Thiès : Babacar Diop doit-il se séparer de son conseiller culturel pour sauver la culture ?
Chapo : À Thiès, la fracture entre les artistes locaux et la politique culturelle municipale devient de plus en plus visible. Derrière ce malaise, un nom revient avec insistance : celui du conseiller culturel du maire. Une situation qui pose une question désormais incontournable : Babacar Diop peut-il continuer avec un conseiller aussi contesté sans affaiblir durablement la scène artistique thiessoise ?
Il faut parfois avoir le courage de dire les choses clairement. À Thiès, la politique culturelle actuelle pose problème. Et ce problème n’est plus un murmure dans les coulisses : il s’exprime ouvertement, sur les scènes, dans les discussions, et jusque dans les manifestations publiques.
Oui, le maire Babacar Diop est un travailleur reconnu. Oui, il a engagé des chantiers visibles, transformé des axes, modernisé des quartiers. Mais une ville ne se résume pas à ses pavés. Une ville, c’est aussi une âme. Et cette âme, à Thiès, ce sont ses artistes.
Un conseiller culturel devenu symbole du malaise
Dans toute gouvernance, l’entourage compte. Il peut renforcer une vision ou la déformer. Aujourd’hui, de nombreux acteurs culturels thiessois pointent du doigt un conseiller culturel devenu, à leurs yeux, le symbole d’une politique déconnectée du terrain.
Les critiques sont lourdes : manque de considération, choix jugés injustes, préférence systématique pour des artistes extérieurs, et surtout une vision élitiste qui semble ignorer le potentiel local. Certains témoignages évoquent même un discours dévalorisant à l’égard des artistes thiessois, qualifiés de dépassés ou incapables de porter de grandes scènes.
Si ces perceptions sont fondées, alors il ne s’agit plus d’un simple désaccord artistique. Il s’agit d’un problème politique.
Une erreur stratégique majeure
Écarter ou affaiblir les artistes locaux est une erreur stratégique. Car ce sont eux qui incarnent l’identité culturelle d’une ville. Ce sont eux qui créent le lien avec le public. Ce sont eux qui, à terme, peuvent porter le nom de Thiès bien au-delà de ses frontières.
Une mairie qui ne croit pas en ses artistes envoie un message dangereux : celui que la valeur vient toujours d’ailleurs. Celui que le talent local ne mérite ni investissement ni confiance. Celui que la reconnaissance ne se construit pas ici.
Or, le rôle d’un maire est exactement l’inverse : détecter, soutenir, structurer et propulser ses talents.
Playback ou live : le symbole d’un choix de vision
Le débat sur le playback est révélateur. Là où certains organisateurs privilégient la facilité et le spectacle formaté, les artistes thiessois réclament autre chose : le live.
Ils veulent jouer avec de vrais instruments. Se confronter au public. Élever leur niveau. Rivaliser avec les grands groupes. En un mot : exister artistiquement.
Refuser cette exigence, c’est enfermer les artistes dans une logique de figurants. C’est tuer la progression. C’est empêcher l’émergence d’une scène forte et crédible.
Babacar Diop face à un choix décisif
La question est désormais politique. Le maire de Thiès doit trancher. Peut-il continuer à s’appuyer sur un conseiller dont l’action est massivement contestée par ceux-là mêmes qu’il est censé accompagner ?
Ignorer ce malaise serait une erreur. Car la culture n’est pas un détail. Elle est un pilier du vivre-ensemble, un levier économique, un outil de rayonnement.
Changer de conseiller ne serait pas un aveu de faiblesse. Ce serait un signal fort. Un signal d’écoute. Un signal de respect. Un signal d’ambition.
Redonner aux artistes thiessois leur place
Les artistes de Thiès ne demandent pas des privilèges. Ils demandent une opportunité. Une reconnaissance. Une politique claire. Des scènes dignes. Des moyens pour progresser. Et surtout, le droit de défendre leur art chez eux.
Thiès ne peut pas continuer à célébrer la culture en marginalisant ses propres créateurs. Thiès doit produire ses stars, construire ses groupes, former ses talents et les hisser au plus haut niveau.
Et cela commence par une décision simple : remettre la politique culturelle sur de bons rails.
L’heure des décisions
Babacar Diop a prouvé qu’il savait agir. Aujourd’hui, les artistes attendent un acte fort.
Car au fond, la vraie question n’est plus de savoir s’il y a un problème. La vraie question est : le maire aura-t-il le courage de le corriger ?
