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AMY SY EPOUSE D’AMAR MBAYE: « C’est le pire cauchemar de mon existence »

Amar Mbaye

« C’est  le pire cauchemar de mon existence »

Amy Sy, épouse du boulanger tué, parle de son mari à cœur ouvert, mais dans la douleur. Un témoignage poignant sur leur long compagnonnage d’amour et de chaleur affective.

Que pouvez-vous nous dire sur votre époux?

Mon époux était un mari exemplaire. Il me portait dans son cœur et m’aimait bien. Il avait beaucoup de pitié et de compassion à mon égard. Il se battait du matin au soir pour que je ne manque de rien. C’est un père de famille qui était en quête perpétuelle de dépense quotidienne pour satisfaire les besoins de ses enfants. Il voulait que ses enfants n’envient personne. Il était un soutient de famille. Car il portait pratiquement toutes les charges de cette maison. On est très démuni. Il aimait ses enfants et vouait un respect absolu à ses parents. Amar était un homme respectueux de l’autre, une âme charitable et sociable.

Comment l’avez-vous connu ?

On s’est connu au quartier Randouléne. Il habitait ce quartier avant qu’on ne vienne ici (quartier Nietty Kaad). Je ne sait plus d’ailleurs quand on s’est rencontré pour la première fois. Il me serait impossible de dire l’année. Mais dés qu’on s’est vu, on est tombé amoureux. On s’est fréquenté pendant presque 8 ans avant qu’on se marie. Il était jovial et très amoureux. C’est pourquoi j’avais décidé de m’engager, d’être sa femme pour l’éternité. Je l’avait accepté tel qu’il était : un boulanger. C’est finalement en 2007 que nous avons décidé de nous marier. Je l’aimais beaucoup et nous avons partagé 11 ans de vie commune. Amar était boulanger. Il a toujours exercé ce métier. Tout ce qu’il gagnait, il le donnait à sa famille. Il avait une affection débordante pour ses enfants et sa famille. Je peux dire l’amour qu’il nous portait avait un début mais n’avait pas de fin. C’était un amour infini, insondable et intarissable.

Quels beaux souvenirs gardez-vous de lui ?

Des souvenirs ! Il y en a à la pelle. Chaque jour était une surprise pour moi. Chaque jour était aussi un nouveau jour pour moi. Les jours se suivaient, mais ne se ressemblaient pas. Il me couvrait de cadeaux. Il m’en offrait beaucoup, malgré ses maigres moyens. Il voulait que je sois toujours heureuse. Il ne voulait jamais voir mes larmes. Amar ne voulait jamais que je sois en colère. Il se tuait pour que je sois la femme la plus heureuse du monde. Quand j’étais en colère, il avait les doux mots pour m’adoucir et m’apaiser. C’est un homme qui n’était pas bavard. Il parlait peu. Il ne voulait ni importuner, ni choquer. Il pouvait rester toute une journée dans sa chambre sans que les autres membres de la famille ne sachent qu’il était là. Il passait inaperçu. Il n’avait aucun problème. Il n’était pas du tout difficile. Il avait le commerce facile, toujours souriant. Je peux dire que j’avais le meilleur époux au Sénégal, au monde. Et il avait ce même attachement pour sa mère (Fatim Thiam). Il l’adorait et était au service exclusif de ses besoins.

Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois,

Le jour de son décès (vendredi dernier), il a préparé son café Touba comme tous les jours. On était ensemble à la maison. C’est quelqu’un qui raffolait du café Touba. Ce jour-la, c’est lui même qui l’a préparé. En prenant son café, il discutait avec ses enfants (au nombre de 4 garçons). Comme toujours, il leur a prodigué quelques conseils et m’a dit au revoir. On s’est quitté dans la joie et dans une atmosphère conviviale comme tous les jours. Car à chaque fois qu’il quitte la maison, il m’indique sa destination. C’est ainsi qu’il a pris sa moto Jakarta et est parti. Il m’a d’ailleurs dit qu’il ne devait pas se rendre à son travail ce jour-là. Il était de repos. Puisqu’il avait travaillé la journée, il ne devait donc pas être de l’équipe de nuit. Mais on l’a rappelé pour qu’il retourne à la boulangerie. Il est donc reparti. Je lui ai dit à demain. Quand il travaille la nuit, il ne rentre que le lendemain matin. C’est les derniers mots que nous avons échangés.

Comment avez-vous appris son décès ?

Quelqu’un qui travaille à la boulangerie a téléphoné à la maison pour nous le dire qu’il a eu un accident. Nous avons pensé qu’il s’agissait d’un simple accident de la circulation. Et que peut-être, il avait le bras ou la jambe cassée ou peut-être des égratignures. Quand je quittais la maison, je croyais que c’était un banal accident et qu’il s’en était sorti indemne. Mais c’était le pire cauchemar de mon existence. C’était un tragique accident qui lui avait couté la vie…

Observateur


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