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Moustapha Sy, khalife par procuration ?
Article mis en ligne le 16 décembre 2012 par THIESINFO
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La mort de Serigne Mansour Sy, a, c’est le moins qu’on puisse dire, plongé le Sénégal dans un profond émoi. A 87 ans, malade et vivant en réclusion quasi permanente, sa disparition n’est pas des moins inattendues. A plusieurs reprises, des informations non fondées le donnaient pour mort. Ses absences remarquées aux grands évènements nationaux et autres fêtes religieuses laissaient croire que l’alitement du respectable Guide de la plus grande confrérie musulmane sénégalaise, allait se prolonger. Ses traitements médicaux en France se multipliaient. Aussi sa dernière évacuation sanitaire au prestigieux Hôpital Américain de Paris fut entourée du plus grand secret. C’est sans doute ce traitement discret et confidentiel qui a accentué l’effet de surprise au moment où des rencontres officielles se tenaient pour préparer, à Tivaouane, la cité religieuse, la tenue du Maouloud dans quelques semaines. Le Sénégal a bien porté le deuil. L’hommage qui est rendu à Serigne Mansour Sy « Borom Daradji » est unanime et semble avoir transcendé les appartenances religieuses, politiques, sociologiques. Le vénérable Homme de Dieu avait marqué son époque par son amabilité, sa tolérance, sa courtoisie, son humour débordant. Et par-dessus tout son immense érudition. Sa tâche était loin d’être facile. Il avait succédé pendant 15 ans à une figure emblématique de la nation sénégalaise et homme d’exception, El Hadji Abdoul Aziz Sy resté au khalifat pendant 40 ans. Icône nationale, de réputation et d’audience internationale, parangon de la vertu, de la piété, de l’humilité, insondable source de savoirs éclectiques, médiateur social hors pair, Dabakh avait tout simplement marqué son époque à l’instar des grands hommes dont la vie et l’œuvre résisteront toujours à l’épreuve du temps. On aurait pu en dire autant du magistère de Ababacar Sy, premier khalife de El Hadji Malick Sy, disparu en 1922. Mbaye Sy, comme on appelait affectueusement, était d’une dimension spirituelle et populaire exceptionnelle. Son aura autant que son charisme lui valurent une véritable adoration, que ses enfants, notamment Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum, ont cherché vaille que vaille à perpétuer.

Atavisme ou ambition ?

Attachement atavique ou manifestation d’une ambition démesurée, cette volonté de puissance, de prédominance de la lignée de Ababacar Sy serait, à tort ou à raison, perçue comme la source des dissensions entre demi-frères et cousins pour la gestion de la tarikhatou Tidiane dans son centre de gravité, Tivaouane.

Pendant plus d’un demi-siècle, la confrérie Tidjiane a résisté aux nombreux soubresauts, qui ont jalonné son histoire. Comme pour toute organisation religieuse mobilisant des millions d’adeptes, elle a été traversée par des crises souvent aiguës, révélatrices des querelles byzantines de positionnement, de succession ou de prise en charge de la foi. L’extrême longévité du khalifat de Abdoul Aziz Sy, à défaut d’avoir réussi à cimenter complètement la grande famille de El Hadji Malick Sy, aura au moins permis de limiter les effets des débordements verbaux, voire des dissensions tragiques dont l’une a failli coûter la vie au porte-parole du khalifat, Abdoul Aziz Sy Al Amine, fils de Babacar Sy, mais réputé modérateur et au-dessus des guéguerres fraticides. Lui comme son oncle, dont il était l’homonyme et le gendre, ont fait les frais de douloureuses attaques personnelles émanant de proches de Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum.

