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Drame dans un daara à Rufisque : Khoudia Seye, alias « Ya Seyda », face à 15 ans de prison pour la mort d’un élève


Rédigé le Mardi 5 Mai 2026 à 22:39 | Lu 39 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


La Chambre criminelle de Dakar a examiné, ce mardi 5 mai 2026, une affaire tragique survenue dans un daara de Rufisque. Au cœur du dossier : la mort du jeune Assane Dieng, un élève de moins de 15 ans. Entre accusations de violences, témoignages troublants et conclusions médico-légales accablantes, le parquet a requis une lourde peine contre Khoudia Seye, principale mise en cause.


 

Le drame s’est noué dans le silence d’un daara de la cité Tacko, à Rufisque. Ce mardi 5 mai 2026, devant la Chambre criminelle de Dakar, l’affaire de la mort du jeune Assane Dieng a été examinée à huis clos, tant les faits sont graves et sensibles. Dans le box des accusés, Khoudia Seye, surnommée « Ya Seyda », et son époux Samba Ndiaye font face à la justice, poursuivis pour des violences ayant entraîné la mort d’un mineur de moins de 15 ans.
 

Assane Dieng n’avait passé qu’un mois dans cet internat coranique. Arrivé après la Tabaski, l’enfant, selon sa famille, n’a jamais réussi à s’adapter. Son grand-père raconte qu’il pleurait souvent et exprimait le souhait de quitter les lieux. Pourtant, du côté de l’encadrement, un tout autre récit est présenté. Le maître coranique Samba Ndiaye évoque un environnement structuré, encadré par plusieurs enseignants, où rien ne laissait présager un drame.
 

Le jour de sa mort, la version donnée à la famille est brève et troublante : l’enfant ne se serait pas réveillé. Mais très vite, les premiers constats médicaux viennent fissurer cette explication. À l’hôpital Youssou Mbargane, le médecin de garde observe des signes inquiétants : des traces au niveau du cou, des yeux rouges, des indices incompatibles avec une mort naturelle. Il délivre immédiatement un certificat de mort suspecte, ouvrant la voie à une autopsie.
 

Les conclusions médico-légales vont profondément alourdir le dossier. Le corps de l’enfant présente des contusions multiples, des fractures cervicales, et surtout des signes d’asphyxie mécanique. Autrement dit, une pression aurait été exercée sur son cou. Une révélation qui change tout et oriente l’enquête vers des violences graves.
 

Au fil des investigations, la parole des autres pensionnaires du daara se libère. Plusieurs enfants décrivent un climat de peur, fait de châtiments corporels et de punitions sévères. Certains évoquent même des cas de ligotage après des tentatives de fuite. L’un des témoignages les plus marquants, recueilli lors de l’enquête, accuse directement Khoudia Seye. Elle aurait, selon ces déclarations, battu Assane alors qu’il était déjà affaibli, sans lui apporter les soins nécessaires.

Des accusations que l’intéressée rejette catégoriquement.
 

À la barre, « Ya Seyda » nie toute implication. Elle affirme avoir découvert l’enfant sans vie au petit matin, assurant n’avoir exercé aucune violence à son encontre. Une ligne de défense ferme, qui contraste avec les éléments accablants présentés par l’accusation.
 

Dans son réquisitoire, le procureur de la République parle d’un « enchaînement de malheur », mais insiste sur une responsabilité humaine. Selon lui, la mort de l’enfant résulte de violences répétées suivies d’une asphyxie, dans un contexte de négligence. Il pointe également une tentative de dissimulation à travers une version des faits jugée incohérente.
 

Le ministère public a ainsi requis 15 ans de réclusion criminelle contre Khoudia Seye, la considérant comme la principale responsable. Contre Samba Ndiaye, il a demandé 5 ans de prison pour violences volontaires, tout en écartant sa responsabilité directe dans le décès. Quant au troisième accusé, présenté comme comptable du daara, aucune preuve suffisante n’a permis de retenir la complicité.
 

Du côté de la défense, les avocats dénoncent un dossier fragile. Ils estiment qu’aucune preuve formelle ne permet d’établir un lien direct entre Khoudia Seye et le mécanisme exact de la mort. Selon eux, une simple correction, même excessive, ne peut expliquer une asphyxie avec fractures cervicales. Ils plaident donc l’acquittement pur et simple.
 

Après des débats tendus et des témoignages bouleversants, la cour a décidé de mettre l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 2 juin 2026.
 

Au-delà de ce procès, c’est toute la question des conditions de vie dans certains daaras qui refait surface. Discipline, encadrement, protection des enfants : autant de sujets sensibles que cette affaire remet brutalement au cœur du débat public au Sénégal.



Lat Soukabé Fall

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