentaires dans le nord du royaume.
 

« C’est Ksar El Kébir qui fait vivre toute la région »

Pour Abdellah El-Fergui, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises et opérateur économique local, la situation est critique. Il rappelle le rôle central de la ville :

« Ksar El Kébir, c’est l’arrière-pays de Tanger. Cette zone alimente toute la région, que ce soit en produits agricoles, en artisanat ou en main-d’œuvre. Quand Ksar El Kébir est paralysée, c’est toute la chaîne économique qui s’effondre. »

Dans cette cité où dominent l’artisanat, les petits commerces et les PME, de nombreuses entreprises se retrouvent aujourd’hui à l’arrêt. Les dégâts matériels, combinés à l’impossibilité de travailler, font planer la menace de faillites en cascade.
 

Appel à des mesures économiques d’urgence

Face à cette situation, les représentants des TPE et PME réclament des mesures exceptionnelles. Abdellah El-Fergui plaide pour la mise en place rapide d’une commission de veille économique, chargée de traiter les dossiers d’entreprises sinistrées :

« Il faut des allègements sur les arriérés fiscaux, bancaires et administratifs. Comme lors de la crise du Covid, l’État doit accompagner les entreprises pour éviter un effondrement économique durable. »
 

La gestion de l’eau au cœur des critiques

Ces inondations relancent également le débat sur la gestion des ressources hydriques dans une région historiquement exposée aux crues. La Confédération des PME pointe une planification insuffisante et un manque d’anticipation. Le barrage Oued El Makhazine, situé à une dizaine de kilomètres de Ksar El Kébir, a atteint un taux de remplissage record de 146,85 %, selon le ministère de l’Équipement et de l’Eau, soulevant des interrogations sur la gestion des excédents d’eau.
 

Un contexte climatique de plus en plus meurtrier

Ces événements s’inscrivent dans une série noire. Mi-décembre dernier, 37 personnes avaient perdu la vie à Safi lors de crues soudaines, le bilan le plus lourd enregistré au Maroc depuis dix ans pour ce type de catastrophes naturelles.

À Ksar El Kébir, alors que les eaux commencent à peine à se retirer par endroits, l’heure est déjà à l’évaluation des dégâts et à l’angoisse de lendemains incertains. Entre urgence humanitaire, crise économique et défi climatique, la ville symbolise aujourd’hui la vulnérabilité croissante de zones pourtant vitales pour l’économie marocaine.



Lat Soukabé Fall

Nouveau commentaire :