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ENTRETIEN AVEC COUMBA GAWLO SECK ''J'arrête les tenues provocantes'
Si elle vous a scandalisés par ses tenues de scène jugées indécentes, Coumba Gawlo ne vous choquera plus. Comme «Leuk devenue herbivore» - pour reprendre un des contes de la belle aven­ture de Leuk-le-Lièvre -la sulfureuse vedette de la chanson s'est convertie à la pudeur. Elle a désor­mais renoncé à tout ce qui a pu choquer... Des cheveux rasés qui lui valurent des criti­ques acerbes voire indignées en passant par ses tenues sexys, qui mettent en valeur sa belle plastique au point de faire perdre le souffle aux affriolés. Coumba Gawlo a tout rangé dans les tiroirs. Tout cela appartient désormais au passé, puisque l'artiste a mûri. C'est en tout cas, l'aveu qu'elle nous a fait et qu'elle explique par «la maturité.» Et pourtant, elle se défend que cet assagissement soit lié au grave inci­dent survenu lors de sa tournée en Italie et qui l'a vu frôler la mort dans un ascenseur où elle est restée coincée quatre heures durant, avec la peur de mourir... Dans ce «Autour du damier», la chouchou des jeunes filles parle de ses relations avec son «papa» et du président Wade. Non sans nous faire vivre son aventure à Milan où elle a «frôlé la mort» lors d'une tournée de promotion de son album Dieureudieuf.

 

Walf Grand-Place : De plus en plus, on découvre une Coumba mature dans l'habillement et les paroles, c'est la sagesse qui com­mence?

Coumba Gawlo SECK : Dans la vie de tout être humain, il y a une évolution. Et dans sa carrière, l'ar­tiste se veut progressiste, innova­teur. Je pense qu'après, plusieurs années de dur labeur et d'apprentis­sage, je suis aujourd'hui arrivée à un stade où j'ai acquis beaucoup d'ex­périence, d'où une grande maturité et de la responsabilité. Et c'est cette maturité et sérénité qui m'ont per­mis aujourd'hui de mettre peut-être de côté les provocations. Ceci grâce au travail de mon staff, mais aussi du public qui m'a propulsée.

L'autre raison est que si j'ai réussi à avoir ce public qui ne cesse de me témoigner de son affection, je n'ai plus droit à l'erreur. Parce que dans chaque famille de dix mem­bres, les huit sont mes fans. Et le parent voit son enfant à travers son idole. Ce qui veut dire que le parent n'aimerait pas que l'artiste fasse des choses choquantes ou exagérées pour la simple raison que cela pour­rait influencer son enfant. Parce qu'il veut qu'il aille vers le droit che­min. Et si on se met à la place du père, on peut se dire pourquoi la chanteuse a fait ceci. Ce sont toutes ces responsabilités qui pèsent sur mes épaules et dont je suis depuis toujours consciente. À plus forte rai­son maintenant où je suis convain­cue de l'amour que me porte mon public et toutes ces jeunes filles qui ont fait de moi leur symbole. Un titre qui m'honore au point que je me demande si je serai même à la hauteur d'être leur ambassadrice. C'est pourquoi, j'ai mis de côté tou­tes ces choses qui sont derrière moi.

Donc, vous êtes consciente du fait que si vous vous coupez les che­veux vos fans vont vous imiter ?

Il faut faire la part des choses. Nous sommes dans une société moderne à la fin du XXe siècle. Il faut mettre de côté les tabous sans choquer la culture ou l'éducation. Et je ne vois pas ce qu'il y a de cho­quant à porter une jupe courte ou un pantalon moulant ou quelque chose d'assez sexy pour mettre en valeur notre beau corps. Tout est dans la manière de le porter. Parce que chaque tenue correspond a un lieu ou un moment. Si ce n'est pas dans le but d'inciter le public à la perversion en s'adonnant au taba­gisme, à l'alcool, je pense que ce n'est pas mal. Et j'essaie de suivre cette tendance.

Le chanteur Souleymane Faye vous a attaquée en vous reprochant de n'avoir pas respecté les termes de votre contrat dans le duo Gawlo et Diégo. Que s'est-il passé, selon vous ?

J'ai suivi l'émission depuis l'Italie. Je pense qu'il n'a rien dit de méchant. Au contraire, il a fait un beau témoignage sur moi quand il dit que mon label lui a payé ce qu'on lui devait. C'est un honneur pour moi de produire un artiste qui chantait quand je venais de naître. J'ai été très honorée quand il a fait le déplacement pour que je le pro­duise. Et c'était un charme pour moi de faire un duo avec lui.

Quand l'album est sorti, beau­coup de gens m'ont demandé com­ment je l'ai convaincu à travailler jusqu'à faire un clip. Je leur ai dit que je suis entrée dans la peau de Souleymane pour comprendre ses stress, angoisses, tristesses... C'est quelqu'un que je respecte beaucoup et il me le rend bien.

Maintenant quand il dit que je ne lui ai pas téléphoné ces derniers temps pour voir comment il va, il a lui même répondu à sa question. Pour dire que chacun à sa formation et le duo était un projet dans un but bien précis et un temps bien précis. C'est fini.

II a également dit que vous avez organisé des concerts à son insu...

Bien sûr que je l'ai informé. Et ce concret, c'était pour faire vivre auprès du public le duo. Mais je ne veux pas polémiquer. Et il a même dit dans une interview que «n'eût été Gawlo, je serais mort idiot.» C'est vous dire, qu'il a découvert beau­coup de choses. Il sait qu'avec le tra­vail, les agendas, personne n'a le temps.

