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Cybercriminalité à Mbour : un an d’enfer pour dix jeunes femmes piégées sur TikTok


Rédigé le Samedi 31 Janvier 2026 à 11:28 | Lu 156 fois Rédigé par Lat Soukabé Fall


Un scandale d’une rare violence morale et psychologique secoue la commune de Sindia, dans le département de Mbour. Selon les révélations du quotidien L’Observateur, deux hommes ont comparu mardi dernier devant le tribunal correctionnel de Mbour pour des faits de cybercriminalité lourde, mêlant chantage sexuel, manipulation d’images, diffusion de contenus pornographiques et extorsion de fonds.


Les mis en cause, C. Guèye, commerçant, et M. Thiandoum, mécanicien, sont accusés d’avoir plongé dix jeunes femmes dans un véritable enfer numérique durant près d’une année. Leur terrain de chasse : les réseaux sociaux, principalement TikTok, détourné en outil de prédation et de destruction sociale.

 

D’après les éléments versés au dossier, les deux accusés auraient mis en place un système méthodique et prémédité. Ils récupéraient frauduleusement des photos et vidéos personnelles publiées par leurs victimes sur TikTok. Des contenus à l’origine anodins, parfois de simples vidéos de divertissement.

À l’aide de montages numériques sophistiqués, ces images étaient ensuite transformées en vidéos à caractère pornographique, dans lesquelles les visages des jeunes femmes apparaissaient de manière explicite. Le but : choquer, humilier et surtout faire pression.

Les vidéos falsifiées étaient alors diffusées sur plusieurs comptes TikTok, touchant un large public. En quelques jours, les noms des victimes circulaient bien au-delà de Sindia, atteignant tout le département de Mbour, exposant ces jeunes femmes à la stigmatisation, aux rumeurs et au rejet social.

 

La première à découvrir l’ampleur du drame est K. Ndiaye, coiffeuse de profession. En tombant sur une vidéo pornographique utilisant son image, elle pense d’abord à une erreur. Mais la réalité est bien plus cruelle.

Elle alerte une amie, A. Ngom, qui découvre à son tour qu’elle est victime du même stratagème. Rapidement, l’enquête informelle menée par les victimes permet d’identifier huit autres jeunes femmes ciblées par le réseau :
M. Ciré, S. Ngom, C. Diallo, M. Diagne, K. Niang, M. Diarra, Nd. Diouf et A. Faye.

Pour K. Ndiaye, l’humiliation ne s’arrête pas là. Son compte est piraté et utilisé pour envoyer des messages de drague à des hommes mariés. Les réactions violentes de certaines épouses l’obligent à fermer son salon de coiffure, à se cacher et à s’isoler, mettant brutalement fin à sa vie professionnelle.

 

Après un an de harcèlement, de peur et de silence, les dix jeunes femmes décident de briser l’omerta. Elles déposent une plainte collective et collaborent étroitement avec la Brigade de gendarmerie pour identifier leurs bourreaux.

Le contact est établi avec C. Guèye, qui réclame la somme astronomique de 10 millions de FCfa pour supprimer les vidéos compromettantes. Un rendez-vous est fixé. Pensant toucher un premier versement, il accepte 100 000 FCfa.

Mais le piège se referme : C. Guèye est interpellé sur place. Lors de son audition, il désigne immédiatement son complice M. Thiandoum. Les deux hommes sont placés sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt et de correction de Mbour.

 

À la barre, les stratégies de défense divergent. C. Guèye nie les faits, malgré ses aveux initiaux, affirmant ne pas disposer du matériel informatique nécessaire. Une version rapidement contredite par M. Thiandoum, qui reconnaît l’ensemble des faits et détaille la répartition des rôles :
– à l’un, la récupération frauduleuse des images ;
– à l’autre, la manipulation numérique et la diffusion des vidéos obscènes.

Le Procureur de la République, cité par L’Observateur, a insisté sur la gravité exceptionnelle de cette affaire :
extorsion de fonds, diffusion d’images pornographiques, usurpation d’identité et harcèlement en bande organisée.

Soulignant la préméditation, la durée des faits et les conséquences psychologiques et sociales dévastatrices pour les victimes, le ministère public a requis deux ans de prison ferme contre chacun des prévenus, assortis d’une amende de 50 000 FCfa au profit du Trésor public.



Lat Soukabé Fall

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