En fin d’après-midi, vers 18 heures, les deux jeunes hommes travaillent côte à côte comme cireurs de chaussures. Colocataires, cousins, ils partagent le même quotidien précaire. Ce jour-là, lorsqu’un client s’approche, chacun s’empare d’une chaussure. Le geste, banal en apparence, déclenche une vive altercation.
Les insultes fusent. Les coups s’échangent. Des commerçants interviennent rapidement pour séparer les deux protagonistes. L’incident semble clos. Le client s’éloigne. Le calme revient.
Mais la rancœur, elle, demeure.
Selon l’accusation, A. Dia serait revenu quelques instants plus tard pour en découdre une seconde fois. Un couteau apparaît. Un unique coup est porté à la poitrine, au niveau de la côte gauche.
À la barre, l’accusé tente de minimiser son geste. Il affirme avoir désarmé son cousin qui l’aurait menacé en premier. Il parle d’un moment d’égarement, d’une perte de contrôle.
« Je lui ai arraché l’arme des mains… C’est la main de Satan », déclare-t-il.
Mais les constatations médico-légales sont accablantes. La lame du couteau s’est brisée sous la violence du choc, laissant un fragment logé dans le thorax de la victime. Le certificat de genre de mort conclut à une hémorragie interne massive.
Le juge rappelle également que, lors de ses premières déclarations, l’accusé évoquait une simple aiguille de cireur. Une contradiction qui fragilise davantage sa défense.
Pour le procureur, la zone visée et la puissance du coup ne laissent guère place au doute. L’intention de tuer est, selon lui, caractérisée.
« Sous l’emprise de la colère, tu es capable de tuer », lance-t-il à l’accusé.
Toutefois, le parquet reconnaît une circonstance atténuante liée à la provocation née de la dispute initiale. Il requiert la requalification des faits en coups mortels et sollicite une peine de six ans de prison ferme.
L’audience a été marquée par une forte émotion. L’avocat de la défense, un homme au crépuscule de sa carrière, n’a pu retenir ses larmes en évoquant une famille originaire du Fouta déjà éprouvée par plusieurs deuils successifs.
Dans la salle, la grand-mère des deux jeunes hommes, digne et silencieuse, incarne la douleur la plus profonde. Pour elle, la justice ne ramènera pas celui qui est tombé. Et elle ne guérira pas totalement celui qui a frappé.
Un petit-fils repose sous terre.
Un autre risque de passer de longues années derrière les barreaux.
À l’issue des débats, la Chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 7 avril prochain.
