
Veiller les morts
Je n’étais pas payé. J’étais juste là pour aider. Balayer les allées, remettre de l’ordre entre les tombes, accueillir ceux qui venaient enterrer un proche. Et parfois, la nuit, je restais pour veiller. Pour surveiller que personne ne profane, que personne ne vole.
Au début, c’était pour rendre service. Je me disais : « Après tout, les morts ne demandent rien. » Mais on ne sait jamais ce qu’un cimetière garde sous la poussière.
Les nuits au milieu des tombes
Quand le jour s’éteint, le cimetière de Thiès devient un autre monde. Le vent souffle entre les tableaux. Les chiens errants rôdent. Les ombres s’allongent. Et moi, seul, j’allumais ma petite lampe, je m’asseyais sur un vieux banc de ciment.
Parfois, j’écoutais la radio sur mon téléphone. Parfois, je parlais tout bas. À qui ? À personne, ou peut-être à ceux qui reposaient là. Je leur disais : « Laissez-moi tranquille, je veille sur vous, laissez-moi tranquille. »
Ce qu’on laisse derrière soi
On pense qu’on s’habitue aux morts. Mais on ne s’habitue jamais à leur silence. Ni aux pleurs des vivants au petit matin. Ni à la fatigue qui vous ronge quand vous rentrez chez vous, poussiéreux, l’odeur du sable encore sur vos chaussures.
J’ai fini par partir. Un soir, j’ai déposé ma lampe, fermé le portail en fer forgé et tourné le dos aux tombes. Pour réapprendre à marcher parmi les vivants.