LE PRESIDENT QUI ''GUERIT'' LE SIDA: Enquête en Gambie pour percer le mystère
Sans être prétentieux, encore moins utopique, le président Jammeh se lance avec un grand enthousiasme dans son nouveau rôle de guérisseur, un don ou pouvoir que lui aurait légué son père. Il n'est pas un faiseur de miracles comme beaucoup le pensent, mais est juste Investi d'une «mission» qui l'oblige à venir en aide par son savoir aux populations malades du sida parce qu'il détiendrait le secret de compositions de potions, qu'il fait lui-même, à base de plantes et d'écorces d'arbres médicinales traditionnelles qui guérissent cette maladie. Le Sida, ce fléau mondial qui serait Incurable, dit-on, une malédiction ou punition divine pour la plupart des gens. Toutes les recherches qu'on lui consacre, ces budgets colossaux, tous ces hommes qui s'investissent humainement pour lutter contre de par le monde, n'ont pas encore jusque-là découvert un vaccin ou remède contre la maladie, même si un grand pas a été fait grâce à la découverte des anti-rétroviraux. Ainsi depuis 2006, quelque part en Afrique de l'Ouest, dans un petit pays de par sa superficie, la Gambie, un homme, qui n'est personne d'autre que le président de la République, son excellence Yaya Jammeh, « traite, soigne et guérit le sida et bien d'autres maladies ». Impossible ! S'écrit le communauté internationale et tout le monde sauf ces deux cents et quelques personnes, des Gambiens qu'il a soignés et guéris Comment et avec quoi Yaya Jammeh soignerait-il le sida ? Quelle est la position de l'OMS sur la question ? Quel est le secret de ses compositions ? Serait-ce du toc ou effectivement la découverte du siècle, le remède qui sauverait l'humanité de cette triste maladie ?
«La voix Plus» a été jusqu'en Gambie pour percer le mystère.
Son excellence Yaya Jammeh est arrivé au pouvoir en 1994, plus précisément le 22 juillet, en Gambie, à l'âge de 28 ans seulement, à la suite d'un coup d'Etat contre l'ancien président EI Hadji Daouda Kéraba. Sans heurts, ni bain de sang, de coup de feu ou de panique générale, bref sans incident, ce fut un coup d'Etat bien orchestré. C'est le 1er Président de la deuxième République de la Gambie et sera plus tard élu en 1996 et réélu en 2001 et en 2006 ensuite lors d'élections organisées normalement. II en est aujourd'hui à son troisième mandat et affiche toujours les mêmes ambitions qu'à son accession à la magistrature suprême de son pays, à savoir mener la Gambie au développement. En effet, le président Yaya Jammeh, vise haut et met l'accent sur les gros investissements, notamment sur l'acquisition d'infrastructures qui est une clé de réussite pour tout modèle politique.
Ancien colonel dans l'armée, Yaya Jammeh, longtemps considéré comme un dictateur et coupé du reste du monde car n'ayant pas de relations diplomatiques avec presque tous les Etats, a aujourd'hui acquis une réputation autre, et sa côte de popularité est montée d'un cran, du moins dans son pays depuis qu'il a commencé à exercer son «métier de guérisseur ». Jamais un président de la République n'a été guérisseur, ou tradipraticien au service de sa population. Car, dernièrement en Gambie, les populations ont découvert une nouvelle facette du président Jammeh : « il traite, soigne et guérit toutes sortes de maladies, asthme, stérilité, «raps», mais surtout le sida. »
Yaya Jammeh est né en Gambie à Kanilai, un village traditionnel dans le district de Foni Kansala, dans la région Est du pays. II est marié à une Marocaine, Madame Zeinab Yaya Jammeh et est père de deux enfants.
