Parmi les ONG concernées figurent des acteurs majeurs de l’aide internationale, notamment Médecins Sans Frontières (MSF), Médecins du Monde, Handicap International et le Norwegian Refugee Council. Ces organisations assurent des services essentiels : soins médicaux d’urgence, prise en charge des blessés, soutien aux personnes handicapées et assistance aux populations déplacées.
Des exigences sécuritaires controversées
Pour justifier cette décision, le gouvernement israélien invoque des impératifs de sécurité. Selon le ministre israélien de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, certaines ONG auraient refusé de fournir des informations détaillées et vérifiables sur leurs employés, une condition jugée nécessaire pour prévenir toute infiltration de groupes armés au sein des structures humanitaires.
Les organisations visées ont désormais jusqu’au 1er mars 2026 pour mettre un terme à leurs activités si elles ne se conforment pas à ces nouvelles règles. Cette mesure découle d’une loi adoptée en mars 2025, renforçant les procédures d’enregistrement des ONG et les conditions d’octroi de visas pour leur personnel.
Les ONG dénoncent une atteinte à leur indépendance
Plusieurs ONG, dont Médecins Sans Frontières, ont assumé leur refus de transmettre les listes demandées. Elles estiment ne pas avoir obtenu de garanties suffisantes sur l’usage des données, craignant pour la sécurité de leurs employés et la remise en cause de leurs principes fondamentaux de neutralité et d’indépendance.
Pour ces organisations, céder à ces exigences risquerait de transformer l’aide humanitaire en outil politique, au détriment de la protection des civils.
L’ONU et l’UE dénoncent une décision aux conséquences graves
La réaction internationale ne s’est pas fait attendre. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a dénoncé une décision qui « aggrave une situation déjà intolérable pour la population de Gaza », estimant que ces suspensions arbitraires mettent directement en péril le droit international humanitaire.
L’Union européenne avait, elle aussi, alerté sur les risques liés à cette législation. La commissaire européenne Hadja Lahbib a rappelé que la loi israélienne sur l’enregistrement des ONG ne peut être appliquée dans sa forme actuelle, en raison de son impact négatif sur l’acheminement de l’aide humanitaire.
Une contestation jusque dans la société civile israélienne
Fait rare, 17 organisations israéliennes, majoritairement classées à gauche, ont publié un communiqué commun pour condamner cette mesure. Elles estiment que la radiation de ces ONG affaiblit gravement l’action humanitaire, met en danger les travailleurs humanitaires et compromet l’efficacité de la distribution de l’aide à Gaza.
Vers une asphyxie humanitaire ?
Cette nouvelle décision s’inscrit dans un contexte déjà extrêmement tendu. En 2024, Israël avait interdit à l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, d’opérer sur son territoire, l’accusant de liens avec l’attaque du 7 octobre 2023.
Aujourd’hui, la suspension massive d’ONG internationales fait craindre une réduction drastique de l’aide humanitaire, dans un territoire où les hôpitaux sont en ruines, les pénuries généralisées et des centaines de milliers de civils dépendent entièrement de l’assistance internationale pour survivre.
Les civils, premières victimes
Pris au piège d’un conflit prolongé et de décisions politiques restrictives, les habitants de Gaza risquent de payer le prix humain le plus lourd. Pour l’ONU et les organisations humanitaires, la priorité reste la même : garantir l’accès immédiat, sûr et indépendant de l’aide humanitaire, afin d’éviter une catastrophe aux proportions encore plus dramatiques.
