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Linguère : le vol de bétail fragilise durablement les éleveurs du Ferlo


Rédigé le Mercredi 8 Avril 2026 à 10:37 | Lu 30 fois Rédigé par


Dans la zone de Linguère, le vol de bétail prend de l’ampleur. Témoignages d’éleveurs, analyses et réactions des autorités face à un phénomène qui menace l’économie locale.


Linguère : le vol de bétail fragilise durablement les éleveurs du Ferlo

 

Dans la zone sylvopastorale du Ferlo, le vol de bétail s’impose comme une inquiétude constante pour les éleveurs. À Barkédji et dans plusieurs localités du département de Linguère, ces pertes répétées affectent profondément les moyens de subsistance et déstabilisent l’économie locale.
Pour de nombreux éleveurs, la disparition d’un troupeau représente bien plus qu’une perte matérielle. Elle met en péril l’équilibre familial et compromet des années d’efforts. Awa Alassane Sow, éleveuse et responsable d’une organisation féminine d’élevage à Louga, en témoigne après avoir perdu une partie importante de son cheptel en janvier 2026. Sur 40 vaches disparues, seules 16 ont pu être retrouvées, laissant une perte considérable.
Elle décrit une situation fréquente dans la région, marquée par l’angoisse permanente de voir disparaître ses animaux. Malgré certaines récupérations, les responsables échappent souvent aux sanctions effectives, ce qui renforce le sentiment d’injustice chez les victimes.
À Dahra, Souleymane Ndiaye partage une expérience similaire. Il a perdu à plusieurs reprises un grand nombre de bêtes, notamment lors d’opérations liées à la Tabaski. Selon lui, ces vols répétés découragent les initiatives et poussent certains éleveurs à abandonner leur activité.
Les conséquences dépassent le cadre individuel. Derrière chaque perte, ce sont des familles fragilisées, des revenus en moins et des projets interrompus. De plus, le phénomène a évolué au fil du temps. Selon des spécialistes, il ne s’agit plus de faits isolés, mais d’un système structuré impliquant des réseaux organisés.
L’expert en élevage Madiaw Kandji souligne que l’amélioration des moyens de transport et de communication a facilité cette transformation. Des groupes coordonnés, parfois soutenus par des complicités locales, parviennent désormais à déplacer et revendre rapidement des troupeaux entiers.
Les forces de sécurité confirment cette évolution. Le Major Omar Cissé évoque un problème ancien devenu plus complexe, influencé par plusieurs facteurs comme la pauvreté, la transhumance, le manque de surveillance ou encore les tensions entre éleveurs et agriculteurs.
Sur le terrain, les méthodes utilisées témoignent de cette organisation. Certains vols sont préparés avec des moyens logistiques permettant une fuite rapide après les faits.
Face à cette situation, les autorités tentent de renforcer la lutte. Le préfet de Linguère indique que plusieurs cas ont été recensés au premier trimestre 2026, tout en soulignant les efforts engagés pour limiter le phénomène, notamment à travers des interpellations et des récupérations de bétail.
De nouvelles mesures sont envisagées, comme le renforcement des moyens des forces de sécurité, l’identification du cheptel et la mise en place de systèmes d’alerte précoce.
De leur côté, les éleveurs appellent à une réaction plus ferme. Certains plaident pour davantage de moyens sur le terrain, tandis que d’autres misent sur la solidarité locale, notamment via des groupes de communication pour signaler rapidement les incidents.
Dans cette région où l’élevage constitue un pilier économique, chaque perte aggrave la vulnérabilité des populations. Le phénomène alimente progressivement un climat d’insécurité, impactant durablement la vie sociale et économique du Ferlo.