Tout commence dans les dernières secondes d’un match sous haute tension. À la 94e minute, alors que l’issue de la rencontre bascule, plusieurs supporters sénégalais sont interpellés pour des faits graves : violences, jets de projectiles, invasion de terrain.
Parmi eux, Abdoulaye Diop se souvient :
« Nous avons été arrêtés avant même de connaître le résultat final. Le penalty raté du Maroc, nous l’avons appris entre les mains de la police. »
Ce moment, censé être une célébration, marque en réalité le début d’un long calvaire.
Les premières heures de détention donnent le ton. Les témoignages évoquent une garde à vue éprouvante :
- Privation de nourriture et d’eau pendant près de 72 heures
- Obligation de dormir à même le sol
- Aucun contact avec l’extérieur
Même sans torture physique, la violence psychologique est immédiate.
Le transfert vers la prison d’Al Arjat 2 est décrit comme un moment d’angoisse extrême.
« Tout le personnel pénitentiaire était mobilisé, comme si nous étions des terroristes. »
À leur arrivée :
- Fouilles jugées brutales
- Placement immédiat en cellule
- Conditions matérielles quasi inexistantes
L’atmosphère est pesante, presque irréelle.
Le 19 janvier, en pleine période de jeûne, les détenus sont fixés sur leur sort. Mais même ce moment crucial se déroule dans la confusion :
- Verdict prononcé uniquement en arabe
- Traduction absente au moment décisif
- Peines allant de 3 mois à 1 an de prison
Un détenu, surnommé « Doyen », s’effondre sous le choc.
L’un des aspects les plus marquants reste l’isolement complet :
- Téléphones confisqués
- Une seule heure de cour par jour
- Aucune information sur le monde extérieur
Les détenus racontent avoir mis un mois avant de connaître l’identité du buteur sénégalais, Pape Gueye.
« Depuis la 94e minute, nous ne savions rien de la suite du match. »
Même libérés, les séquelles restent profondes.
Ibou, l’un des anciens détenus, confie :
« Le traumatisme est réel. Aujourd’hui, c’est comme si nous étions encore en prison. »
Insomnies, anxiété, pensées tournées vers ceux restés derrière les barreaux… la liberté a un goût amer.
Malgré tout, ces supporters assument :
« Nous ne regrettons rien. Nous nous sommes battus pour le drapeau. Le Sénégal d’abord. »
Une déclaration forte, révélatrice d’un attachement viscéral à la nation, mais qui pose aussi la question du prix à payer pour un tel engagement.
Au-delà des faits, ces témoignages soulèvent plusieurs interrogations :
- Les conditions de détention respectent-elles les standards internationaux ?
- Les droits des détenus étrangers sont-ils garantis ?
- Le sport peut-il justifier un tel basculement dans la violence et ses conséquences ?
Entre passion, dérive et répression, cette affaire restera comme l’un des épisodes les plus marquants vécus par des supporters sénégalais à l’étranger.