Un secret confié par son père
Son père était est un guérisseur hors pair, de grande renommée, un homme au pouvoir réel et reconnu par tous. C'est donc de son père que le président Jammeh a hérité ses dons et pouvoirs de guérisseur. Tôt ou tard, il pratiquerait ses pouvoirs, mais son père de son vivant, avait formulé le souhait qu'il attende jusqu'à l'âge idéal chez un homme, 40 ans. Entre temps, Yaya Jammeh s'enrôla dans l'armée, fit carrière et devint même, par le coup du destin, le président de la République de Gambie. Mais n'empêche que, comme Paolo Coehlo, dans l'Alchimiste, «mektoub», c'est déjà écrit et Yaya Jammeh doit soigner. Déjà, tous ses parents proches le sollicitaient de temps à autre pour des prières et s'en retournaient vers lui quand ils étaient malades, et il les soignait en toute discrétion. Mais la nouvelle avait déjà commencé à s'ébruiter et peu à peu, les gens dans son entourage sont mis au courant et de bouche à oreille, les gens sont informés des dons secrets de Yaya Jammeh à guérir la stérilité, l'asthme et autres maladies typiquement africaines comme le phénomène des «raps ».II confirme finalement ses dons et commence par soigner quelques personnes et le ministère de la Santé de Gambie exige qu'il fasse des preuves avant qu'on ne lui délivre la licence lui permettant d'exercer légalement la médecine, car le sida, c'est un sujet très sérieux. L'on procède alors à de nombreux tests de patients qui venaient se soigner chez lui. Après moult expertises et contre expertises ; des tests avant et après les traitements administrés par le Président Jammeh, les résultats sont confirmés par le ministère de la Santé qui lui délivre enfin sa licence pour qu'il pratique, conformément à la loi, la médecine. Mais néanmoins tout le monde se demande d'où il tient son titre de docteur ? En réalité Yaya Jammeh a décroché un doctorat en médecine et des masters dans bien d'autres domaines, dans une grande université aux Etats-Unis. Depuis lors, en 2006, il annonce partout, aux gambiens ainsi qu'à la communauté internationale et à qui veut l'entendre "qu'il soigne certaines maladies" ; mais les gens retiendront surtout le sida. Ce fut alors une nouvelle qui fera rire certains, irritera même des chercheurs et scientifiques qui y travaillent depuis plus d'une dizaine d'années, mais d'autres plus curieux sont allés se faire soigner. Et les résultats sont là et disponibles, le Président Jammeh guérit effectivement le sida. Mais comment ? Quel est donc son secret ?
Sida, ce fléau mondial qui serait incurable, dit-on, une malédiction ou punition divine pour la plupart des gens. Toutes les recherches qu'on lui consacre, ses budgets colossaux, tous ces hommes qui s'investissent humainement pour lutter contre de par le monde, n'ont pas jusque-là découvert un vaccin ou remède contre la maladie, même si un grand pas a été fait grâce à la découverte des anti-rétroviraux. La terrible maladie fait peiner les plus imminents chercheurs, scientifiques et laborantins au monde, à trouver une solution. Une vérité dont personne n'a jamais douté. Il n'existe pour l'instant, du moins officiellement que les anti-rétroviraux pour pouvoir vivre avec le VIH sans encombre. Les campagnes qui sont menées contre le sida dans tous les pays surtout en Afrique montrent des images insoutenables des malades sidéens ; ce sont des enfants, des femmes, des hommes qui souffrent, qui n'espèrent plus grand chose de la vie et qui attendent juste le jour-j pour tranquillement rendre l'âme, car pas un seul grain d'espoir ne leur est permis. Le sida leur martèle-t-on, l'on n'en guérit jamais. L'origine de la maladie reste toujours une polémique et depuis la découverte du VIH, les statistiques montrent que le vieux
continent est en tête de liste sur les zones les plus touchées par le sida. Et ceci s'explique facilement par les notions de pauvreté, précarité, insuffisance de moyens etc, que l'on avance.
Des témoignages de la population
L'homme arbore en permanence la tête d'un type très confiant, sûr de soi et de ce qu il dit et fait. Dans sa mission de guérisseur, il s'acquitte bien de sa tâche, ses malades sont tous guéris. Certains n'y croient pas encore, mais les faits parlent d'eux-mêmes, les personnes qu'il a soignées témoignent à visage découvert et disent être effectivement guéries.
