Selon les éléments débattus à l'audience, la procédure a connu une tournure particulière. Les poursuites ont été engagées après qu'une plainte pour diffamation déposée par l'accusé lui-même a conduit les enquêteurs à s'intéresser aux accusations de viol formulées par la jeune femme.
À la barre, les versions des deux parties se sont révélées totalement opposées. La plaignante a soutenu qu'A. Diop l'avait appelée dans sa chambre sous prétexte de lui demander un service. Une fois sur place, il lui aurait demandé de pratiquer une fellation. Face à son refus, il l'aurait menacée de mort avant de lui imposer un rapport sexuel.
L'accusé reconnaît connaître M. Sy, leur voisinage expliquant leurs relations. Il affirme toutefois que la jeune femme est venue de son propre chef dans sa chambre un matin vers 7 heures pour lui déclarer son amour et qu'ils ont entretenu une relation sexuelle consentie. Selon lui, elle serait revenue le lendemain pour avoir un nouveau rapport, mais il aurait refusé.
A. Diop a également déclaré que la jeune femme lui avait proposé le mariage. Il affirme avoir décliné cette proposition, expliquant qu'il souhaitait se réconcilier avec son épouse. Toujours selon sa version, M. Sy l'aurait alors menacé de porter plainte pour viol s'il refusait de l'épouser.
Au cours des débats, il a été indiqué que la plaignante vit désormais à Linguère, où elle est mariée.
Le ministère public a néanmoins considéré que plusieurs éléments du dossier confortaient les accusations. Le procureur a notamment rappelé que deux témoins avaient déclaré avoir vu l'accusé frapper la jeune femme, estimant que ces témoignages confirmaient l'existence de liens entre eux. Il s'est également appuyé sur des conclusions médicales évoquant des troubles psychiques chez la plaignante.
Selon le parquet, une personne atteinte d'une déficience mentale, à l'instar d'un mineur, ne peut juridiquement consentir à une relation sexuelle. Le procureur a rejeté les arguments de la défense, estimant que seuls les professionnels de santé sont compétents pour apprécier l'état mental de la victime. Il a également reproché à l'accusé d'avoir tenté de discréditer la parole de la jeune femme en la présentant comme une personne aux mœurs légères.
Considérant que l'absence de consentement était caractérisée, le ministère public a demandé à la cour de déclarer A. Diop coupable et de le condamner à 15 ans de réclusion criminelle.
Assurée par Me Abdoulaye Tall, la défense a plaidé l'acquittement. L'avocat a soutenu que le dossier ne contenait pas de preuves suffisantes pour établir la culpabilité de son client. Selon lui, aucune expertise psychiatrique n'a démontré que la plaignante souffrait d'une déficience mentale au moment des faits, aucun document médical n'établit une incapacité à consentir et les témoins n'ont jamais assisté aux faits dénoncés.
L'avocat a également affirmé que son client avait tenté de faire comparaître la plaignante devant la cour, mais que celle-ci s'y était opposée. À ses yeux, les éléments du dossier ne permettent pas de caractériser l'infraction de viol et ne justifient pas une condamnation.
À l'issue des plaidoiries, la cour a mis l'affaire en délibéré. Le verdict sera rendu à une date ultérieure.
