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Actualités nationales - 30 mars 2020

COVID-19 : Comment Pr Seydi utilise-t-il la chloroquine sur ses patients

Le Professeur Moussa Seydi, Directeur du Service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann, est revenue largement au cours d’un entretien avec la presse sur la façon dont il utilise la chloroquine, qu’il a essayée sur ses patients.

Le Directeur du Service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann explique avoir essayé l’hydroxychloroquine pour « plusieurs raisons ». D’abord parce que, dit-il, « il y a les résultats préliminaires du professeur Raoult sur un petit nombre de patients. Parce que nous sommes en situation d’urgence sanitaire mondiale. Parce que nous avons besoin de traiter les patients très vite, pour libérer des places et prendre en charge d’autres patients. Le rapport bénéfice-risque était en faveur du bénéfice. C’est pour cela que nous avons commencé à traiter nos patients avec l’hydroxychloroquine, en ayant quand même la précaution de demander leur consentement préalable ». Mais quelle différence y a-t-il entre la chloroquine et l’hydroxychloroquine ? Pr explique que « L’origine est la même, mais ce sont deux molécules légèrement différentes. L’hydroxychloroquine est mieux tolérée et peut-être qu’on a besoin d’une dose mois forte avec l’hydroxychloroquine ».

Sur les « résultats encourageants », il souligne : « Quand nous avons démarré le traitement chez nos patients, nous avons constaté que la charge virale baissait beaucoup plus rapidement. Maintenant, c’est juste un traitement que nous donnons aux malades, après consentement. Nous sommes ici dans une situation pratique, et plus tard, nous allons faire un traitement dans le cadre d’un projet de recherche scientifique, en respectant toutes les normes scientifiques avec l’Institut Pasteur de Dakar… ». Et de poursuivre : « C’est scientifique, ce que nous faisons, mais ce n’est pas de la recherche. Si on avait une étude validée à cent pour cent, on aurait prescrit le traitement. Donc le médecin prescrit le traitement pour pouvoir guérir son malade. Ce n’est pas dans la recherche. C’est dans la prescription, juste dans la pratique ». Il estime qu’« à l’heure actuelle, nous avons utilisée la chloroquine sur une cinquantaine de patients. Il y a peut-être une personne qui est guérie, mais d’ici une semaine on verra le nombre de patients qui vont s’en sortir. Parce que là, nous nous sommes basés sur les résultats de l’Institut Pasteur, qui nous montrent une baisse assez rapide de la charge virale ».

A la question de savoir « si le fait de se lancer dans ces expérimentations ne serait pas synonyme d’aller contre l’avis de l’Organisation mondiale de la santé qui est assez réservée au sujet de la chloroquine aujourd’hui, Pr Seydi de répondre : « Je ne me positionne pas par rapport à aller contre un avis ou à un autre. Non, je prends mes responsabilités en tant que médecin. Je suis responsable de la prise en charge de ces malades au niveau national et je suis chercheur en même temps. Je prends toutes mes responsabilités en fonction de la manière dont je vois les choses. Ceci dit, ce médicament est à déconseiller en automédication. Ce serait très dangereux de le faire en automédication, et en prévention, il n’est pas prouvé que cela marche ». Et de lancer un appel aux Sénégalais : « Je leur dis : non seulement, ne vous ruez pas sur l’hydroxychloroquine, mais c’est dangereux pour (vous)… La prescription doit être médicale ; ils ne connaissent pas les contre-indications. Par exemple, l’hydroxychloroquine ne doit pas être administrée chez un enfant de moins 6 ans, chez une femme enceinte, une femme en état de grossesse, une femme qui allaite… Devant certaines pathologies oculaires ou cardiaques on ne doit pas l’utiliser… ».

Pr Seydi ne manque pas de remarquer que « La transmission communautaire est une bombe ! La transmission communautaire peut nous mener vers n’importe quelle situation. On peut se lever un beau jour et avoir le nombre de cas multiplié par dix, quinze, cent ! Vous voyez, on vous disait dans les premières études comment on a contaminé deux à trois patients… Ensuite, d’autres ont dit sept, huit, neuf, patients… Mais nous, nous avons un patient qui a contaminé vingt-cinq autres personnes. Donc la transmission communautaire c’est vraiment extrêmement inquiétant pour nous » ! Sur le choix ou non du « confinement des populations », il pense que « C’est cela la bonne méthode sur le plan sanitaire. C’est cela qu’il faut faire. Mais il faut tenir compte d’autres aléas ». Selon lui, le Président Macky Sall, dans ses décisions, est « allé loin, mais il suit les recommandations qu’on lui donne. Nous, nous faisons des recommandations et à partir de nos recommandations, il prend les décisions. A l’heure actuelle, il n’y a pas eu une recommandation unanime pour demander un confinement total (compte tenu) de notre mode de vie : les gens vivent au jour le jour, la plupart sont dans un état assez précaire… Donc le confinement total peut être un peu difficile. Le fait de travailler à domicile, le télétravail, tout cela ce sont des aspects assez complexes. Donc il faut mûrir tous ces aspects, avant d’aller vers un confinement total. Mais il est presque certain que, tôt ou tard, nous irons vers cela ».

Le Sénégal a-t-il les moyens, aujourd’hui, de travailler à éradiquer ce virus ? Réponse du Professeur : « Oui, par rapport au nombre de cas, nous avons parfaitement les moyens. Nous sommes à l’aise pour travailler, comme je l’ai toujours dit depuis le début. Mais si le nombre de cas explose, on n’aura plus les moyens… ». A partir de combien de cas cela va devenir un problème ? Pour M. Seydi, « C’est difficile de dire à partir de combien de cas, parce que chaque fois on s’adapte. Mais il vaut mieux ne pas attendre tous ces milliers de cas comme en Europe : on serait dans des difficultés plus énormes encore que les difficultés constatées dans ces pays. Donc la prévention doit être le combat qu’il faut mener en priorité ».

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