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La société civile, arbitre, acteur de substitution et/ou soutien du système partisan au Sénégal ?
Article mis en ligne le 28 janvier 2012 par THIESINFO
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La problématique de la société civile et son intervention dans le processus de démocratisation en Afrique ont suscité des positions très controversées. Certaines analyses de la transition démocratique privilégient les élites et les structures politiques et considèrent la participation de la société civile comme secondaire. D’autres posent le principe de « l’indissociable couple » entre la société civile et la démocratie, ou la nécessité d’étudier la société civile pour mieux comprendre les changements démocratiques en cours, ou enfin la considèrent comme un élément fondamental dans la consolidation démocratique.

Au Sénégal, la pertinence de l’intervention des mouvements sociaux et citoyens dans le processus de démocratisation trouve son fondement dans l’ouverture du système politique sénégalais qui favorise la construction d’un modèle intégré et participatif .Les différents régimes qui se sont succédé au pouvoir depuis l’indépendance, ont progressivement mis en place un cadre juridique favorable à la constitution de forces sociales organisées, pouvant intervenir dans le jeu politique sans en devenir les acteurs principaux.

En effet, pour faire avancer le processus qui est en cours après plusieurs périodes de règne de parti unique, de système partisan limité ou pour pousser les dirigeants à faire preuve de plus de transparence dans la gestion des affaires du pays, la société civile dans sa composante la plus intellectuelle s’ouvre de plus en plus aux choses politiques. Cependant, le concept de société civile, est, en lui-même est très flou, mouvant et revêt un caractère politique dans la mesure où, d’une façon ou d’une, il a toujours référé au pouvoir politique.

C’est dire qu’aujourd’hui, les partis politiques ne sont plus les seuls médiateurs des intérêts des populations. Pour définir la société civile, on utilise souvent un critère matériel qui renvoie à une structuration et une organisation de ses composantes. D’un point de vue institutionnel, nous pouvons dire que c’est tout ce qui est structuré et se situe en dehors de l’État et des partis politiques. Légitimée par un formalisme juridique, elle suppose une certaine reconnaissance de la part des pouvoirs publics. Mais ces deux critères ne suffisent pas si on se situe dans une dynamique de transformation de l’action publique. Aujourd’hui, le dynamisme des « sociétés civiles » s’apprécie par rapport au rôle qu’elles peuvent jouer dans les démocraties contemporaines. Elles ont des fonctions de régulation sociale et d’influence sur les décisions de la sphère globale qu’est l’État. C’est pourquoi, toute la différence se situe au niveau de la finalité des actions de la société civile. Au contraire des partis politiques qui aspirent à conquérir et exercer le pouvoir politique, la société civile doit se limiter au stade de régulation, d’influence et d’orientation des décisions des autorités administratives et politiques.

C’est une association de personnes réunies par des besoins, avec une organisation juridique pour assurer le respect des personnes et de leur environnement en assumant une mission de surveillance et de prévoyance.

Nous pensons que la société civile est un contre-pouvoir destiné à défendre les intérêts de la nation. Elle est censée être apolitique au sens où elle ne réclame pas les suffrages des électeurs comme le ferait un parti politique mais en Afrique, elle sert le plus souvent de moyens pour entrer en politique.

C’est à ce niveau que réside toute la difficulté d’une définition claire surtout dans les pays en voie de développement, et plus particulièrement, en Afrique. Cette difficulté est d’autant plus sérieuse dans la mesure où nous constatons que certains systèmes juridiques sont conçus de telle sorte, que la participation de la société civile au même titre que la société politique, est admise. Nous pouvons citer le cas du Sénégal avec la consécration des candidatures indépendantes. Il faut souligner que pendant longtemps, la société civile s’est cantonnée à sa fonction d’expression des demandes à travers les syndicats, groupes de pression et associations diverses.

Or, avec le modèle intégré, elle aspire à une fonction de soutien qui a une implication dans la régulation et la réduction des demandes dont elle est bénéficiaire. C’est ainsi que de nombreuses actions de sensibilisation sont initiées par la société civile. Dès lors, elle devient un acteur alternatif pour le développement du processus. Elle change de position par rapport à l’environnement en intégrant le système politique. Elle ne se limite pas à critiquer les décisions administratives ou politiques en réponse à ses demandes mais elle cherche des solutions par ses initiatives ou dans la collaboration avec les autres composantes du système.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle ne dispose pas de la latitude de formuler des demandes. Sa fonction revendicative est toujours présente. Cette situation, loin d’être un obstacle à l’amélioration de la démocratie, facilite l’existence d’un processus de concertation.

