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THIÈS : MAMADOU BA ALERTE SUR UN PROJET DE FERME D’UN MILLION DE POULES PONDEUSES ET LA CONCURRENCE DES INVESTISSEURS ÉTRANGERS


Rédigé le Dimanche 11 Octobre 2026 à 14:53 | Lu 49 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


Le secrétaire général de l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS), Mamadou Ba, tire la sonnette d’alarme sur un projet de ferme industrielle d’un million de poules pondeuses. Il craint une perturbation du marché des œufs et des conséquences économiques pour les producteurs locaux, après deux décennies d’efforts pour consolider la filière avicole nationale.


La filière avicole sénégalaise est-elle confrontée à un nouveau défi susceptible de bouleverser ses équilibres économiques ? C’est l’interrogation soulevée par Mamadou Ba, secrétaire général de l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS), lors d’une mobilisation des acteurs du secteur organisée le samedi 10 octobre 2026 à Thiès, autour de la défense de la souveraineté avicole nationale.
 
Au centre des préoccupations figure un projet de ferme industrielle dont la capacité annoncée atteindrait un million de poules pondeuses. Une perspective qui suscite de vives inquiétudes chez les professionnels, soucieux de préserver les acquis de près de deux décennies de développement de l’aviculture nationale.

  Les inquiétudes portent notamment sur l’ampleur de l’investissement envisagé, ses effets potentiels sur la concurrence et la place que pourraient occuper les producteurs sénégalais face à des opérateurs disposant de moyens financiers et industriels importants.

Les investisseurs étrangers, en particulier chinois, sont évoqués dans les préoccupations soulevées autour de ce dossier. Toutefois, l’identité exacte du promoteur et la participation effective d’investisseurs chinois au projet restent à confirmer.
 

UN MILLION DE POULES PONDEUSES : UN RISQUE POUR L’ÉQUILIBRE DU MARCHÉ ?

Pour les acteurs de la filière, l’installation d’une exploitation de cette dimension soulève une question fondamentale : le marché sénégalais des œufs pourra-t-il absorber une production supplémentaire aussi importante sans conséquences sur les prix et les revenus des producteurs ?
 
Une ferme comptant un million de poules pondeuses représente une capacité industrielle considérable. Son entrée en production pourrait accroître sensiblement les volumes d’œufs disponibles sur le marché, selon le rythme de mise en exploitation, les performances des élevages et les débouchés commerciaux.
 
Si cette augmentation de l’offre n’est pas accompagnée d’une progression suffisante de la demande, les prix pourraient subir une pression à la baisse. Une telle évolution risquerait de réduire les marges des exploitations existantes, notamment celles qui disposent de ressources financières limitées pour faire face aux charges de production.
 
Les aviculteurs doivent déjà composer avec plusieurs difficultés, parmi lesquelles le coût de l’alimentation animale, les dépenses liées à l’entretien des installations, les besoins de financement et les contraintes de commercialisation. Dans ce contexte, l’arrivée d’une unité industrielle de très grande capacité pourrait accentuer la pression concurrentielle.
 
Pour Mamadou Ba et les professionnels mobilisés, l’enjeu consiste donc à anticiper les conséquences économiques d’un tel projet avant que ses effets ne se répercutent sur l’ensemble de la filière.
 

LES INVESTISSEURS ÉTRANGERS AU CŒUR DES PRÉOCCUPATIONS

La question de l’arrivée d’investisseurs étrangers dans le secteur avicole sénégalais suscite également des interrogations parmi les producteurs. Les investisseurs chinois, en particulier, sont évoqués dans les inquiétudes liées à ce type de projet industriel.
 
L’investissement étranger peut contribuer au développement économique d’un pays à travers la création d’emplois, l’introduction de nouvelles technologies, l’amélioration des capacités de production et le renforcement des circuits de distribution. Toutefois, les professionnels souhaitent que les conditions de ces investissements soient examinées afin de garantir une concurrence équilibrée et la pérennité des exploitations nationales.
 
La préoccupation exprimée par les acteurs de la filière porte notamment sur les capacités de production, les moyens financiers mobilisés et les conditions dans lesquelles les nouveaux opérateurs pourraient accéder au marché sénégalais.
  Les producteurs locaux redoutent qu’une différence importante de moyens entre les grandes unités industrielles et les exploitations déjà implantées ne fragilise les acteurs les moins capitalisés.
 
