Mercredi 10 janvier 2026 – Dakar, Sénégal – Dans une sortie remarquée, Ibrahima Hamidou Dème, ancien magistrat et président du mouvement Ensemble pour le Travail, l’Intégrité et la Citoyenneté (ETIC), a dressé un réquisitoire sévère contre le pouvoir en place. Près de deux ans après l’accession de PASTEF à la magistrature suprême, le « Juge Dème » déplore l’absence de rupture sur une question centrale : la transparence dans la gestion de l’État.
Se fondant sur la loi n°2025-15 du 4 septembre 2025 relative à l’accès à l’information, l’ancien juge a saisi les plus hautes autorités de l’État le 8 janvier dernier pour demander une information publique d’intérêt majeur : le montant exact des fonds spéciaux (ou « fonds politiques ») alloués au Président de la République et au Premier ministre pour les budgets 2025 et 2026.
« L’intention n’était nullement polémique mais pédagogique », précise-t-il, rappelant qu’il s’agissait de démontrer aux citoyens comment utiliser la loi pour accéder à une information officielle, dans une perspective d’éducation civique et de lutte contre les fake news.
Violation manifeste de la loi sur l’accès à l’informationMais aucune réponse n’a été donnée par la Présidence, la Primature, ni le ministère des Finances, au-delà du délai légal de 15 jours francs. Ibrahima Dème dénonce une « violation caractérisée et délibérée » de la loi, d’autant plus grave qu’elle vient « des autorités mêmes qui l’ont promulguée ».
Il y voit une poursuite des anciennes pratiques d’opacité, en contradiction totale avec les engagements de rupture et de redevabilité portés lors de la campagne de 2024.
Plainte annoncée contre les autoritésFace à cette situation, l’ancien magistrat a annoncé une mesure inédite : le dépôt d’une plainte contre le Premier ministre et le ministre des Finances, sur la base de l’article 30 de la loi sur l’accès à l’information. Il s’agit selon lui d’un devoir citoyen pour « restaurer la crédibilité de l’État ».
« Un juge ne peut équitablement apprécier la fausseté d’une allégation lorsque la vérité factuelle est délibérément dissimulée », a-t-il martelé, accusant le silence de l’État de nourrir la désinformation, tout en criminalisant les citoyens qui en subissent les effets.
Un appel à une gouvernance responsableEnfin, Ibrahima Dème a conclu en appelant l’ensemble des autorités à assumer pleinement leurs engagements de transparence, soulignant que « la redevabilité est un impératif catégorique », surtout dans un pays confronté à de graves défis socio-économiques.
Le Sénégal de demain ne pourra se construire que sur une base solide de vérité, d’éthique et de responsabilité, a-t-il affirmé avec gravité.
Seyelatyr