À Keur Matar, Thierno Alassane Sall interpelle l’État et plaide pour une révolution de l’agriculture sénégalaise
Thièsinfo – C’est une immersion au cœur du Sénégal profond que vient d’effectuer Thierno Alassane Sall. En visitant les exploitations familiales de Keur Matar, le député à l’Assemblée nationale et président de la République des Valeurs a choisi de se confronter directement aux réalités du terrain. Loin des discours officiels et des grandes fermes d’agrobusiness, il est allé à la rencontre des « vrais producteurs », ceux qui, selon lui, portent à bout de bras l’économie rurale du pays.Chez Daour Guèye, symbole d’une agriculture vivante mais fragile
Parmi les étapes marquantes de cette visite figure le champ de Daour Guèye, une exploitation familiale emblématique de la zone. Ici, des dizaines de femmes travaillent quotidiennement, générant des revenus pour leurs familles et dynamisant toute une économie locale.Autour de cette exploitation gravite un écosystème complet : fournisseurs de matériel d’irrigation, vendeurs de tuyaux et de systèmes de goutte-à-goutte, transporteurs et commerçants. « Sans ce champ, c’est toute une chaîne économique qui s’effondre », confient les acteurs rencontrés sur place.
Dans une ambiance chaleureuse, Daour Guèye n’a pas hésité à qualifier Thierno Alassane Sall de « député du peuple », saluant sa présence aux côtés des agriculteurs et son écoute attentive.
Une production importante… mais des revenus insuffisants
Malgré des efforts considérables et une capacité de production notable – notamment dans la filière oignon avec des volumes pouvant atteindre 1500 tonnes par an – les producteurs peinent à tirer profit de leur travail.Le constat est amer : les récoltes sont souvent vendues entre 3500 et 4000 francs CFA, alors que les prix pourraient atteindre 5500 à 6000 francs CFA dans un marché mieux structuré. Une situation qui met en évidence un paradoxe inquiétant : produire plus, mais gagner moins.
La commercialisation, talon d’Achille du système agricole
Pour Thierno Alassane Sall, le diagnostic est clair : « le véritable problème de l’agriculture sénégalaise n’est pas la production, mais la commercialisation ».Sur le terrain, les producteurs dénoncent la domination des intermédiaires, qui imposent leurs prix en profitant de la vulnérabilité des agriculteurs. Pressés de vendre pour faire face à leurs besoins immédiats, ces derniers se retrouvent dans une position de faiblesse.
À cela s’ajoute l’absence de marchés de gros organisés et d’une chaîne logistique efficace, capable de relier directement les zones de production aux grands centres de consommation.
Des solutions concrètes : coopératives et organisation nationale
Face à cette situation, le président de la République des Valeurs propose une réforme en profondeur basée sur l’organisation collective. Il plaide pour la création de coopératives nationales, regroupant producteurs et consommateurs dans un système intégré.Selon lui, les groupements de femmes, notamment les « lekettes », représentent un levier stratégique. « Des millions circulent dans ces réseaux. Il faut les structurer pour financer la production, acheter en avance et distribuer directement aux consommateurs », explique-t-il.
Une telle organisation permettrait de réduire drastiquement le rôle des intermédiaires et d’assurer une meilleure rémunération des producteurs.
Le numérique, moteur d’une nouvelle agriculture
Autre innovation proposée : l’utilisation de plateformes numériques pour organiser la commercialisation. Grâce à ces outils, les producteurs pourraient connaître en temps réel les besoins des villes comme Dakar, Touba ou Thiès, et livrer directement aux coopératives de consommateurs.Ce système permettrait non seulement d’optimiser les flux, mais aussi de garantir des produits de meilleure qualité à des prix plus justes.
Un message direct à l’État
Au-delà du constat économique, la visite de Thierno Alassane Sall prend une dimension politique. Il interpelle directement le président de la République des Valeurs sur la nécessité de changer d’approche.Selon lui, les tournées économiques ne doivent pas se limiter à des visites symboliques, mais doivent permettre un dialogue réel avec les producteurs. « La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit sur le terrain », insiste-t-il.
Entre enjeux économiques et perspectives politiques
Dans son intervention, le député n’a pas éludé la dimension politique de la situation. Il estime que les priorités actuelles du pouvoir sont davantage orientées vers des enjeux électoraux que vers la résolution des problèmes structurels du pays.Une critique qui s’inscrit dans une perspective plus large, à l’approche des échéances politiques de 2029, où la question agricole pourrait devenir un enjeu central du débat national.
Des producteurs sous pression permanente
Sur le terrain, les difficultés ne se limitent pas à la commercialisation. Les producteurs font face à une hausse continue des coûts : intrants agricoles, irrigation, équipements, sans oublier les assurances agricoles qui peuvent représenter jusqu’à 20 % des charges.Une pression financière qui réduit leur marge et fragilise leur capacité à investir pour améliorer la qualité et la productivité.
Vers une réforme urgente et structurante
Au terme de cette visite, un constat s’impose : le Sénégal dispose de tous les atouts pour réussir sa souveraineté alimentaire, mais manque d’organisation et de coordination.Pour Thierno Alassane Sall, la solution passe par une volonté politique forte, une meilleure structuration des acteurs et une modernisation des outils de gestion.
« Il ne s’agit pas de réaliser l’impossible, mais simplement d’organiser efficacement la chaîne du producteur au consommateur », conclut-il.
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