D’après des sites spécialisés, la fortune de Nicolás Maduro oscillerait entre 4 et 9 millions de dollars. Mais les soupçons vont bien au-delà. En août dernier, la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, annonçait la saisie d’actifs évalués à 700 millions de dollars, soupçonnés d’appartenir à l’ancien chef de l’État. Villas de luxe, voitures haut de gamme, avions privés et bijoux auraient été localisés aux États-Unis et en République dominicaine.
Une richesse incompatible avec la situation du pays
Arrivé au pouvoir en 2013 après la mort d’Hugo Chávez, Nicolás Maduro dirigeait un pays déjà fragilisé, rapidement plongé dans une crise économique majeure, aggravée par des sanctions internationales. Entre 2014 et 2020, le produit intérieur brut du Venezuela s’est effondré de 74 %, selon une étude de l’Ifri. En 2024, plus de 73 % des ménages vivaient sous le seuil de pauvreté, dont plus d’un tiers en situation d’extrême pauvreté.
Officiellement, Nicolás Maduro déclarait un salaire annuel d’environ 45 000 dollars. Une somme bien éloignée des montants aujourd’hui évoqués.
Une corruption enracinée dans l’histoire pétrolière du Venezuela
Pour le politologue Laurent Delcourt, spécialiste de l’Amérique latine et chargé d’études au CETRI (Belgique), Nicolás Maduro ne fait que s’inscrire dans une longue tradition d’enrichissement personnel liée à la rente pétrolière. Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, avec plus de 303 milliards de barils, selon l’Opep.
Le pétrole représente environ 80 % des revenus d’exportation et la moitié des recettes fiscales du pays. « Le contrôle de cette rente offre des opportunités considérables d’enrichissement personnel, de consolidation politique et de renforcement des réseaux de pouvoir », explique l’expert.
Des pratiques anciennes et institutionnalisées
La corruption pétrolière ne date pas du régime Maduro. Dès le début du XXᵉ siècle, le dictateur Juan Vicente Gómez s’était enrichi grâce à des concessions opaques accordées à des compagnies pétrolières américaines. Plus tard, Marcos Pérez Jiménez aurait détourné près de 200 millions de dollars durant son mandat, tandis que le président Carlos Andrés Pérez fut condamné pour corruption en 1993.
Même sous Hugo Chávez, malgré les programmes sociaux financés par la manne pétrolière, une nouvelle élite appelée « bolibourgeoisie » a émergé, composée de hauts responsables politiques et administratifs.
Un « sauve-qui-peut » sous le régime Maduro
Selon Laurent Delcourt, la grave crise économique sous Nicolás Maduro aurait favorisé un climat de prédation généralisée au sommet de l’État. Plusieurs dirigeants chavistes auraient cherché à sécuriser leur avenir par l’accumulation de fonds illicites liés au pétrole.
L’arrestation en avril 2024 de Tareck El Aissami, ancien ministre du Pétrole et ex-président de la compagnie publique PDVSA, dans une affaire de détournement de milliards de dollars, illustre cette dérive. Une opération que certains observateurs considèrent aussi comme une purge politique.
Une pratique mondiale
Le Venezuela n’est toutefois pas un cas isolé. « Des mécanismes similaires existent au Nigeria, en Angola, en Arabie saoudite ou encore en Russie », rappelle le spécialiste. Cette semaine, la Suisse a d’ailleurs décidé de geler les avoirs potentiels de Nicolás Maduro et de 36 de ses proches, dont son épouse Cilia Flores, afin d’empêcher toute fuite de fonds supposément acquis de manière illicite.
Aucun montant précis n’a été communiqué, mais la mesure confirme l’ampleur des soupçons qui entourent désormais l’ancien homme fort de Caracas.