Au terme d'une enquête et de questionnaires posés ça et là, au marché auprès des commerçants, taximen, badauds, passants, passagers boutiquiers, bref toutes les couches de la population et même chez quelques policiers et militaires, le Président Jammeh est plébiscité sur ses compétences en matière de la médecine qu'il pratique. Une autre source, de nous révéler que, avant que le Président ne commence un traitement contre le sida à un patient, il exige de ce dernier qu'il aille faire un test du VIH sida dans un laboratoire à I'hôpital, pour avoir d'abord la confirmation de la maladie et une idée de l'état d'avancement du virus dans le corps de la personne. Une fois cette étape accomplie et muni de résultats fiables du test du sida, il propose un traitement en fonction de chaque malade. Sur les photos que nous avons et d'après les témoignages recueillis,les femmes sont majoritaires parmi les personnes atteintes du VIH que le Président Jammeh a réussi à soigner et à complètement guérir. Mais parmi elles, le plus émouvant, ce ne sont pas les témoignages de reconnaissance, les remerciements et la sympathie que lui retournent ces hommes et femmes qui disent lui devoir beaucoup qui capteront notre attention, mais plutôt l'amour de ce garçon qui avait été contaminé par sa mère depuis sa naissance et que Yaya Jammeh a sauvé des griffes du sida. II n'a pas encore quatre ans et reste désormais très attaché au président qui le considère à son tour comme son propre enfant ; il vit maintenant au palais où sont logés et nourris tous ses patients d'ailleurs.
Quels sont les médicaments et plantes utilisés ?
«Ce sont l'utilisation de plantes à l'état brut â partir desquelles il fera une synthèse, une combinaison de la médecine spirituelle et des plantes médicinales que lui avait indiquées son défunt père, plus celles qu'il a personnellement découvertes ou apprises ailleurs, que le président en personne, va chercher dans la forêt, de préférence, durant la nuit loin des regards indiscrets, pendant que les gens sont occupés à autre chose. Il profite de l'obscurité pour se fondre dans la nature et aller chercher les plantes aux multiples vertus dont il a besoin» Témoigne notre interlocuteur
Mais hormis ces plantes médicinales dont il ne révèle ni le nom, ni la composition et le dosage, président Yaya Jammeh soigne tous ses patients sans distinction de race ni de religion, grâce aux versets du saint Coran. II est bien sûr assisté dans sa nouvelle tâche par une équipe à la tête de laquelle, son petit frère qui également docteur en médecine.
Se montrer à la télévision pour bénéficier des soins
Quiconque est atteint du sida ou de toute autre maladie, peut bénéficier gratuitement des soins de Yaya Jammeh à une seule condition cependant, il faut oser venir se montrer devant les caméras de la télévision. Pourquoi ? C'est juste pour sensibiliser les autres malades qui seraient encore hésitants. En plus, c'est une façon particulière pour dire à une autre frange de cette même population, que le sida existe bel et bien. Car le contraire est souvent soutenu par certains de nos parents, surtout en milieu rural. Donc, le Président Jammeh cherche à les toucher par les images des malades sidéens et par leurs témoignages, qu'ils sachent comment le VIH détruit la personne de manière à ce que tout le monde fasse attention.
Les patients, sur le plan social sont bien assistés, ils sont entièrement pris en charge par le président Jammeh qui les loge, les nourris durant tout le temps que dure le traitement. « D'ailleurs, confie un de nos interlocuteurs proches du Président gambien, la gratuité des soins et traitements est en grande partie, la raison pour laquelle certains continuent à douter de ses pouvoirs. Des délégations de chercheurs venant de tous les coins du monde viennent en Gambie pour s'enquérir de la situation, faire des recherches et posent des questions, bref, pour vérifier afin d'infirmer ou de confirmer la médecine Ie traitement du Président Jammeh. Certaines d'entre elles ont été éconduites par Yaya Jammeh parce qu'elles tentaient de déstabiliser ses recherches et découvertes. Elles voulaient découvrir les plantes et autres procédés qu'il utilise pour soigner ces maladies et venir à bout du sida».
Cependant, d'autres délégations beaucoup plus patientes de chercheurs viennent pour constater que effectivement, le sida est guérit par le docteur Yaya Jammeh, elles font des tests et comparent des résultats qui sont assez éloquents. Des chercheurs arabes venus faire des recherches ont fait des reportages et retransmis des images qui montrent le Président Jammeh en plein dans son travail, dans ses appartements où il reçoit, examine et soigne ses patients. Des images qui ont fait le tour du monde des pays arabes qui eux sont convaincus des résultats de Yaya Jammeh.
