L’affaire débute le 19 août dernier. Les enquêteurs de la BR de Dakar/Faidherbe reçoivent des renseignements faisant état d’un groupe qui détiendrait d’importantes quantités de supports noircis présentés comme des billets de 100 dollars.
Selon les informations recueillies par les enquêteurs, les suspects recherchaient une personne capable de procéder au prétendu « lavage » de ces supports. Ils auraient présenté cette opération comme un procédé permettant, après traitement, de faire apparaître de véritables billets de banque.
Un gendarme infiltré au cœur du dispositif
Pour vérifier ces informations et remonter jusqu’aux protagonistes, les enquêteurs mettent en place une stratégie d’infiltration. Un agent se fait passer pour un prétendu technicien capable d’effectuer le traitement recherché par le groupe.
Le contact est rapidement établi. Les suspects proposent alors à l’agent infiltré de les rejoindre à Diamniadio afin d’examiner les supports et de discuter des conditions de l’opération.
Le 20 août, vers 20 heures, la première rencontre a lieu. L’agent infiltré se présente au rendez-vous tandis qu’un dispositif de sécurité est discrètement déployé autour de lui. Les échanges permettent aux enquêteurs de mieux comprendre le fonctionnement présumé du groupe.
À l'issue de cette rencontre, un nouveau rendez-vous est fixé pour le 28 août à Diamniadio. Cette fois, les suspects doivent passer à l’étape suivante et tenter de mettre en œuvre leur prétendu procédé.
De Diamniadio à Toubab Dialaw
Le jour du rendez-vous, les enquêteurs mettent en place un dispositif de surveillance. Après avoir retrouvé l’agent infiltré, les suspects prennent la direction de Toubab Dialaw.
Le groupe rejoint alors un appartement qui devait, selon les premiers éléments de l’enquête, servir de lieu pour réaliser l’opération.
Les gendarmes suivent discrètement leurs déplacements et parviennent à identifier le lieu. L’intervention est ensuite préparée avec l’agent infiltré afin de permettre une interpellation coordonnée.
Le 29 août, alors que les suspects s’apprêtaient à poursuivre leur opération, les enquêteurs passent à l’action.
Les quatre hommes sont arrêtés.
Quatre suspects dans les filets des enquêteurs
Les personnes interpellées sont identifiées par les initiales G.T., 46 ans, terrasseur domicilié à Diamniadio ; B.N., 37 ans, informaticien ; K.S., 32 ans, ouvrier domicilié à Khombole ; et A.D., 26 ans, footballeur domicilié à Diamniadio.
Les quatre suspects sont soupçonnés d’être impliqués dans une opération organisée autour de la détention et de l’utilisation de supports présentés comme des billets noirs.
Ils sont notamment poursuivis, selon les premiers éléments de la procédure, pour association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie et détention de matières destinées à la contrefaçon de billets de banque ayant cours légal.
Plus de 47 millions de francs CFA en supports noircis
La perquisition effectuée lors de l’intervention permet aux enquêteurs de découvrir une importante quantité de supports noircis présentés sous forme de coupures de 100 dollars.
Le premier lot retrouvé est évalué à une contre-valeur de 20,04 millions de francs CFA.
Deux véhicules soupçonnés d’avoir été utilisés par les membres du groupe sont également saisis. Il s’agit d’une Ford Fusion blanche et d’une Ford Escape.
Les investigations ne s’arrêtent toutefois pas à Toubab Dialaw.
Les enquêteurs se rendent ensuite au domicile de G.T., à Diamniadio. Une nouvelle perquisition permet de découvrir un deuxième lot de supports noircis, présenté également comme des coupures de 100 dollars.
Cette seconde quantité est estimée à 27,72 millions de francs CFA.
Au total, les supports saisis au cours de l’opération représentent une contre-valeur estimée à 47,76 millions de francs CFA.
Une affaire qui repose sur une présumée escroquerie
Les premiers éléments de l’enquête laissent apparaître une organisation entre les quatre suspects. Leurs différentes rencontres, leurs déplacements, la recherche d’un prétendu technicien et la préparation du « lavage » des supports noirs constituent notamment des éléments examinés par les enquêteurs.
L’hypothèse privilégiée est celle d’une tentative visant à convaincre d’éventuelles victimes qu’un procédé chimique pouvait transformer des supports noircis en véritables billets de banque.
Dans ce type de montage, les auteurs présumés peuvent chercher à obtenir de l’argent de leurs victimes en leur faisant croire qu’elles pourront récupérer une importante somme après le traitement des billets.
L’enquête devra désormais déterminer le rôle précis joué par chacun des quatre hommes et établir l’étendue de leurs éventuelles activités.
Présentation au parquet
Après leur placement en garde à vue et la poursuite des investigations, G.T., B.N., K.S. et A.D. doivent être présentés au procureur de la République ce lundi, sauf changement dans le calendrier de la procédure.
L’autorité judiciaire devra décider des suites à donner à cette affaire, sur la base des éléments réunis par la Brigade de recherches de Faidherbe.
