Damel Maïssa Fall
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A la une à Thiès - Contribution - 3 août 2020

SENEGAL, ENTRE VIOLENCE ET OUTRANCE : QUAND LE NAVIRE CHAVIRE, TRIBORD ET BABORD… Par Damel Maïssa Fall


Une actualité très récente est venue nous rappeler que CERTAINS de nos politiciens, contrairement à ce que nos compatriotes sont en droit d’attendre d’eux, suintent la violence et la vulgarité. Avec cette irresponsabilité – assumée – qui les singularise, ils vont jusqu’à se traîner – seuls – dans la boue. Cui bono ? Tout le monde y trouve son compte : cela accroit le capital sympathie auprès des « bases » et suscite l’intérêt de médias qui n’ont cure des ravages causés à notre société par ces insulteurs publics.
On se pince les cuisses, car on croit rêver, mais c’est la dure et rugueuse réalité. Que se passe-t-il du reste au cœur de notre représentation nationale ? Messieurs les honorables députés, jeunes et vieux, en boubou ou costume, en viennent aux mains, pour transformer notre hémicycle en arène de lutte.
Mais il ne faut rien changer, parce que notre pays, parangon de la démocratie africaine, est d’une perfection qui en fait une exception. Qu’importe la profondeur du mal, c’est chez nos voisins que ça brûle et continuera de brûler. Donc il ne faut rien changer, insultes et menaces continueront d’agrémenter le discours public.

Nombre de nos médias, anciens et nouveaux, relaient toute sorte de violence. Les wax sa xalaat étant le lieu des pires diffamations et dérives. L’honneur de tout citoyen peut être impunément atteint, parce que très souvent, les plaintes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. La prime est à l’irresponsabilité et à la vulgarité. Bonjour la surenchère à l’encan.
Mais qu’est-ce que la liberté d’expression, si elle consiste en un pot-pourri de délires, d’infaux et d’intox servi par CERTAINS journalistes, qui ont remisé déontologie et responsabilité. Comble de mauvaise foi, ces mêmes journalistes, ainsi qu’ils mettent les insulteurs publics au pilori, leur offre de belles tribunes, comme si violence et outrance étaient indispensables à la fidélisation de l’audimat.
Bien entendu, pour l’essentiel des rédactions, la tempérance et l’élégance d’un politicien sont un frein à son exposition médiatique. Celui-ci est sommé de ressembler aux autres : le verbe haut et la langue pendue, avec les révélations et délations comme seul programme.
Et qu’attendent donc les médias, dans un élan citoyen, pour disqualifier les trublions qui alimentent la violence dans l’espace public ? Parce qu’ils sont de connivence avec eux ? Parce qu’ils croient la population en fusion avec eux ? Moult visites de proximité dans l’arrière-pays m’ont permis de comprendre que nos compatriotes n’en peuvent plus de ce qu’ils entendent.

Telle une armée en déroute, CERTAINES « stars » du « live » tirent dans tous les sens. Ils hurlent, insultent et diffament à l’envi sur la toile. Et sous prétexte de patriotisme, ces francs-tireurs d’un activisme galvaudé se font les chantres de la xénophobie et du racisme. Débiter des insanités sur Internet à longueur de journée est devenu une sorte de marotte nationale. Et CERTAINES « stars » du « live », mieux que tout propagandiste, ont libéré toute sorte de violence chez les internautes, de celles jusque-là bien contenues aux plus refoulées.
Tout doit brûler ! Et la guerre est âpre, multiforme et asymétrique entre « militants politiques » et entre « croyants ». Les raisons à cette affligeante situation, l’indigence intellectuelle de leaders autoproclamés et leur incapacité à se situer dans la civilisation. Et avant la civilisation, il y avait la sauvagerie.
Face à l’éruption d’insanités à laquelle nous assistons, kersa, sutura et autres valeurs cardinales sont devenues des mots sans ombre. Mais il ne faut rien dire, pour ne pas s’attirer les foudres de l’activisme. A moins d’opposer la même brutalité langagière comme réponse et, ainsi, en rajouter à l’insolence et la vulgarité. Donc il n’y a rien à dire. Étant entendu que la bulle cognitive dans laquelle sont pris les internautes sénégalais, faite d’une violence à la fois gratuite et crapuleuse, avant de détruire la société sénégalaise, emportera d’abord les « stars » qui l’alimentent.

