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L'Actualité au Sénégal

Keur Ayip : un économiste arrêté après une présumée arnaque de 655 millions FCFA


Rédigé le Jeudi 6 Août 2026 à 23:58 | Lu 58 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


Une promesse de grand projet industriel s’est transformée en cauchemar financier pour une communauté religieuse ivoirienne. Plus de 655 millions de FCFA auraient été soutirés à des fidèles et proches d’un pasteur à travers un prétendu projet de traitement des eaux usées destiné aux grands chantiers de Diamniadio.


Au cœur de cette affaire, K. Ph. Bledou, un économiste ivoirien de 37 ans, poursuivi pour faux, usage de faux et escroquerie. Le dossier a été examiné le 30 juillet 2026 par la chambre correctionnelle du Pool judiciaire financier. Le parquet a requis contre lui cinq ans de prison ferme.
 

Une rencontre née dans un contexte religieux

L’histoire commence en 2020 à Abidjan. Alors qu’il traversait des difficultés de santé, K. Ph. Bledou aurait été pris en charge par le pasteur K. A. R. Ano, qui aurait financé ses soins et organisé des séances de prière à son intention.
 

Après son rétablissement, l’homme aurait gagné la confiance du religieux en affirmant qu’il travaillait sur de grands contrats internationaux. Il lui aurait alors présenté un projet ambitieux : créer une entreprise spécialisée dans le traitement des eaux usées, avec une implantation prévue au Sénégal, notamment autour de Diamniadio.
 

Séduit par cette opportunité, le pasteur aurait accepté de soutenir financièrement l’initiative.
 

Des millions collectés auprès des fidèles

Installé progressivement à Dakar, le mis en cause aurait multiplié les demandes d’argent, évoquant des frais administratifs, des déplacements, des démarches auprès d’autorités et des besoins liés au lancement du projet.
 

Convaincu que cette entreprise devait servir à financer des œuvres sociales au profit des personnes vulnérables, le pasteur aurait mobilisé son entourage.
 

Entre décembre 2020 et mai 2025, une cinquantaine de personnes auraient participé au financement. Certains auraient utilisé leurs économies, contracté des prêts ou vendu des biens personnels.
 

Au total, les enquêteurs évaluent le montant transféré à 655 527 228 FCFA.
 

Des documents falsifiés pour maintenir l’illusion

Avec le temps, l’absence de réalisation concrète du projet aurait éveillé les soupçons. Pour rassurer ses investisseurs, K. Ph. Bledou aurait fourni plusieurs documents censés prouver l’existence et la solidité de son entreprise, baptisée AKAR GROUP.
 

Mais les investigations de la Division des investigations criminelles (DIC) auraient révélé plusieurs irrégularités. Le numéro d’identification nationale des entreprises (NINEA) aurait été modifié et certains relevés bancaires attribués à de grandes institutions financières auraient été falsifiés.
 

Les enquêteurs auraient conclu que les comptes présentés ne correspondaient pas à la réalité financière de l’entreprise.
 

Une arrestation alors qu’il tentait de quitter le pays

Après le dépôt d’une plainte, la DIC a ouvert une enquête. Sous le coup d’un mandat d’arrêt et d’une interdiction de sortie du territoire, K. Ph. Bledou a finalement été arrêté au poste-frontière de Keur Ayip.
 

Lors de son interrogatoire, il aurait reconnu avoir reçu les fonds et admis avoir utilisé de faux documents pour convaincre ses interlocuteurs.
 

Il aurait également déclaré qu’une partie de l’argent avait été remise à un intermédiaire et qu’une autre partie aurait servi à ses dépenses personnelles.
 

Un train de vie financé par les fonds collectés

Une perquisition à son domicile situé aux Almadies aurait permis aux enquêteurs de découvrir un cadre de vie luxueux : appartement loué à plus d’un million de FCFA par mois, mobilier haut de gamme, équipements coûteux et documents liés à AKAR GROUP.
 

Selon l’accusation, le prévenu aurait continué à solliciter de nouveaux financements alors qu’il savait déjà que le projet ne pouvait pas aboutir.
 

Le verdict attendu le 13 août

À l’audience, la partie civile réclame un milliard de FCFA de dommages et intérêts. Le ministère public financier a demandé une peine de cinq ans de prison ferme.
 

La défense, elle, a plaidé la relaxe, estimant que les faits ne seraient pas établis de manière suffisante.
 

Le tribunal rendra sa décision le 13 août prochain.



Lat Soukabé Fall

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