
Il devient urgent face à tous les problèmes que génèrent la gestion du foncier de libérer de véritables espaces de débat pour confronter les producteurs ou détenteurs fonciers, aux consommateurs fonciers.
Au Sénégal, cette tache ne sera pas aisée, car cette question centrale relative au foncier, implique au premier degré les marabouts, une couche extrêmement sensible non encore séduite par les vertus de la République.
Les marabouts restent donc, les citoyens les plus friands de terre. Ils en disposent et en exploitent à volonté partout à travers le pays. Exploitants agricoles, ils ont très tôt, ou mieux compris le formidable parti que l’on peut tirer de l’exploitation agricole pour des espaces acquis sans bourse délier, sans peine, et le plus souvent par le truchement de disciples en quête de bénédiction.
Les décideurs politiques qui doivent veiller à la bonne et équitable distribution du foncier, offrent généreusement des terres aux Maras qui en retour leur garantissent les suffrages des talibés.
Rien ne s’oppose plus alors à l’accaparement des terres, par ces derniers. Le statut, l’histoire, et l’Etat, tous concourent à leur garantir ce qu’il convient d’appeler « blanc seing foncier ».
Certes, il reste énormément d’espaces à exploiter au Sénégal, la terre est, on en convient suffisamment large pour nourrir et loger ses fils, mais il en demeure pas moins que l’Etat doit inventer des mécanismes pour réguler la gestion foncière. Le monopole détenu par les marabouts fait un peu désordre.
Ceux qui en pâtissent le plus, ce sont les promoteurs immobiliers.
Ces derniers munis d’un projet structurant et de moyens conséquents butent sur la boulimie de certains marabouts accapareurs de terres qu’ils soumettent à une exploitation informelle, et souvent sans impact réel sur le développement national. Il est rare de les voir s’offrir des moyens modernes d’exploitation. Pour eux la force du disciple suffit.
Contrairement aux promoteurs immobiliers soumis aux règles d’un marché aussi volatile que spéculatif, les marabouts eux ne vivent pas ces contraintes. Mais le monopole exercé par eux sur tant d’espaces prive les promoteurs de terres à bâtir et il en résulte une tendance haussière des produits immobiliers.
Depuis 2000, le marché immobilier a connu un essor prodigieux, faussant les pronostics et selon l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (A.M.S.D), de 2000 à 2010 les prix des logements ont enregistré une hausse de 233% à Dakar.
Cette flambée se justifie quelque part par la main mise de certains exploitants, et l’hostilité de décideurs spéculateurs à l’endroit de certains promoteurs contraints de s’exiler à cause d’un climat des affaires défavorable.
Mais il n’est pas trop tard. Le tir peut être rectifié avec pour substrat l’adoption d’un contrat de confiance.
Ousmane Diouf
Publié le 25 mai 2013 | par | lu 25 fois
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