Marié et père de trois enfants, le défunt servait au sein de la légion de gendarmerie de Tambacounda où il occupait le poste sensible de chef du Service administratif et technique (SAT). Décrit par plusieurs de ses collègues comme un homme discret, rigoureux et respecté, rien ne semblait annoncer une telle tragédie.
Une absence inhabituelle qui inquiète ses collègues
Tout commence jeudi dernier, peu après la mi-journée. Au sein de la caserne, plusieurs gendarmes remarquent l’absence inhabituelle de leur collègue. Les heures passent et M. Ndiath reste injoignable. Ses téléphones sonnent dans le vide.
D’abord convaincus qu’il s’était peut-être absenté pour une urgence personnelle, certains de ses collègues commencent progressivement à s’inquiéter. Au moment du déjeuner, plusieurs tentatives d’appel sont effectuées, mais aucune ne reçoit de réponse.
L’inquiétude grandit rapidement.
Face à ce silence étrange, quelques éléments de l’unité décident alors de se rendre directement à son domicile situé dans la commune de Tambacounda. Une fois sur place, ils frappent à plusieurs reprises à la porte. Aucun mouvement à l’intérieur. Aucun bruit. Aucun signe de vie.
Après de longues minutes d’attente, les gendarmes prennent finalement la décision de forcer l’entrée.
La découverte macabre
À l’intérieur de la maison, la scène est insoutenable.
Le sous-officier est retrouvé allongé dans une mare de sang. Une balle lui a traversé la tête. Son arme de service est encore à proximité de son corps.
Le choc est immense pour ses collègues qui peinent à croire à ce qu’ils viennent de découvrir. Très vite, la hiérarchie militaire est alertée et un important dispositif sécuritaire est déployé autour du domicile.
Mais ce qui bouleversera davantage les enquêteurs et les proches du défunt, c’est surtout la lettre retrouvée à côté du corps.
“Je ne peux plus vivre…”
Dans ce message rédigé avant son passage à l’acte, M. Ndiath aurait confié son profond désespoir. Selon les informations rapportées, le gendarme expliquait ne plus supporter le poids des difficultés financières qui l’étouffaient depuis plusieurs mois.
Derrière cette détresse se cacherait une addiction aux paris en ligne.
Le sous-officier aurait perdu d’importantes sommes d’argent dans des plateformes de paris sportifs et de jeux en ligne. Pris dans un engrenage infernal, il aurait tenté à plusieurs reprises de se refaire, aggravant encore davantage sa situation financière.
Dans sa lettre, il aurait évoqué la honte, la peur du regard des autres et l’impossibilité de continuer à vivre avec cette pression psychologique permanente.
Des mots décrits comme particulièrement bouleversants par plusieurs personnes ayant eu connaissance du contenu du document.
Le piège silencieux des paris en ligne
Ce drame remet brutalement au centre des débats la question des paris sportifs au Sénégal. Ces dernières années, les plateformes de jeux en ligne se sont multipliées dans le pays, attirant massivement les jeunes, les travailleurs et même certains agents de l’administration.
Dans les quartiers populaires comme dans les grandes villes, les kiosques de paris sont devenus omniprésents. Beaucoup y voient un moyen rapide de gagner de l’argent dans un contexte économique difficile.
Mais derrière les promesses de gains faciles, de nombreuses familles racontent aujourd’hui des histoires de dettes, de dépression, de violences familiales et parfois de drames humains.
Plusieurs spécialistes alertent depuis longtemps sur les risques d’addiction liés aux paris sportifs, notamment chez les personnes fragilisées par des difficultés financières ou psychologiques.
Une enquête ouverte
Après les constatations d’usage, la dépouille du sous-officier a été transférée à l’hôpital régional de Tambacounda pour autopsie avant d’être acheminée vers Dakar.
Originaire de Pikine, M. Ndiath a finalement été inhumé au cimetière musulman de sa localité dans une atmosphère de profonde émotion.
Pendant ce temps, les investigations se poursuivent.
Une enquête a été confiée à la Section de recherches de Tambacounda afin de déterminer avec précision les circonstances du drame. Les enquêteurs cherchent notamment à évaluer l’ampleur des pertes financières subies par le défunt, mais également l’origine des fonds utilisés dans les paris en ligne.
Au sein de la gendarmerie comme dans l’opinion publique, ce drame laisse un profond malaise.
Car derrière l’image de l’uniforme et de la discipline militaire se cachait un homme visiblement rongé par une souffrance silencieuse que personne n’avait réellement perçue.
