
A 48 heures de la 110ème édition du Gamou, Tivaouane est dans une effervescence indescriptible. Les activités commerciales foisonnent dans les rues et jusque sur les trottoirs. De la gare routière au cœur de la cité de Maodo Malick Sy, le grand bazar annuel prend ses quartiers et les affaires sont florissantes. Il est environ 11 heures. La gare routière de Tivaouane grouille de monde. Dans cet espace d’où le fidèle entre en contact avec la terre de Tivaouane, c’est le branle-bas. Responsable à la gare routière, Abdou Mbow constate qu’avec cet évènement majeur que constitue le Gamou, le trafic augmente de manière exponentielle. Interrogé sur la propreté des lieux et l’ordre dans lequel les véhicules sont stationnés dans les hangars, il indique que des jours auparavant, ils ont procédé à une opération de nettoiement pour rendre la gare routière salubre et attrayante. Selon lui, avec l’affluence attendue, le vaste terrain qui sépare les Hlm de la gare routière est mis à profit pour faciliter le stationnement des véhicules de transport en commun. D’ailleurs, des séances de sensibilisation ont été faites pour les vendeuses et les professionnels du transport, d’une part sur le stockage des marchandises dans les emprises délimitées pour les activités marchandes et sur les risques encourus à la recherche de clients entre les véhicules et, d’autre part, sur le respect de l’ordre établi dans la gare routière de Tivaouane et le culte des bons comportements chez tout professionnel digne du nom. « Nous avons la chance de vivre dans une ville religieuse, d’où l’exigence de soigner sa conduite conformément aux recommandations du Coran et des hadiths du prophète Mohamed (Psl).
Sur l’agenda des habitants de Tivaouane Habitant de Tivaouane, Abdou Mbow indique que le chef de famille de la ville de Maodo dépense plus le jour du Gamou que durant la fête de Tabaski. Car, outre le fait d’héberger des pèlerins et de les restaurer, le cadre de vie familiale est remis à neuf, l’épouse et les enfants doivent passer chez le coiffeur ou la coiffeuse, mais aussi chez le tailleur. « C’est vous dire que cet évènement religieux est préparé toute l’année par les familles à Tivaouane », note-t-il. Ainsi, pour faire face à ses énormes dépenses, il soutient que des cotisations sont instaurées et tout le monde participe : les émigrés, les résidents et même les enfants. A titre d’exemple, un homme assis sur une chaise est en train de compter de la monnaie, fruit de la participation d’enfants demeurant à Keur Mbaye Maty à une dizaine de kilomètres de Tivaouane. A l’en croire, avec cet argent, il va leur payer un mouton pour la préparation du dîner de ce grand jour. C’est dire qu’au-delà même de la commune de Tivaouane, les populations de villages environnants s’organisent toute une année pour fêter l’évènement. Sur l’axe qui part de la gare routière au marché de Tivaouane, des jeunes sont en train de confectionner un abri où ils entendent vendre des noix de coco. D’après Malick Sall, demeurant au quartier Keur Matar, chaque année, il y a un grossiste qui arrive avec sa marchandise qu’il redistribue à ceux qui veulent faire des affaires avec lui pendant le Gamou. « Chaque année, mes camarades et moi reprenons notre commerce de noix de cocos pour gagner de l’argent », confie-t-il.
Un événement qui se prépare toute l’année Au détour d’une rue, non loin du marché, Babacar Ndiaye, un peintre, pinceau à la main, devise tranquillement avec son accompagnant. A l’en croire, depuis une quinzaine de jours, ses chantiers foisonnent au point qu’il est obligé de travailler tard dans la nuit pour pouvoir honorer ses engagements. « C’est la même chose pour les autres corps de métiers, tels que les maçons, les plombiers, les électriciens, les menuisiers, toutes catégories confondues, les frigoristes, etc. », martèle-t-il. Depuis plusieurs années, il dit constater que le Gamou reste la période des vaches grasses pour les ouvriers de Tivaouane. Non loin de là, Nafissatou Seck, assise devant une table remplie de tubes de vernis et de henné, dit attendre des clientes pour leur teindre les mains, les pieds et leur vernir les ongles. « Je sais aussi tresser, mais c’est la nuit que je m’y adonne chez moi », ajoute-t-elle. A hauteur de la gare de Tivaouane, de l’autre côté des rails, les vendeurs de bois de chauffe ont établi leur Quartier général. Entourés de plusieurs tas de bois, Ibrahima Sall et ses camarades venus de Mbaaye, un village de Koungueul dans la région de Kaffrine, proposent des fagots dont le coût varie jusqu’à 5.000 Fcfa. Selon ces jeunes, l’éloignement du trajet et le coût élevé du transport font qu’ils ne peuvent pas faire autrement. « Nous sommes des paysans, mais faute d’une bonne récolte l’hivernage dernier, nous sommes obligés de nous adonner à d’autres activités pour appuyer nos familles qui se trouvent dans cette contrée confrontés à la soudure », soulignent-ils. Dans certaines rues, des commerçants ont déserté leurs emplacements pour venir exposer des marchandises dans des abris de fortune établis sur les trottoirs pour être plus visibles et accessibles. Dans ces installations, les vendeurs de matelas sont les plus remarqués.
source le soleil
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