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Technopôle de Dakar : joyau écologique sous pression


Rédigé le Jeudi 15 Janvier 2026 à 19:06 | Lu 51 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


Dans une ville asphyxiée par l’urbanisation galopante, le Technopôle de Dakar s’impose comme l’un des derniers bastions de nature encore préservés. Officiellement connue sous le nom de Grande réserve urbaine des Niayes de Pikine et dépendances, cette zone humide joue un rôle écologique vital pour la capitale. Mais derrière cette richesse exceptionnelle se cache une fragilité grandissante.


À quelques encablures des routes saturées, des zones industrielles et des quartiers surpeuplés, le Technopôle offre un contraste saisissant. Le tumulte urbain s’efface au profit du bruissement de l’eau et du chant des oiseaux. Les étendues verdoyantes remplacent le béton, tandis que le ciel se peuple d’espèces venues parfois de milliers de kilomètres. Un véritable poumon vert au cœur de Dakar.
 

S’étendant sur près de 650 hectares, la réserve constitue l’un des derniers grands ensembles de zones humides du département. Elle abrite huit lacs, principalement concentrés au noyau central du site. Ces plans d’eau saumâtres favorisent la formation d’un microclimat tempéré et soutiennent une biodiversité remarquable, tant végétale qu’animale.
 

Cependant, cet équilibre naturel a été fragilisé par l’implantation d’infrastructures majeures, notamment l’autoroute à péage, qui a perturbé la circulation naturelle des eaux. Malgré ces contraintes, le site continue d’assurer des fonctions écologiques essentielles. « Le Technopôle joue un rôle fondamental dans le maintien de l’équilibre environnemental urbain », souligne le lieutenant Mamadou Lamine Bâ, adjoint au conservateur de la réserve.
 

Les lacs servent de zones de reproduction, d’alimentation et de repos à de nombreuses espèces, en particulier les oiseaux. Le site accueille également des reptiles, dont des pythons, protégés et suivis par les agents de la réserve.
 

La richesse avifaunistique du Technopôle est l’un de ses atouts majeurs. Près de 239 espèces d’oiseaux y ont été recensées, dont une forte proportion d’espèces migratrices. « On observe notamment le grand cormoran, le cormoran africain, la grande aigrette, le héron cendré ou encore le grèbe castagneux », précise le conservateur adjoint. « Certains oiseaux viennent d’Europe ou d’autres régions du monde pour se nourrir, se reposer ou se reproduire ».
 

Au-delà de sa dimension écologique, la réserve remplit aussi des fonctions sociales et économiques. Pêche artisanale, maraîchage en périphérie, coupe d’herbes et activités de subsistance cohabitent avec l’espace protégé. « Notre mission est d’encadrer ces pratiques afin qu’elles restent compatibles avec la préservation du site », explique Mamadou Lamine Bâ. La pêche et le maraîchage durables sont autorisés, sous des règles strictes interdisant l’usage de pesticides, de produits chimiques et de filets destructeurs.
 

Malgré son classement officiel par le décret n°2019-748 du 29 mars 2019, la réserve subit de fortes pressions. Urbanisation anarchique, remblais illégaux, dépôts d’ordures et pollution des eaux par des rejets domestiques et industriels menacent progressivement l’écosystème.
 

« Des branchements clandestins déversent directement les eaux usées dans les lacs », dénonce le lieutenant Bâ. Un travail est mené avec l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) pour identifier et stopper ces pratiques. Mais le manque de moyens matériels et financiers limite l’efficacité des actions sur le terrain.
 

Autre menace majeure : la prolifération du typha, une plante invasive qui envahit les plans d’eau. En bloquant la lumière, elle empêche la photosynthèse, réduit l’oxygénation et met en péril la faune aquatique. « Sans intervention, certains lacs risquent tout simplement de disparaître », alerte le conservateur adjoint.
 

Face à ce danger, un projet innovant a vu le jour avec l’appui de la coopération espagnole et de la mairie de Pikine Ouest. Le typha est récupéré et transformé en charbon écologique, biochar ou briquettes. Une initiative qui permet à la fois de restaurer les lacs et de créer une valeur économique locale.



Lat Soukabé Fall

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