Maintenant qu'allez-vous faire après ce qu'il a dit ?

Il n'y a rien de grave. Je le remer­cie d'avoir reconnu la délicatesse de mon label car en tant qu'artiste je parviens à comprendre le chanteur. Avec lui, on avait mis de gros moyens en lui louant une grande maison à Saly pour y répéter. Mais je pense que je vais lui passer un coup de fil.

Lors du défilé de Sira Vision, on vous a vu chanter les réalisations du président Wade. Et certains vous taillent maintenant le man­teau de libérale ?

(Elle entonne avec humour la généalogie de Me Wade) C'est mon papa. Ce qui surprennent les gens, c'est la nouveauté. Mais Me Wade, j'ai commencé à chanter ses louan­ges avant même de sortir ma pre­mière cassette. Je suis l'une des rares artistes dans ce pays à le côtoyer pendant qu'il était dans l'opposition et que les personnes le fuyaient. je l'ai toujours aimé comme un père. II m'appelle d'ailleurs ma fille. Il m'a toujours soutenu lors de mes évène­ments. Je me souviens, j'ai une fois organisé l'anniversaire de ma pre­mière cassette à Sorano, je n'avais pas de sonorisation. La veille, ma mère m'a suggéré d'aller le voir pour lui soumettre mon problème. À l'époque, il était ministre d'Etat avec Habib Sy comme chef de cabinet.

Quand j'y suis allée, il m'a reçue. Et dès que je le lui ai dit, il m'a demandé combien je lui ai dit 500 mille ; et il m'a donné sur le champ un million. Comme il faisait partie des parrains de la soirée, il est venu assister. Je l'ai invité sur la scène et lui ai dit que la jeunesse était der­rière lui. Ce qui d'ailleurs avait créé un scandale. C'était du temps du régime de Diouf. C'est vous dire que cet homme, je le porte dans mon coeur. Ce qu'il me demande, je le fais. Il est incompris parce qu'il est spontané.

Cependant, je n'ai pas de sens interdit chez les opposants. Même si j'ai de l'affection pour Wade, je considère les autres. Je ne dois que du respect pour ces hommes. J'ai été jusqu'au village de Moustapha Niasse qui m'a présenté à sa mère. De même de le défunt Latif Guèye, Tanor Dieng...

Vous revenez d'une tournée en Italie et en Espagne, comment était-­elle ?

Cela a été assez intéressante dans la mesure où cela nous a per­mis, mon staff et moi, de rencontrer un public mixte, riche en émotions et en tournée avec des Italiens, Espagnols mais aussi nos compa­triotes expatriés. On a eu onze dates dans les villes comme Milan, Turin, Bergamo... Les témoignages de mes compatriotes m'ont beaucoup mar­quée, parce qu'ils me considèrent et ne cessaient de me dire qu'ils sont fiers que je sois venue à eux.

Des évènements cocasses s'y sont produits, car vous avez été blo­quée dans un ascenseur ?

Beaucoup de malheurs. Ma mère, qui était en vacances à Bruxelles chez mon frère Khalil, est venue me voir. Les mélomanes me demandaient quand est-ce qu'on allait chanter ensemble. Et à son arrivée, on est sorti un jour se pro­mener. Et à notre retour, on a voulu prendre l'ascenseur. Lorsque je suis rentrée, j'ai appuyé sur le bouton et je lui [sa mère, ndlr] ai demandé d'entrer. Le temps qu'elle me rejoi­gne, l'élévatoire avait déclenché. Subitement, j'ai senti que le monte­-charge ne fonctionnait plus. Une panne est survenue. J'étais alors coincée. J'étais zen. Je me disais que cela n'allait pas durer, puisque nous sommes en Europe. Ma maman s'est mise à crier et a ameuté les autres usagers. II commençait à faire chaud dedans. Une heure après, je commençais à m'inquiéter. C'était le tohu-bohu. Ma mère qui criait : «qu'est-ce qui arrive à ma fille ? ! Li thiat la ! Coumba est-ce que tu res­pires ?»

Le personnel se démerdait dans cette atmosphère tendue. Au bout de trois heures, j'ai eu très peur. Mais comme ma mère avait craqué, je me devais de rester forte et sereine. Et j'y ai passé quatre tours d'horloge.

Donc, vous avez vraiment pensé à la mort ?

Ah oui ! Je me suis dit un ins­tant, la mort on ne sait jamais quand elle arrive. Pour la première fois, j'ai pensé profondément à la mort. J'étais entre un souterrain et un élévateur. Les techniciens fai­saient des manoeuvres et si cela échouait, je pouvais mourir. On ne sait jamais. Je me disais et si je mou­rais à cette heure... avec ma famille, mes frères et projets. Et quand ma maman m'appelait, je lui répondais : «maman, je t'aime.» Aussi, je me suis rendue compte que j'aimais ma mère. Quand je suis sortie, c'était un spectacle émouvant. C'était à l'hôtel Bolzano de Milan. Et je lui ai dit si j'étais restée une heure de plus dans l'ascenseur, j'aurais demandé une feuille pour écrire et vous parler de ce j'ai pour que vous sachiez vers qui aller. Et elle a sangloté. Et j'ai raté aussi mon vol pour Paris. Bien que je sois ponctuelle, je n'y suis pas parvenue. Et je m'en voulais. Pourtant, j'ai quitté à 16 h pour un vol de 18 h.

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