Des vidéos flamboyantes pour appâter les victimes
Tout commence au début du mois de février 2026. Séduite par des vidéos TikTok où l’on voit « Petit Simbo » exhiber des liasses de billets soigneusement rangées dans un sac Gucci, l’épouse de I. Sèye entre en contact avec l’influenceur. Se présentant comme un marabout aux pouvoirs extraordinaires, celui-ci promet richesse, chance et prospérité.
La première étape paraît anodine : une « consultation spirituelle » facturée à 15 000 FCFA, réglée via mobile money sur un compte enregistré au nom de Cheikhouna Ndiaye. Puis vient l’offre qui fera basculer l’affaire : la promesse de multiplier 4,1 millions de FCFA, moyennant le même investissement initial, avec un partage égal des bénéfices.
Un périple soigneusement orchestré
Convaincu, I. Sèye rassemble l’argent et se rend avec son épouse à Kaolack pour rencontrer le prétendu marabout. Sur place, un certain Fallou les prend en charge. Commence alors un véritable parcours labyrinthique : Sibassor, puis un village reculé nommé Keur Saliou.
Le couple est conduit en calèche jusqu’au cœur de la brousse. Leur guide disparaît soudainement à moto, remplacé par un homme armé d’une machette qui les mène vers une tente isolée. L’ambiance est pesante, inquiétante, savamment calculée.
La grande mise en scène du charlatanisme
Aux alentours d’une heure du matin, Seydou Seck apparaît. Cette fois, il est armé. Devant les victimes, il étale des billets de banque au sol et dans des valises, censés représenter le fruit de la « multiplication mystique ». Mais l’opération n’est pas terminée, explique-t-il : il faut encore 3 millions de FCFA pour l’achat de parfums rituels indispensables.
Face au refus catégorique de I. Sèye, « Petit Simbo » propose un report de trois jours, tout en refusant de restituer l’argent déjà versé. Pire, il profite de la situation pour attirer deux autres femmes dans ses filets avant de disparaître.
Quand les victimes mènent l’enquête
Devenu injoignable, Seydou Seck pense avoir réussi son coup. Mais I. Sèye ne se résigne pas. Il se transforme en enquêteur amateur et utilise TikTok pour retracer les activités de l’escroc. C’est ainsi qu’il parvient à identifier deux autres victimes.
Un déplacement à Banjul pour déposer plainte ne donne rien. Mais la persévérance finit par payer. En saisissant la Direction des investigations criminelles (DIC), l’affaire prend une nouvelle tournure. Les enquêteurs remontent la piste jusqu’au marché de Bou Bess, à Dakine, présenté comme le fief du réseau.
Après plusieurs semaines de filature discrète, le domicile de Seydou Seck est localisé à Guédiawaye. Une opération est menée et l’influenceur est interpellé sans incident.
Un réseau encore dans le viseur de la police
L’arrestation de « Petit Simbo » n’est que la première étape. Les enquêteurs sont désormais à la recherche active de ses complices, notamment Fallou, Cheikhouna Ndiaye, Mbaye et d’autres membres présumés du réseau.
Ils devront répondre de lourdes accusations : association de malfaiteurs, charlatanisme, vol en réunion commis la nuit avec violence, et usage de faux.
Cette affaire met une nouvelle fois en lumière les dérives des réseaux sociaux, où l’illusion de la richesse et du pouvoir mystique devient une arme redoutable pour piéger des victimes en quête de solutions rapides. À l’ère du numérique, l’escroquerie a changé de visage mais pas de méthode.
