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Hommage au Président Abdoulaye Wade, « Ma part de vérité »


Rédigé le Dimanche 7 Juin 2026 à 21:18 | Lu 87


À l’occasion du centième anniversaire de l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, Ibrahima Macodou Fall, Directeur général de la NSTS et figure majeure de l’industrie textile sénégalaise, livre un témoignage rare et personnel sur l’homme d’État qu’il a côtoyé. À travers une série d’anecdotes inédites, il met en lumière la vision, le pragmatisme, l’ouverture d’esprit et le profond attachement de Me Wade au développement économique du Sénégal, tout en partageant « sa part de vérité » sur un dirigeant qui a durablement marqué l’histoire politique et industrielle du pays.


Hommage au Président Abdoulaye Wade, « Ma part de vérité »

Hommage au Président Abdoulaye Wade, « Ma part de vérité »

J’emprunte pour l’occasion, le titre de l’ouvrage du Président François Mitterrand « Ma part de vérité » pour rendre hommage au Président Abdoulaye à l’occasion de son 100e anniversaire..

J’ai choisi de partager, non pas une analyse de son parcours politique, ni une présentation de son œuvre qui a fait l’objet de nombreuses publications, mais quelques souvenirs personnels qui m’ont marqués tirés des rencontres et échanges que j’ai eu le privilège d’avoir avec le Président Wade en ma qualité de chef d’entreprise.

Ces témoignages relatent un vécu, des situations dont j’ai été acteur direct et qui constituent une part de l’histoire que j’ai eu la chance et l’honneur de partager avec le Président Abdoulaye.

Ils ne prétendent nullement résumer l’Homme Abdoulaye Wade dans toute sa complexité et sa grandeur, mais ils permettent d’éclairer certains traits de sa personnalité, qui m’ont particulièrement marqués :

  • Son respect et sa considération aux chefs d’entreprise et investisseurs,
  • Son ouverture aux idées , sons sens du débat contradictoire,
  • Sa capacité à reconnaitre les compétences de chacun,
  • Son pragmatisme,
  • Son ambition forte pour le Sénégal
  • Son style direct, exigeant, parfois déroutant.

A travers ces anecdotes, je souhaite avec humilité apporter une contribution modeste mais authentique en hommage au Président Abdoulaye Wade qui a profondément marqué l’histoire politique et économique de notre pays.

Le Président Abdoulaye Wade savait rassembler les compétences au service du Sénégal.

Parmi les nombreuses qualités du Président Abdoulaye Wade que j’ai relevées, je peux citer sa capacité à reconnaitre les compétences et à mobiliser toutes les bonnes volontés au service du Sénégal.

Le conseil du Président Abdou Diouf, l’audience avec le Président Wade.

Au lendemain de l’accession de Abdoulaye Wade à la magistrature suprême, j’ai eu l’occasion de rendre visite au Président Abdou Diouf à son domicile parisien. Dans un esprit de grandeur et de responsabilité républicaine, il me donna ce conseil : « Le seul conseil que je te donne, à ton retour à Dakar, fais tout ton possible pour rencontrer le Président Abdoulaye Wade, il faut qu’il sache ce que tu fais pour notre pays »

Suivant ce conseil du Président Abdou Diouf, j’ai adressé dès mon retour à Dakar, une demande d’audience au Président Abdoulaye Wade. Il me reçut sans délai me témoignant ainsi sa disponibilité et son intérêt pour tous ceux qui oeuvrent pour le développement économique du Sénégal. J’ai eu un entretien sur l’état du secteur textile avec le Président Wade qui à l’issue de nos échanges m’a encouragé à poursuivre le travail entrepris et m’a assuré de son soutien.

Audience dans l’avion présidentiel : Tu n'as pas voté pour moi ….

