Thiès – Dans une déclaration aux accents à la fois politiques, économiques et institutionnels, Saer Mangane, responsable politique du parti Rewmi, a plaidé pour que la célébration de la fête de l’Indépendance du 4 avril prochain à Thiès ne soit pas un simple événement symbolique, mais le point de départ d’une véritable relance structurelle de la ville et de la région.
D’emblée, l’acteur politique a tenu à exprimer sa satisfaction à l’endroit du chef de l’État et de ses conseillers pour le choix porté sur Thiès comme ville hôte de cette célébration nationale. Pour lui, cette décision constitue une marque de considération forte envers la « capitale du rail », appelée à retrouver une place centrale dans la trajectoire nationale.
Mais au-delà de l’événement, Saer Mangane estime que la capacité de Thiès à accueillir une manifestation d’une telle envergure en seulement quelques mois repose sur un héritage plus ancien. À ce titre, il a rendu un hommage appuyé à Idrissa Seck, qu’il présente comme un « digne fils de Thiès », rappelant qu’à partir de 2004, ce dernier avait su impulser, avec l’appui de l’État, des projets structurants pour la ville. Selon lui, malgré les blocages politiques ayant freiné cet élan, une partie importante des infrastructures réalisées à l’époque continue de constituer l’ossature de la cité.
Dans cette dynamique, le responsable de Rewmi a invité le président de la République, à l’occasion du défilé du 4 Avril, à procéder à la réception officielle des infrastructures issues des anciens chantiers de Thiès. Il a également exhorté l’État à lancer l’exécution des nombreux projets déjà validés pour la région, estimant que la célébration de l’Indépendance ne doit pas se limiter à une parenthèse festive, mais devenir le socle d’une mise à niveau structurelle durable.
Appel aux maires de Thiès
Saer Mangane s’est aussi adressé aux différents maires des communes de Thiès, les appelant à mettre fin aux querelles qu’il juge « inutiles et inopportunes ». À ses yeux, le moment impose plutôt une démarche collective, orientée vers l’intérêt général, afin que les aménagements liés à la fête nationale soient pensés comme des investissements durables au bénéfice des populations thiessoises.
Selon lui, le développement local ne peut se construire dans la division ni dans les calculs politiciens, mais dans une logique de propositions concrètes soumises à l’État.
Inquiétudes sur le contexte international et ses conséquences économiques
Abordant ensuite la situation internationale, Saer Mangane a exprimé ses inquiétudes quant aux répercussions économiques des tensions géopolitiques mondiales, notamment au Proche-Orient. Il a mis en garde contre les effets qu’une aggravation de la crise pourrait avoir sur les prix du pétrole et du gaz, avec des conséquences directes sur les économies africaines, dont celle du Sénégal.
Il a relevé le paradoxe d’un pays producteur de pétrole brut comme le Sénégal, qui pourrait certes bénéficier d’une hausse des cours à l’exportation, notamment avec Sangomar, mais qui resterait vulnérable en raison de sa dépendance aux produits raffinés importés. Une flambée des prix à la pompe, a-t-il averti, aurait des conséquences en chaîne sur le transport, l’électricité et le coût de la vie, affectant lourdement le panier de la ménagère.
Dans le même ordre d’idées, il a insisté sur les risques qu’une crise prolongée ferait peser sur l’agriculture, en raison de l’impact du gaz sur le prix des engrais. Il a ainsi appelé l’État à davantage de vigilance, d’anticipation et de mesures sociales pour protéger les populations contre les effets d’une inflation importée.
Une critique sévère de la gouvernance
Sur le plan politique national, le responsable de Rewmi n’a pas épargné le pouvoir. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une gestion déconnectée des préoccupations réelles des Sénégalais, dans un contexte marqué par la cherté de la vie, les difficultés sociales et les attentes pressantes de la jeunesse.
Saer Mangane a notamment fustigé ce qu’il qualifie de dérive dans l’utilisation des symboles de l’État, regrettant que la présidence soit, selon lui, transformée en espace d’animation partisane, pendant que de nombreux ménages peinent à joindre les deux bouts, particulièrement en période de Ramadan.
Il a également critiqué la communication du Premier ministre, qu’il juge trop orientée vers la mise en scène médiatique et les réseaux sociaux, au détriment, selon lui, du traitement rigoureux des urgences économiques, sociales et sécuritaires. Pour lui, gouverner exige du sérieux, de la profondeur et une attention soutenue aux véritables préoccupations nationales.
Étudiants, enseignants, ambulants : « une situation délicate »
L’orateur a par ailleurs évoqué la situation sociale interne, qu’il juge préoccupante. Il a notamment insisté sur les difficultés rencontrées par les étudiants, les enseignants, mais aussi d’autres catégories sociales comme les ambulants et les travailleurs modestes.
Sur la question des enseignants, il a rappelé qu’aucun pays ne peut prétendre à un développement sérieux sans accorder une place centrale à l’école et à ceux qui la font vivre. Reprenant une idée qu’il dit partager profondément, il a estimé qu’un enseignant bien traité forme de grands intellectuels, et que de grands intellectuels fondent le développement d’une nation. Dès lors, il juge inadmissible que cette composante essentielle de la République soit confrontée à autant de difficultés.
Prudence sur les élections locales
Interpellé enfin sur ses perspectives politiques personnelles, notamment en vue des élections locales de 2027, Sae Mangane a adopté une posture de prudence et de discipline partisane. Il a rappelé appartenir à une formation politique structurée, Rewmi, au sein de laquelle militent d’autres responsables ayant autant de mérite et de légitimité.
Dans ce cadre, il a estimé qu’il ne serait pas approprié de se déclarer candidat sans concertation préalable avec les responsables et les militants du parti. Il a souligné l’importance de respecter les mécanismes internes de décision, tout en affirmant que son ambition pour Thiès et pour le Sénégal demeure intacte.
À travers cette sortie, Saer Mangane a donc voulu se positionner à la fois comme défenseur des intérêts de Thiès, observateur critique de la situation nationale, et responsable politique soucieux de conjuguer ambition personnelle, loyauté partisane et appel à une gouvernance plus attentive aux réalités du pays.