Le testament de Dabakh

Désigné comme le successeur de Dabakh à travers un testament mémorable, Serigne Mansour Sy, aujourd’hui disparu, n’était pas épargné par des quolibets de toutes sortes, mais a su toujours garder la maison, avec sérénité. Sa disparition laisse cependant grandes ouvertes toutes les interrogations, car son successeur naturel n’est autre que Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum, son cadet de quelques semaines. Le problème est que ce dernier n’a jamais accepté l’autorité du pouvoir central de Tivaouane, dont il a contesté pendant longtemps la légitimité. Ses apparitions dans cette ville sont épisodiques, voire très rares, et se circonscrivent aux Champs des Courses de la ville où il tient depuis plusieurs années ses propres célébrations du Maouloud, grand rassemblement annuel de la confrérie. Intellectuel de haut niveau, homme d’affaires et leader charismatique des Moustarchidines, il vit reclus dans sa somptueuse villa du quartier résidentiel de Fann. Orateur d’une pertinence exceptionnelle, ce maître du verbe, manie l’arabe, le français, le wolof avec dextérité. Imprégné de philosophie grecque et de culture française — il a fait de longs séjours à Paris -, maîtrisant à la perfection le Coran à travers toutes ses humanités, Cheikh s’est illustré par ses sorties imprévisibles et ses prises de position politiques hiératiques. Leader politique, éditeur de journaux et revues, pamphlétiste de renom, il a toujours adopté une démarche opposée à celle de l’épicentre du pouvoir situé à Tivaouane. Ses dissensions avec ses demi-frères ne sont un secret pour personne. Et ses absences répétées aux évènements familiaux marquants ne surprennent plus guère. Bien au contraire, les apparitions de Cheikh suscitent de grandes mobilisations populaires, largement médiatisées, à l’instar de ses nombreuses conférences radio et télédiffusées en boucle à l’occasion des fêtes religieuses, et très souvent dans les espaces médiatiques des jeudi et vendredi soir.

Cheikh l’enchanteur

Al Makhtoum passionne ses foules de talibés qui boivent ses prêches, pour doper leur foi et consolider l’immense vénération qu’ils lui vouent. Il séduit par son savoir encyclopédique et son talentueux verbe des hommes et femmes qui, sans appartenir à son cercle religieux, sont convertis en férus amateurs d’éloquence de bon aloi, de savoureuses rhétoriques, de succulentes paraboles. La modernité de ses préconisations autant que la centration de son discours sur son époque, actualisent la tonalité discursive du Cheikh. Elles attirent de facto des générations de jeunes talibés que les prêches jusqu’au boutistes, stigmatisatrices, voire intolérantes, insupportent.

Il est vrai que la lignée de Ababacar Sy, bénéficie d’une base affective forte et populaire avec à la clé un maillage territorial conséquent, au plan national et dans la diaspora sénégalaise. En cela, elle conforte une vieille recommandation de El Hadji Malick Sy, continuateur de la pensée Tidjania propagée en terre africaine par Cheikhou Oumar Foutiyou Tall. Ce précepte voulait justement que la primauté du leadership du khalifat revienne au Guide justifiant du plus grand bassin d’adhésion populaire. Tout le substrat de l’attitude irrédentiste d’Al Makhtoum vis-àvis du pouvoir central de Tivaouane réside dans cette interprétation horizontale et non verticale de la transmission du pouvoir.

Tradition séculaire

En remettant en cause le principe de linéarité horitondale, il a créé un autre pole du pouvoir fondé cette fois sur l’altérité, c’est-à-dire l’existence d’une ligne parallèle, qui détermine son propre territoire, ses repères, son organisation, son positionnement. Mais l’histoire est souvent remplie de curiosités. En effet, si un tel précepte était appliqué, le khalifat, qui a échappé aux descendants de El Hadji Omar TALL aurait pu revenir à El Hadji Ibrahima Niass de Kaolack, Ahmadou Cissé de Pire ou El Hadji Rawkhane NGOM de Pal, compagnons et proches de Malick Sy. Et pourtant en 1922, à la disparition du Maodo, c’est Ababacar Sy, alors basé à Saint Louis où il servait comme traducteur, qu’on alla chercher pour perpétuer « dynastiquement » l’œuvre de son père. Il n’avait que 35 ans. La voie horizonale ayant prévalu en 1922, il n’y avait aucune raison qu’il n’en fut pas ainsi en 1957 quand Dabakh fut intronisé et quand, en 1997, Serigne Mansour, le khalife qui vient de décéder, devait lui succéder. Mais il faut croire que Cheikh Al Makhtoum avait sa propre grille de lecture qui, tout en méritant respect et considération, n’en constitue pas moins source de dissensions. Simple logique familiale, les fils d’abord, les petits fils après, les aînés avant les cadets.

C’est donc fort d’une tradition séculaire de transmission du khalifat que Abdoul Aziz Al Amine déclara Cheikh Al Makhtoum Khalife d’office, naturel et imprescriptible. Tradition contestée, mais tradition respectée. Mais le porte-parole et le légataire naturel du khalifat, c’est de notoriété, ne font pas bon ménage. La déclaration d’Al Amine en dit assez à la fois sur l’absence du présumé nouveau khalife aux obsèques et sur l’état de leurs relations.