Guérir le sida en six à neuf mois, un an au maximum
Selon certains témoignages, les patients atteints du sida sont traités, Soignés et guéris pendant une période allant de six à neuf mois, voire une année. « Tout dépend, poursuit notre interlocuteur, de l'état de la contamination et de l'évolution du virus dans l'organisme de la personne, ses réactions face à tel ou tel autre médicament qu'on leur administre. Les uns auront des réactions beaucoup plus lentes que les autres. Mais, au maximum, au bout de neuf mois et même que c'est rare, le patient est totalement guéri et cela se confirmera par un autre test du VIH à l'hôpital».
Au début du traitement du sida, « le Président Jammeh reçoit ses patients chaque jour et leur donne des potions à boire au quotidien pendant quatre à huit semaines pour voir la réaction de chaque individu par rapport aux médicaments. Ceci pour savoir s'il y a des signes visibles, des allergies, des effets secondaires ou autres dans un premier temps. En fonction de chacun il décide des rendez-vous et de la posologie du traitement de chaque patient. Ce sont des médicaments très forts et il lui est nécessaire d'observer la réaction individuelle de chaque patient, jusque dans les moindres détails» précise notre interlocuteur
Le président Jammeh s'occupe personnellement de la préparation et de l'administration de ses médicaments. Mais il est parfois assisté par son ex-ministre de la santé, Tamsir Mbow, un éminent médecin bien connu dans le milieu, actuellement nommé directeur de la santé/département VIH pour être beaucoup plus près du président.
L'OMS et le Sida
En 2002, l'OMS a adopté une stratégie dans le domaine de la médecine traditionnelle pour aider les pays à examiner le potentiel dans ce domaine pour la santé et le bien-être des populations, tout en réduisant le plus possible les risques allant de pair avec des remèdes mal utilisés dont l'efficacité n'a pas été prouvée. Cette stratégie a pour but principal d'encourager la recherche. Ainsi, selon les critères qu'elle a établis, il faut avoir d'abord la notoriété, la sédentarité, des résultats effectivement obtenus, et être accessible et exercer le métier dans la continuité. Le président Jammeh, ne réunit-il pas toutes ces conditions, tous ces critères préétablis par l'OMS ? Quant on sait que le VIH/SIDA constitue le plus grand défi à surmonter en Afrique où plus de 30 millions de personnes vivent avec le VIH et chaque jour des milliers de personnes en meurent à travers le monde, selon le Dr Lee Jong-wook, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé, pourquoi l'on tente d'étouffer les résultats du Président-guérisseur ? Et tout le monde sait que l'OMS est l'autorité directrice et coordonnatrice, dans le domaine de la santé, des travaux ayant un caractère international au sein du système des Nations Unies. Elle est chargée de diriger l'action sanitaire mondiale, de définir les programmes de recherche en santé, de fixer des normes et des critères, de présenter des options politiques fondées sur des données probantes, de fournir un soutien technique aux pays et de suivre et d'apprécier les tendances en matière de santé. Les malades du sida ont besoin d'urgence de traitements, et un traitement qui doit s'inscrire dans une stratégie à la fois de prévention et de soin.
"Ce sont d'abord des plus vulnérables et des plus défavorisés dont nous devons nous soucier. Or, ces populations sont souvent peu visibles, vivant dans des zones rurales éloignées ou des bidonvilles et n'ayant que peu de moyens d'expression politique." Ces propos sont du Dr Margaret Chan, Directeur général de l'OMS.
Pourquoi, depuis deux ans et bientôt trois, que tout le monde en parle en Gambie et que même des personnes (plus de 200) témoignent à visages découverts et que jusqu'à maintenant on tarde à homologuer cette découverte ? Qui n'aurait pas intérêt à ce que l'Afrique découvre le remède du VIH sida en premier ? Quels sont les enjeux de société, les enjeux de santé, les enjeux économiques, de la médecine traditionnelle ?
"Le marché mondial des plantes médicinales, en expansion rapide, représente actuellement plus de 60 milliards de dollars $US par an" nous révèle la source OMS.