La question n’est donc pas uniquement de savoir qui investit, mais également de déterminer comment ces investissements peuvent s’intégrer dans l’économie nationale sans compromettre les activités des entreprises sénégalaises.
  À ce stade, les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir avec certitude l’identité du promoteur du projet, la nationalité de ses éventuels partenaires ni les modalités précises de leur participation. Ces éléments devront être confirmés avant toute conclusion sur l’implication d’investisseurs chinois.
 

VINGT ANS D’EFFORTS POUR CONSOLIDER LA FILIÈRE NATIONALE

Depuis plusieurs années, l’aviculture sénégalaise s’est développée grâce aux investissements privés, à l’organisation progressive des professionnels et aux politiques de protection du marché de la volaille.

  Cette évolution a contribué à renforcer les capacités nationales de production et à créer des activités économiques autour de l’élevage, de la distribution, du transport et de la commercialisation des produits avicoles.

  La région de Thiès occupe une place importante dans cette dynamique. Mais les exploitants continuent de faire face à des difficultés qui limitent parfois leur compétitivité.
 
Dans un reportage publié en mai 2026, l’Agence de presse sénégalaise (APS) faisait état des difficultés rencontrées par les aviculteurs de la région, notamment en raison de la cherté des intrants et des problèmes d’écoulement de la production.
 
Ces contraintes renforcent les préoccupations des professionnels, qui craignent qu’une augmentation importante des capacités industrielles ne vienne compliquer davantage la situation des exploitations déjà confrontées à des charges élevées.
 
Pour les responsables de l’IPAS, les décisions concernant les nouveaux investissements doivent tenir compte de cette réalité économique et de la nécessité de préserver les emplois et les revenus générés par la filière.
 

SOUVERAINETÉ AVICOLE : QUELLE PLACE POUR LES PRODUCTEURS SÉNÉGALAIS ?

Derrière cette controverse se pose la question de la souveraineté alimentaire et de la capacité du Sénégal à maîtriser le développement de sa production avicole.
 
La souveraineté avicole ne consiste pas uniquement à produire davantage d’œufs ou de volailles. Elle implique également de préserver un tissu d’entreprises nationales capables de participer durablement à l’approvisionnement du marché, de créer des emplois et de soutenir les activités économiques locales.

  Les professionnels souhaitent ainsi que les projets industriels de grande envergure soient évalués en fonction de leurs conséquences sur la concurrence, les prix, l’emploi et la pérennité des exploitations existantes.

  Ils attendent notamment une meilleure visibilité sur les capacités de production déjà installées, les besoins réels du marché, l’évolution de la consommation et les perspectives de commercialisation.

  Une évaluation économique préalable permettrait de mieux apprécier les effets potentiels d’une nouvelle unité industrielle et d'identifier les mesures nécessaires pour éviter un déséquilibre entre l’offre et la demande.
 

LES AUTORITÉS INTERPELLÉES SUR L’AVENIR DE LA FILIÈRE

La mobilisation des professionnels à Thiès remet ainsi au premier plan le rôle des autorités dans l’encadrement du développement du secteur avicole.

  Les acteurs souhaitent que les investissements soient examinés à la lumière des objectifs de développement économique national, de protection des emplois et de consolidation des entreprises sénégalaises.

  Il s’agit également de veiller à ce que les règles de concurrence s’appliquent à l’ensemble des opérateurs et que les décisions prises reposent sur des données techniques et économiques fiables.

  Pour les professionnels, l’enjeu est de trouver un équilibre entre l’ouverture aux investissements, le développement des capacités de production et la préservation des acquis de la filière nationale.
 
Une telle démarche suppose notamment de disposer d’informations précises sur le projet de ferme d’un million de poules pondeuses : son promoteur, sa localisation, son calendrier de réalisation, son financement, ses volumes prévisionnels de production et ses débouchés commerciaux.
 

UN DOSSIER À SUIVRE

En dénonçant les risques associés à ce projet, Mamadou Ba et les acteurs mobilisés entendent attirer l’attention sur les conséquences que pourrait avoir une concentration importante des capacités de production dans les mains d’un nombre limité d’opérateurs.

  Le développement de l’aviculture sénégalaise constitue un enjeu économique majeur, aussi bien pour l’approvisionnement des consommateurs que pour les milliers d’acteurs qui vivent directement ou indirectement de cette activité.
 
Reste désormais à connaître les caractéristiques exactes du projet et à mesurer, sur la base de données vérifiables, ses effets potentiels sur le marché des œufs.
 
À Thiès, le message des professionnels est clair : le développement des investissements dans l’aviculture doit aller de pair avec la préservation des producteurs locaux et la consolidation de la souveraineté avicole nationale.


Lat Soukabé Fall

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