Si Thiès accueille cette année les célébrations du 4 avril, la ville reste surtout marquée par une longue tradition de contestation politique et sociale. Surnommée « ville rebelle », elle s’est imposée au fil du temps comme un bastion d’opposition face au pouvoir central basé à Dakar.
Cet esprit revendicatif remonte à la période coloniale. En 1938, les cheminots de Thiès déclenchent une grève pour réclamer de meilleures conditions de travail et une égalité de traitement. La répression du 27 septembre est particulièrement violente, causant plusieurs morts et de nombreux blessés.
Quelques années plus tard, entre 1947 et 1948, une autre mobilisation majeure est menée par les travailleurs du chemin de fer Dakar-Niger. Ce mouvement de longue durée, dirigé contre l’administration coloniale, devient un symbole fort des luttes sociales. Il sera immortalisé par Ousmane Sembène dans son œuvre Les Bouts de bois de Dieu.
Ces épisodes ont profondément façonné l’identité de la ville, en ancrant une culture politique fondée sur la revendication et la solidarité ouvrière. Aujourd’hui encore, toute agitation à Thiès résonne à l’échelle nationale.
Au fil des décennies, la ville est devenue un terrain politique stratégique, ayant vu émerger ou s’affronter plusieurs figures majeures telles que Léopold Sédar Senghor, Ousmane Ngom ou encore Idrissa Seck.
Selon l’universitaire Oumar Guèye, les électeurs thiéssois se distinguent par un vote motivé par des convictions profondes, souvent en réaction à des enjeux de justice ou de dignité.
L’histoire politique récente de la ville est également marquée par des tensions avec le pouvoir. En 1988, en pleine campagne, le président Abdou Diouf s’était attiré l’hostilité des populations locales, laissant des traces durables dans ses relations avec l’électorat thiéssois.
Par la suite, Abdoulaye Wade a su capter le soutien de la ville, avant que cette relation ne se détériore dans un contexte de tensions politiques liées à l’affaire des chantiers de Thiès, impliquant Idrissa Seck.
Durant près de vingt ans, ce dernier a consolidé son influence locale, faisant de Thiès un bastion politique difficile à conquérir. Toutefois, en 2020, son rapprochement avec Macky Sall a marqué un tournant. Une partie de la population y a vu une rupture avec ses positions antérieures.
Depuis, la ville s’est progressivement tournée vers de nouvelles forces politiques, notamment Pastef et la coalition Yewwi Askan Wi, confirmant ainsi sa réputation de territoire politiquement exigeant et en constante évolution.