Quelque temps plus tard, lors d’un déplacement en Malaisie, le Président Wade me fit l’honneur de m’inviter à l’accompagner. A bord de l’avion présidentiel, juste après le décollage, l’Aide de camp du Président Wade m’invite à venir rejoindre le Président dans sa cabine. Dès que je pénètre dans la cabine, avec sa franchise légendaire, son style direct et son sourire affectueux, il me dit : « Tu n’as pas voté pour moi, tu as soutenu Abdou Diouf… Maintenant, je veux que tu viennes à mes côtés m’aider à développer le Sénégal »

Cette phrase à elle seule résume la grandeur de l’Homme d’Etat et son sens supérieur de la nation. Pour le Président Abdoulaye Wade, les divergences politiques, devaient s’effacer devant les intérêts nationaux. Le Président Wade ne cherchait pas à distinguer les sénégalais selon leurs préférences partisanes, il voulait rassembler les compétences, les énergies, les talents autour de son ambition de faire avancer le Sénégal pour le bien être de sa population. Ce qui comptait pour Le Président Wade, c’était notre capacité à servir le Sénégal.

Le Président Wade nous enseigne ici que le développement d’une nation exige l’union des compétences au-delà des appartenances politiques dans le seul intérêt du peuple et de la patrie.

Cette attitude du Président Wade témoigne d’une conception élevée de l’Etat qui mérite d’être soulignée.

Pour la petite histoire l’invitation que m’a faite par le Président Wade a rencontré une opposition farouche d’un collaborateur très proche au sein de son cabinet. Le Président Wade ne l’avait pas suivi…

Le Président Abdoulaye Wade privilégiait le débat d’idées.

Je retiens du Président Wade un souvenir qui illustre parfaitement son pragmatisme, sa réactivité et son attachement au débat d’idées.

A l’époque, un schéma de privatisation de la SODEFITEX avait été rendu public. Après analyse, il m’est apparu que l’opération envisagée par le Gouvernement s’écartait des principes fondamentaux du NEPAD qui visaient à promouvoir la création de valeur ajoutée locale par la transformation des matières premières, l’implication des acteurs nationaux et le renforcement des capacités économiques du continent.

Les remontrances du Président Wade

Estimant qu’il était de mon devoir de me prononcer en ma qualité d’industriel sénégalais disposant des plus grandes capacités productives textiles du pays à cette époque, je fis une déclaration dans la presse afin d’exposer mon point de vue.

Le jour même de la publication de l’article dans l’après-midi, mon téléphone portable sonna. A l’autre bout du fil, j’entendis une voix que je reconnus immédiatement : celle du Président Abdoulaye Wade.

Sans détour il me lança : « Je viens de lire un article sur la privatisation de la SODEFITEX, au lieu de parler dans la presse, tu aurais dû venir me voir pour qu’on en discute »

S’en suivit une séquence de remontrances dont il avait le secret, mélange de franchise, de fermeté et d’affection. Puis il conclut, Viens me voir à 16 H 30 au Palais »

Je découvre mon surnom : « Fall Textile »

A l’heure indiquée, je me présentai à l’entrée du Palais présidentiel. Après avoir consulté la liste des audiences, le gendarme de service me déclara : « Monsieur, vous n’êtes pas sur la liste des audiences »

Je lui ai expliqué avec insistance que c’est le chef de l’Etat en personne qui m’a directement fixé l’audience. Intrigué, il retourna vérifier avant de revenir avec un sourire : « Effectivement, vous êtes bien attendu par le Président, seulement sur la liste, ce n’est pas Ibrahima Macodou Fall qui y figure mais Fall Textile, l’assistante du Président vient de nous confirmer que c’est bien vous » On a rigolé sans commentaires…

A cet instant, j’ai compris quelque chose d’essentiel sur le Président Wade. Pour lui, les personnes étaient d’abord identifiées par leur expertise, par leur contribution au développement du pays. J’étais devenu « Fall Textile ». j’y voyais l’illustration d’un Homme d’Etat pragmatique qui regardait avant tout ce que chacun pouvait apporter au Sénégal.

