Selon les éléments de l’enquête, le réseau avait mis en place une stratégie logistique précise. Les candidats à l’émigration étaient répartis en deux groupes distincts. Le premier, composé en majorité de ressortissants maliens, gambiens et sénégalais, était déjà installé dans le quartier de Castorol, en Gambie. Le second groupe, constitué principalement de Sénégalais et de Bissau-Guinéens, était regroupé à Goumel, un quartier de Ziguinchor.
L’objectif était clair : procéder à un regroupement final le 4 avril 2026, avant un départ collectif prévu le 10 avril à bord d’une pirogue de fortune. Environ 200 migrants devaient embarquer pour une traversée périlleuse vers les côtes espagnoles. Chaque candidat avait déboursé la somme de 400 000 FCFA, un tarif élevé qui témoigne de la rentabilité de ce trafic.
Derrière cette opération se cache une véritable entreprise criminelle. Le réseau serait dirigé par un ressortissant malien identifié sous les initiales I.K., actuellement en fuite. Il assurait la gestion financière et la coordination stratégique.
Autour de lui gravitait une équipe structurée :
- A.T., chargé des opérations en Gambie et désigné comme capitaine ;
- M.F., alias Ameth, et A.F., alias Vieux, responsables du recrutement et de la logistique à Ziguinchor ;
- Plusieurs autres complices jouant le rôle de capitaines ou convoyeurs.
Les investigations révèlent que ce réseau n’en était pas à son coup d’essai. Entre 2025 et 2026, quatre opérations ont été organisées. Au total, 537 migrants ont été impliqués, pour des gains estimés à 213 600 000 FCFA. Sur ces tentatives, trois auraient échoué, exposant des centaines de vies à des risques majeurs.
Grâce à l’exploitation du renseignement, les enquêteurs passent à l’action. Une première vague d’interpellations a lieu sur la plage de Boudody, à Ziguinchor, où plusieurs suspects sont arrêtés en pleine préparation logistique.
Dans un second temps, d’autres membres clés du réseau sont interceptés à l’entrée de la ville, sur l’axe de Bignona, alors qu’ils revenaient de Gambie.
Au total, sept individus ont été arrêtés. Sur place, les forces de l’ordre procèdent également à la saisie de la pirogue destinée à la traversée ainsi que de deux moteurs hors-bord, éléments essentiels du dispositif criminel.
Entendus par les enquêteurs, les migrants confirment unanimement les faits. De leur côté, certains organisateurs reconnaissent leur implication. Ils admettent avoir participé à plusieurs opérations similaires, tout en tentant de minimiser leur responsabilité.
Ils affirment notamment que l’argent récolté aurait servi en partie à leurs besoins quotidiens et à la scolarité de leurs enfants. Une justification qui peine à convaincre au regard de l’ampleur des sommes en jeu et des risques encourus par les migrants.
Le principal cerveau du réseau, I.K., reste pour l’instant introuvable.
Les sept suspects ont été déférés devant le Procureur de la République financier du Pool judiciaire. Ils font face à plusieurs chefs d’accusation graves :
- association de malfaiteurs,
- tentative de trafic de migrants par voie maritime,
- complicité,
- mise en danger de la vie d’autrui,
- escroquerie en bande organisée.
Cette affaire met une nouvelle fois en lumière l’ampleur du trafic de migrants en Afrique de l’Ouest. Malgré les campagnes de sensibilisation et le renforcement des dispositifs de sécurité, de nombreux candidats
