Recordman des sélections avec désormais 131 capes, Idrissa Gueye dispute sa sixième CAN. Un chiffre rare, presque hors normes, qui témoigne d’une longévité exceptionnelle au plus haut niveau. Depuis le début du tournoi, le joueur au numéro 5 affiche une régularité impressionnante : cinq matchs joués intégralement, 450 minutes sur la pelouse, aucun carton jaune, et une influence constante sur le jeu sénégalais. Avec Krépin Diatta, il est le seul joueur de champ à n’avoir manqué aucune minute.
Choisi sans hésitation par le sélectionneur Pape Thiaw, Gana Gueye enchaîne les prestations solides, mêlant intelligence tactique, justesse technique et sérénité dans les moments décisifs. À son âge, il impressionne encore par sa fraîcheur physique et sa capacité à lire le jeu. Seul un but lui manque pour couronner un tournoi déjà proche de la perfection.
Interrogé sur cette longévité, l’intéressé reste fidèle à lui-même, humble et posé :
« Je n’ai absolument rien changé. J’ai toujours gardé les mêmes routines. C’est Allah qui me donne la santé et qui m’a permis d’être là aujourd’hui », confie-t-il.
Derrière cette simplicité affichée se cache pourtant un professionnel rigoureux, travailleur acharné et exemple pour les plus jeunes. Dans le vestiaire comme sur le terrain, Gana joue pleinement son rôle de grand frère.
Son influence dépasse largement le cadre du jeu. Pour les jeunes Lions, sa présence est une source de confiance permanente. Son partenaire au milieu, Pape Gueye, ne cache pas son admiration :
« Gana, c’est une chance pour nous. À chaque fois qu’il parle, on l’écoute. Il a vécu de grands matchs, de grandes compétitions. À ses côtés, tout devient plus simple. Il anticipe le jeu et comprend les temps forts et faibles d’un match.
À 36 ans, il joue comme s’il en avait 20. »
Un leadership naturel, sans brassard, mais profondément respecté.
Revenir sur le parcours de Gana Gueye, c’est raconter l’histoire d’un enfant de Dakar devenu l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football sénégalais. Sa première sélection remonte au 11 novembre 2011, lors d’un match amical face à la Guinée. Non retenu pour la CAN 2012, il n’abandonne jamais. Douze ans plus tard, il entre dans la légende en franchissant la barre symbolique des 100 sélections, une première pour un joueur sénégalais.
Son ancien formateur à Diambars, Boubacar Gadiaga, n’est pas surpris par son niveau actuel :
« Aujourd’hui, Gana est arrivé à maturité totale. Il connaît parfaitement son corps et son jeu. Ce qui me bluffe, c’est sa santé. Avec une hygiène de vie aussi saine, il peut encore jouer plusieurs années, à l’image de Ronaldo ou Messi. »
À ses débuts, Gana n’était pas forcément considéré comme le plus doué. Petit gabarit, discret, parfois sous-estimé. Mais son mental faisait déjà la différence. Mor Ndiaye, l’un de ses premiers entraîneurs, s’en souvient :
« Certains doutaient de lui, mais il s’est accroché. Il avait plus de volonté que les autres. Il mettait du cœur dans tout ce qu’il faisait. »
Rigoureux, discipliné, soigné, le jeune Idrissa s’est construit pierre après pierre, jusqu’à devenir ce milieu infatigable, capable de stabiliser toute une équipe.
Capitaine sans brassard, leader silencieux, Idrissa Gana Gueye est aujourd’hui l’un des repères majeurs de cette sélection sénégalaise. À deux matchs d’un nouveau sacre continental, les Lions savent qu’ils peuvent s’appuyer sur ce guide inflexible, symbole de résilience, de travail et de fidélité au maillot.
Face à l’Égypte, le Sénégal avancera avec une certitude : tant que Gana tient le tempo, l’espoir d’une deuxième étoile reste bien vivant.

