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Keur Massar–Toubab Dialao : une école privée transformée en centre de torture


Rédigé le Vendredi 23 Janvier 2026 à 10:44 | Lu 53 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


Un scandale d’une gravité exceptionnelle secoue le secteur de l’enseignement privé au Sénégal. Quatre responsables de l’American Dara Academy, un établissement situé entre Keur Massar et Toubab Dialao, ont été inculpés et arrêtés pour fonctionnement illégal, coups et blessures volontaires sur mineurs et mise en danger de la vie d’autrui. Ils ont été déférés ce mardi 21 janvier devant le parquet de Pikine-Guédiawaye par la Brigade de recherches de Keur Massar.


Selon les révélations du journal L’Observateur, l’affaire a éclaté le 12 janvier, à la suite d’une plainte déposée par Patrick Grey, directeur de la sécurité de l’ambassade des États-Unis à Dakar. Cette plainte faisait suite à la fugue d’une jeune pensionnaire américaine, qui a dénoncé des violences sévères et des traitements dégradants au sein de l’établissement.
 

Les premières investigations ont révélé que l’American Dara Academy accueillait près de 300 élèves, dont plus de 100 mineurs américains. L’établissement affichait un chiffre d’affaires mensuel estimé à environ 300 millions de francs CFA, alimenté par des frais de scolarité élevés versés par des familles expatriées.
 

L’enquête menée par les gendarmes a mis en lumière l’existence de pratiques punitives particulièrement violentes. Les élèves jugés indisciplinés étaient enfermés dans une pièce appelée la « Magic Room », décrite comme une véritable prison interne. Une équipe de superviseurs, surnommée « équipe de bastonnade », y infligeait des châtiments corporels systématiques.

Lors des perquisitions, la majorité des enfants, visiblement terrorisés, ont gardé le silence. Toutefois, quatre adolescents âgés de 13 à 16 ans ont accepté de témoigner. Ils ont relaté les sévices subis et présenté aux enquêteurs des cicatrices attestant des violences répétées.
 

Le quotidien du Groupe futurs médias révèle par ailleurs que l’école, ouverte en 2019 à Keur Massar pour former des enfants américains, notamment à la culture musulmane, avait connu un afflux rapide d’élèves. Pour y faire face, une annexe a été ouverte à Toubab Dialao, mais celle-ci fonctionnait sans aucune autorisation du ministère de l’Éducation.
 

Plus de 50 enfants y étaient hébergés dans des conditions jugées insalubres et dangereuses : bâtiments inachevés, absence de clôture, sanitaires à ciel ouvert et manque d’hygiène. L’enquête a également révélé que le véritable propriétaire de l’établissement serait M. S. Diallo, un binational américano-guinéen, qui utilisait un prête-nom afin de dissimuler son identité.
 

Face aux enquêteurs, les mis en cause ont tenté de minimiser les faits, parlant de simples « sermons éducatifs ». Une version contredite par le rapport de l’Action Éducative en Milieu Ouvert (Aemo), qui fait état d’une violence institutionnelle clairement établie et d’une absence totale de mécanismes de protection des enfants.
 

L’enquête se poursuit afin de déterminer l’ampleur exacte des traumatismes physiques et psychologiques subis par ces jeunes pensionnaires, tandis que d’autres témoignages pourraient encore émerger dans les prochains jours.



Lat Soukabé Fall

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