Quant à CERTAINS qui se font appeler marabouts, ne voilà-t-il pas qu’ils se prennent des envies de caïds et gangsters prompts à menacer les paisibles citoyens avec le soutien de leurs « talibés ». Ils font chanter avec le spirituel au lieu de célébrer Allah et ses messagers. En toute impunité, ils menacent de brûler des maisons et de chasser des populations, interdisent des enterrements et l’expression de toute liberté individuelle, intimident leurs contradicteurs et lâchent sur eux des exaltés. Du reste, les plus féroces d’entre eux ne manqueront pas de réclamer mon scalp.
Au rythme où progresse la radicalisation, certains nervis finiront par se constituer en milices d’illuminés sur le modèle des sinistres tontons macoutes haïtiens. Et il est à craindre que ce cap fatidique ne soit franchi un bien tragique jour de ciel gris.
La défiance vis-à-vis de l’État est manifeste, menaçante pour la paix sociale et la stabilité du pays. Mais il ne faut rien changer, parce que rien ne pourrait arriver à notre cher Sénégal, pays béni des Dieux et protégé des saints.

Quant aux opérateurs économiques, locaux ou étrangers, peu loquaces, ils exercent autrement leur violence. Moyennant pots-de-vin, dessous de table et autres faveurs, ils parviennent à fourguer – le terme qui sied – toutes sortes de camelotes et de babioles aux consommateurs sénégalais, écoulant ainsi des produits périmés hautement dangereux pour la santé des populations. Le tout dans une presque totale impunité. Avec ces maquignons en col blanc, doués d’un génie entrepreneurial avéré, la vénalité a atteint des sommets de raffinement jusqu’ici inconnus, rien à voir avec les combines d’un temps révolu, quand les intermédiaires flouaient les paysans à coups de faux quitus et reliquats !

Et que dire de CERTAINS syndicalistes, acteurs de la société civile ou membres des innombrables groupes de pression ? A l’exception des « lives », tous ces symptômes alarmants ont été diagnostiqués depuis belle lurette. Pis, aujourd’hui il y a ce petit air de déjà vu qui, avec le temps, finit par lasser. Donc chacun peut hurler et insulter à l’envi. �
Dans le film du regretté Djibril Diop Mambéty, Hyènes, il y a une scène d’anthologie où Dramane Drameh, tout en guenilles et juché sur un balcon, accepte de se porter candidat à l’élection pour devenir maire de la ville mythique de Kolobaan, sous les vivats et les hourrahs de ses concitoyens en extase pré-électorale : cette scène est un condensé de la situation tragi-comique qui se répète interminablement dans l’espace public sénégalais. Un condensé esthétique comme on n’en fait plus, de nos jours !

Aussi condamnable soit-il, le drame de l’espace public se prête à merveille à la mentalité parasitaire et clientéliste de nombreux acteurs publics.
« Une confrérie de rats », disait feu Sembène Ousmane des politiques. Mais la réalité a dépassé la prémonition artistique : c’est tout l’espace public qui est en passe de devenir un capharnaüm de tous les diables. Pour s’y mouvoir, il faut avoir la langue aiguisée tel un coupe-coupe. Impossible, autrement, de se tailler un chemin dans cette pétaudière et acquérir une réputation de farouche discoureur, le genre qui n’a pas la langue dans sa poche et ne baisse jamais sa garde verbale. S’avise-t-on de tenir des paroles empreintes de respect pour l’adversaire que l’on est remis à sa place, souvent avec ce proverbe du cru : làmbu golo, ku jóog, danu, ndax golo yaa ko moom. Mais ce gentil rappel ne s’impose plus, on a « élevé » le plafond acoustique de l’opinion publique à un tel niveau de « bassesse » que tenir une parole publique selon les règles de l’art, en stricte conformité avec une certaine éthique de « l’agir communicatif », revient à prêcher dans le désert.

Cris, menaces, insultes, et autres simagrées outrancières, voilà ce qui, à en croire leurs auteurs, serait censé résonner aux oreilles de « l’homme de la rue », lui à qui on ne prend jamais la peine de demander son avis – ce qui est fort commode. À la longue se crée une belle illusion de totale immersion dans le jeu démocratique, avec la complicité de CERTAINS médias, anciens et surtout nouveaux. À coups de clics, renvois et mots-dièses sur Facebook et Twitter, on prend le pouls de l’opinion ou, pire, avec un exemplaire cynisme, on s’attèle à sa structuration mentale, avec des mises en scène et des spectacles sons et images dignes d’Hollywood.

Toute cette violence et outrance servie à nos compatriotes n’est rien moins que de la maltraitance, administrée à forte dose, au quotidien. C’est l’intégrité psychologique de nos compatriotes qui est impunément attaquée par ceux qui sont censés les protéger.
Ainsi que la violence verbale mène très souvent à l’agression physique, est-ce qu’il y a lieu de s’étonner des faits divers, plus révoltants les uns que les autres ? En effet, les esprits étant imbibés de violence, les passages à l’acte continueront de rythmer le quotidien de nos compatriotes, avec leur lot d’indignation et de gesticulation. Or, l’urgence dicte la responsabilité et la fermeté, donc disqualification et sanction. Sans oublier la promotion de ceux qui, en toutes circonstances, formulent des solutions, dans le respect et l’empathie.

Damel Maïssa Fall

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