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Reportage à Thiès - 4 juillet 2020

EN DEFENDANT LES STIGMATES DE LA COLONISATION, ILS LORGNENT UN RETOUR D’ASCENSEUR DE LA FRANCE, LA MEDAILLE DE LA LEGION D’HONNEUR

CONTRIBUTION :

EN DEFENDANT LES STIGMATES DE LA COLONISATION, ILS LORGNENT UN RETOUR D’ASCENSEUR DE LA FRANCE, LA MEDAILLE DE LA LEGION D’HONNEUR !

Le débat sur la décolonisation des appellations de nos rues, villes, édifices est vieux : déjà  Sembène Ousmane avait eu à interpeler le Président Léopold Sédar Senghor sur la question et, autour des années 1983, Iba Der Thiam, alors Ministre de l’Education nationale, avait initié l’attribution de parrains nationaux à nos établissements scolaires et universitaires.

C’est sur cette lancée que Lamine Guèye, Lamine Ibrahima Arfan Senghor,  Valdiodio Ndiaye, Iba Cathy Ba, Ibrahima Sarr, entre autres, sont venus bousculer Van Vollenhaven, Georges Clémenceau, Ballabey … et il en a été ainsi sur toute l’étendue du territoire national.

Mieux, il a été institué une JOURNEE ANNUELLE DU PARRAIN durant laquelle, toutes activités pédagogiques cessantes, l’on devait revisiter les parcours élogieux de ces hommes et femmes de valeur qui ont dédié leur jeunesse et leurs forces au pays, dans le cadre de la lutte pour l’accession de la patrie à la souveraineté internationale.

Et, aujourd’hui, l’on veut nous faire revenir en arrière en défendant l’idée selon laquelle il faut encore préserver et célébrer les douloureux stigmates de l’esclavage, de la colonisation, de la France-Afrique (Je récuse la formule de Françafrique dans laquelle le nom de notre continent commence par une lettre minuscule !)

 C’est la raison pour laquelle j’ai accueilli avec une immense joie les positions de quelques-uns de nos hommes de religion, en  l’occurrence surtout, celle  de l’Imam Ahmad Makhtar Diallo..

En effet, il affirme péremptoirement et sans ambages, parlant de Faidherbe, que : « Il est inadmissible que celui qui est venu dans ton pays pour te piller ait plus de reconnaissance que ceux qui représentent l’identité de notre pays. (…). Quand on a la chance d’avoir des références comme El Hadji Omar Foutiyou Tall, El Hadji Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba, c’est suffisant pour s’en contenter. Ils devraient porter les noms de nos rues, avenues et édifices (J’aurais plutôt dit : Nos  rues, avenues et édifices devraient porter leurs noms) pour tout ce qu’ils ont représenté pour la jeunesse sénégalaise. Se réveiller quotidiennement en face d’une statue en l’honneur d’une personne qui a massacré près de 20.000 Sénégalais, comme l’a certifié le Professeur Iba Der Thiam, c’est juste frustrant pour tout patriote ».

Plus fortement, il poursuit en ajoutant que : « Nous demandons à ce que cette statue de Faidherbe soit détruite et que nos rues soient rebaptisées aux noms de nos grands hommes. On dispose d’assez de références, en termes de spiritualité, de réalisations pour les mettre en avant. Ainsi, les jeunes pourront s’identifier à eux car les enfants n’ont pas besoin de connaître Faidherbe (…) » (Journal  DAKAR TIMES, Lundi 22 Juin 2020, page 7).

Pour ne pas ennuyer le lecteur, j’aurais pu continuer à le citer mais j’ose espérer que l’on me permettra de résumer le reste de sa pensée : pour lui, Faidherbe et les autres nous ont volé notre civilisation et il est temps de reconquérir pour de bon notre raison et notre dignité. Il n’en prône pas moins cependant l’ouverture au monde.

L’on a cherché aussi à nous apprendre, comme si nous l’ignorions, que le saint-louisien est un individu élégant dans le port, policé dans le parler, indulgent et magnanime et qu’il devrait continuer à tolérer le port de tête arrogant du bonhomme de la statue, sa main agressivement posée sur le manche de son sabre et  l‘écriteau mensonger lui chantant un hymne de reconnaissance.

Ceux qui, en plein XXIe siècle, défendent les stigmates de l’esclavage, de la colonisation et de la France-Afrique n’attendent rien moins, ne lorgnent rien moins qu’un retour d’ascenseur de la France, sous la forme d’une citation dans la Légion d’honneur ou autres. Peut-être même, pour ma part, qu’en disant cela, j’apporte de l’eau à leur moulin mais on verra si un coup de semonce de ce genre aura l’effet de ressusciter leur bon sens, leur dignité.