Enfermé dans sa légendaire attitude mutique, Cheikh Al Makhtoum prolonge le suspense. Il n’a rien dit. Et personne en son nom n’a encore rien dit. Il y a eu, certes sur le tard, la déclaration de son mythique et très proche fils Moustapha Sy, grand leader des Moustarchidines faite depuis le Maroc. Il annonçait l’envoi d’une délégation à Tivaouane pour présenter des condoléances qu’il aurait dû, selon nos traditions, recevoir, le défunt khalife étant malgré tout son oncle. Hormis cette sortie jugée tardive, aucune position officielle du khalife n’est jusqu’ici exprimée et rendue publique. Abdou Aziz Amine, lui-même frère de lait du nouveau khalife, a affirmé ne pas l’avoir joint au téléphone et devoir rester à son écoute. En affirmant sa volonté de tenir la baraque en attendant d’y voir plus clair, il ne donne nullement l’intention de vouloir rompre une tradition bien étable depuis 1922. Comment pourrait-il lâcher les amarres si aucun timonier ne se présente à la barre ?

De l’émotion à la polémique ?

Passés les moments d’émotion, la période des questionnements s’installe. Combien de temps va durer ce black-out sans que cet écran noir ne vienne jeter un trouble dans les esprits des talibés et de l’opinion ? Si les déclarations d’Al Amine, devant les autorités ont été ponctuées de salves d’applaudissements approbateurs, rien n’indique que le magistère de Al Makhtoum s’ouvre sous les meilleurs auspices. Rien aussi ne permet de croire que le khalife naturel l’exercera à Tivaouane, siège de la confrérie où, semble-il, il ne dispose que de modestes pied-à-terre. De toute façon, selon de sérieux témoignages, Cheikh n’aurait jamais envisagé de s’y installer. Malade depuis de longues années, certains le pensent, à tort peut-être, inapte à exercer le devoir de khalife qui exige vitalité physiologique et psychologique. Sa dernière apparition publique remonte en juillet lors des universités de ramadan des moustarchidines à Yoff où il ne fi qu’un passage symbolique éclair.

Des sources non officielles, mais socialement proches du nouveau khalife, se disent étonnées et surprises que son fils Moustapha Sy ait fait sa déclaration de bonne intention au Maroc. Elles n’excluent pas la possibilité que le deuxième fils et fidèle lieutenant du Cheikh fut à ses côtés dans un centre de traitement au Royaume chérifien, donc hors du Sénégal. Mais tout cela n’est, pour l’heure, que pure spéculation. Seule une apparition du Cheikh retranché dans sa villa de Fann, sera édifiante.

Khalifat par procuration

Une chose est certaine : malgré la sérénité des talibés et la tempérance des propos d’Abdou Aziz Al Amine, porte-parole de la famille, l’épilogue de cette transition est encore incertain. Pour beaucoup, on voit mal comment le vieux Guide âgé de 87 ans, en quasi-exil dans son environnement médicalisé, pourrait prendre les rênes d’un pouvoir aujourd’hui entièrement entre les mains de son rival de frère. Et si, par extraordinaire, il en acceptait la charge, l’essentiel de cet exercice pourrait revenir à son fils Moustapha Sy dont les relations avec son oncle « intérimaire » sont réputées délicates. Somme toute, si une telle hypothèse de l’exercice du khalifat par Al Makhtoum se confirmait, il y aurait fort à croire que Moustapha Sy, très influent auprès de son père, serait le vrai homme fort du système. Un khalifat par procuration ? Sans doute, mais avec quelles conséquences, pour ceux qui depuis 1957 se présentent comme les gardiens de l’orthodoxie, les piliers du temple ? Il s’agit en l’occurrence, et entre autres, des autres fils de Ababacar Sy (ceux de Moustapha Sy Djamil de Fass) qui n’ont pas suivi la voie théorisée et développée par Cheikh Tidiane, les descendants d’El Hadji Abdoul Aziz Sy, du Grand Mansour Sy , de leur frère Habib Sy et des autres membres élargis de la famille Sy.

Il n’est pas exclu qu’une phase polémique survienne après celle de l’émotion, comme c’est le cas souvent dans toute situation inattendue. La confrérie tidjane aborde une phase critique de son histoire. Elle a des ressorts suffisamment solides pour la transcender. Une nouvelle génération de jeunes « guides », Mansour Sy Djamil, Malick Sy Dabbah, Mbaye Sy Abdou, et tant d’autres pourront certainement insuffler une nouvelle approche de la gestion de la tarikha en rapport avec les enjeux nationaux et mondiaux nouveaux. Pour l’heure, Al Amine, flanqué de Serigne Mbaye Sy Mansour, veille au grain soucieux comme toute la descendance de El hadji Malick de garder intact ce précieux héritage qui dépasse les limites du Sénégal.

source leral



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