L’audience d’explications

L’audience qui devait être une simple explication, se transforma en échange approfondi de plus d’une heure sur les enjeux du développement industriel du Sénégal et en particulier sur l’avenir de la filière textile.

Tout au long des discussions, j’ai découvert un homme attentif curieux, passionné par les questions économiques et soucieux d’explorer toutes les pistes pertinentes pour booster l’industrialisation de notre pays. Il écoutait, questionnait, contestait parfois, mais cherchait à comprendre et à trouver des solutions aux problèmes de nos entreprises.

Je retiens de cette anecdote que le Président Abdoulaye Wade préférait le dialogue direct à la polémique publique. Il voulait comprendre, convaincre ou être convaincu.

Mes regrets : L’écart entre la vision du Président Wade et celle de ses proches collaborateurs

A la fin de notre entretien, il prit son téléphone et appela l’un de ses plus proches collaborateurs.

Il mit le haut -parleur et lui dit « Je viens d’avoir un entretien avec Macodou Fall sur le développement de la filière textile, il m’a convaincu, il faut absolument le recevoir »

Au bout du fil, ce collaborateur répondit et promet au Président Wade qu’il me recevrait dès le Lundi matin . L’audience avec le Président Wade a eu lieu le Vendredi.

Le Lundi animé par un enthousiasme que suscitait cette perspective, je mis mon plus beau costume, convaincu qu’une nouvelle étape allait s’ouvrir pour l’industrialisation textile du Sénégal. Je me rendis à mon bureau dès sept heures du matin prêt pour cette rencontre.

Cette rencontre n’a jamais eu lieu. Malgré l’instruction claire du Président Wade, malgré l’engagement qu’il a marqué au Président, je ne fus jamais reçu par ce dernier jusqu’à sa sortie du Gouvernement.

Cet épisode m’a permis de mesurer l’un des défis auxquels le Président Wade a été confronté : l’écart entre sa vision et la capacité de certains de ses collaborateurs à traduire en actions concrètes son ambition pour le Sénégal.

J’ai eu le privilège d’échanger avec le Président sur ses grands projets pour le Sénégal, illustrés par de nombreuses maquettes exposées dans une salle contiguë à son bureau.

Ainsi j’ai réalisé que le Président Wade portait des ambitions immenses pour le Sénégal. Il voyait loin, souvent plus loin que son époque. Cependant comme tout grand leader, il dépendait aussi de femmes et d’hommes pour mettre en œuvre ses projets. Certains n’avaient ni la réactivité, ni l’audace, ni parfois la compréhension nécessaire pour accompagner sa vision. Ils n’ont pas pu se hisser à la hauteur de son ambition pour le Sénégal.

Je demeure convaincu que plusieurs projets structurants du Président Wade pour notre pays auraient pu connaitre un destin différent si l’ensemble de son entourage avait partagé avec la même intensité son engagement patriotique pour le développement économique du Sénégal.

Cependant, cela ne diminue en rien la stature de l’Homme Abdoulaye Wade, au contraire, il rappelle que les grandes ambitions nationales ne reposent pas uniquement sur la vision d’un leader, mais sur la qualité de celles et ceux qui les entourent.

Joyeux anniversaire M. Le Président !

C’est pourquoi, en célébrant aujourd’hui le centenaire du Président Abdoulaye Wade, je retiens avant tout l’image d’un homme passionné par le développement de son pays, un Homme d’une capacité exceptionnelle à placer l’intérêt du Sénégal au-dessus de tout et ouvert aux idées nouvelles, un Homme libre et plein d’audaces, attentif aux compétences au service de son pays, un Homme qui porte un grand respect aux chefs d’entreprises et investisseurs convaincu du rôle essentiel du secteur privé national dans le processus d’industrialisation de notre pays.

Je souhaite que son héritage continue d’inspirer nos leaders politiques ainsi que tous ceux qui les accompagnent dans leur engagement à servir le Sénégal.

Ibrahima Macodou Fall

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