L’on est même allé jusqu’à dire que nous voulons « chasser » Faidherbe et continuer, paradoxalement, de parler sa langue, de partager sa culture sous ses divers aspects. Oui, c’est vrai mais la langue française n’appartient plus exclusivement à la France ; d’ailleurs, n’auraient été son appropriation, son enrichissement et sa défense ( au  plan de la contribution  militaire et économique aux efforts de guerres, 1914-1918 et 1939-1945) par l’Afrique et l’Outre Mer, les français parleraient aujourd’hui  allemand … ou, dans le meilleur des cas, anglais !

Pourtant, l’Imam Ahmad Makhtar Diallo est, tout aussi également, saint-louisien bon teint, tout comme les autres fils de cette ville et de ce pays qui veulent mettre fin à cette insulte légendaire. Du reste, au-delà du saint-louisien, le Sénégalais tout court est universellement reconnu comme un individu pacifique, intelligent, hospitalier, non xénophobe, tolérant,  possédant de belles manières.

Dans l’expression de son sentiment de dégoût, l’Imam est même allé jusqu’à dire qu’il faut détruire cette statue ;  ce serait faire trop d’honneur au personnage et à son pays : tous les deux ne méritent même pas notre colère car, quand ce sentiment vous habite, vous êtes prédisposé à la vengeance ou à la haine. La détruire n’effacerait  pas notre douleur : à mon humble avis, il  suffira simplement de la rendre à son pays, dans le cadre de la réciprocité de la procédure de  restitution des patrimoines africains en général et sénégalais en particulier.

Je ne partage même pas l’avis de ceux qui, aujourd’hui, réclament de tous les anciens  pays esclavagistes ou colonisateurs des «réparations » : ce qu’il nous faut, c’est de promouvoir une authentique, dynamique et rédemptrice UNITE  AFRICAINE avec un Etat fédéral, des Gouverneurs d’Etats, une monnaie unique !

Le Pont reliant les deux parties de Saint-Louis n’appartient plus à la France même si ce pays a contribué récemment à sa réhabilitation : pouvait-il d’ailleurs en être autrement ? Devrait-on s’attendre à ce que l’Angleterre ou la Belgique vinssent le faire ? La France ne doit-elle pas ça et même plus au Sénégal ?

Ce débat, vous ne l’entendrez jamais dans les pays africains-ex colonies anglaises car ce pays d’Europe a accordé l’indépendance à ses anciennes colonies et leur a lâché la bride sur le cou : pouvez-vous citer un seul ancien Chef d’Etat africain anglophone caporalisé, débarqué ou assassiné par les «barbouzes »  de Londres ?

L’Angleterre est tellement magnanime et a  tourné la page de la colonisation, du néo-colonialisme depuis plus de 60 ans qu’aujourd’hui, on voit des ressortissants d’anciennes colonies accéder à de hautes responsabilités comme  celles de Maire de Londres pour Sadiq  Khan.

L’on me dira qu’en France, antérieurement, Koffi Yamgnane, un ressortissant togolais, a eu à assumer pareille  responsabilité : oui, c’est vrai, mais dans le cadre d’une ville de seconde zone, mais pas à Paris, Marseille, Lyon, Strasbourg, Lille, Nantes, Bordeaux, etc.

Le processus de « nationalisation » des appellations de nos rues, avenues, boulevards, établissements scolaires et universitaires, cités, doit être relancé et approfondi.

C’est la raison pour laquelle, il faut féliciter Augustin Senghor, Maire de Gorée et son Conseil municipal, qui, dans ce cadre et dans le prolongement de l’hommage universel rendu à Georges Floyd et aux  autres personnes noires tuées injustement et sauvagement, en raison de leur couleur de peau, aux Etats Unis d’Amérique, en France, ont débaptisé la Place d’Europe pour la belle appellation de PLACE DE LA LIBERTE ET DE LA DIGNITE HUMAINE : tout le monde y a sa part, le noir, le blanc, le jaune, le métis !

Au niveau de ma ville, Thiès, si Ibrahima Sarr a remplacé Ballabey (ex-Cité et école), Clémenceau (école) est devenu Aynina Fall, il subsiste des souvenirs surannés qu’il est impérieux d’effacer à tout jamais, à l’image de la boutade de Senghor dans laquelle il disait « J’effacerai le sourire Banania de tous les murs de France ».  Il est plus que temps pour que des survivances comme Hersent (quartier), Cité Lami (quartier), Maurice Pilot (Cité, où l’école élémentaire a pour parrain Aynina Fall, pourtant) soient vite et définitivement enterrées.

                                                                            Cheikh Abdourahim ANNE

                                                                                   Professeur de français (pourtant !) retraité et Ecrivain,

                                                                                                                                       Thiès

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