Autonomes et organisées, les organisations qui se réclament de la société civile, pour survivre doivent jouer un rôle d’arbitre, de contrôle et de soutien de toute politique de réalisation, de préservation et de consolidation des intérêts des populations . Cependant, force est de souligner que si la participation de la société civile est nécessaire et souhaitable, il y a des obstacles qui entraînent des insuffisances dans son intervention. Ce qui n’est pas sans entraves quant à son développement. Si on analyse le paysage sociopolitique sénégalais à l’approche des élections du 26 février 2012, on peut relever plusieurs obstacles. Ils sont de nature politique du fait notamment de la difficile distinction entre société civile et politique d’abord, mais aussi du fait de l’impossible repérage de leur espace d’intervention dans le paysage sénégalais. C’est ce qui fait qu’on assiste à la création d’un « mouvement de la société civile » dans lequel partis d’opposition et mouvements citoyens se retrouvent. C’est le cas du M 23 où la coexistence du mouvement Y EN A MARRE et tous les partis qui s’opposent au pouvoir se mobilisent. C’est aussi le cas de « Benno alternative 2012 né de la dislocation de Benno Siggil Sénégal, qui est une jonction de partis politiques, de mouvements citoyens et candidats indépendants qui avait choisi Abdou Latif COULIBALY comme candidat déclaré à la présidentielle de février 2012.

Par conséquent, la société civile, ayant comme orientation de base l’influence du pouvoir politique et non son exercice, peut devenir un lieu de refuge des parties déçues de la classe politique, mais aussi lieu de redéfinition des stratégies de conquête du pouvoir en jeu par les acteurs en quête du suffrage. Parfois, la société civile peut manifester des apparences qui la rapprochent de la société politique en dévoilant ses penchants ou ambitions politiques. Certaines parties de la société civile s’investissent ouvertement dans un engagement politique et une dynamique de conquête du pouvoir. C’est ce que nous voyons tous les jours à travers les déclarations de candidatures indépendantes dont la multiplicité pose un problème d’efficacité et de coordination. Il en est ainsi de la candidature d’Ibrahima FALL (Taxaw Tem), de Mansour NDIAYE (Doley Yakkar), de Bruno D’ ERNEVILLE(Pact) qui vient de se retirer de la liste des candidats, de Youssou NDOUR (Fekke Maci Bollé), de Cheikh Tidiane Gadio (Luy Jot Jotna), Serigne Mansour SY Djamil (Bès du ñakk), Amsatou Sow Sidibé (Car/ Lénéenne) et même éventuellement celle des lutteurs pour ne citer que celles là. La question qu’on peut se poser est de savoir si certaines candidatures ont-elles leur raison d’être. Ne constituent-elles pas une surcharge voire une dénaturation du rôle d’arbitre, de contrôle, de soutien et de pression de la société civile. En 2000, l’alternance ne s’est-elle pas réalisée grâce aux efforts conjugués de toutes les composantes de la société civile pour sécuriser le processus électoral ? D’une phase de résistance passive, la dynamique de la construction des mouvements sociaux a dépassé de simples revendications atteignant une dimension interpellatrice et contestataire. Mais la floraison et l’envie des candidatures indépendantes peuvent constituer un obstacle à la survie et vitalité de la société civile pour plusieurs raisons : Beaucoup de structures disparaissent avec la circonstance pour laquelle elles ont été créées. L’absence de moyens financiers et matériels limitent leur durée de vie dans la scène politique et dans l’espace public et atténuent leur indépendance vis-à-vis des structures politiques. En effet, plusieurs institutions ne survivent pas. Elles disparaissent ou ne jouent pas leur rôle ou encore, ne disposent pas des moyens d’assurer leur bon fonctionnement.

Dans une démocratie en construction, le soutien apporté par un cadre de réflexion à une vision d’un candidat pour une meilleure gestion des biens publics ne peut être que salutaire. Les « Actionnaires de la République », soucieux du principe de la bonne gouvernance et de l’instauration de la démocratie continue, s’engagent à accompagner le candidat Idrissa SECK dans la mise en œuvre effective de son programme politique présenté aux sénégalais en vue de l’élection présidentielle du 26 février 2012.

Mais au-delà de l’élection, tout actionnaire en fonction de son domaine d’expertise, continuera à apporter sa contribution aux réglages, orientations sur l’action gouvernementale qui découle de la politique définie par le candidat devenu Président de la République. Face aux dérives de la représentation politique, aux effets négatifs pouvant découler de la majorité parlementaire qui souvent obéit à une discipline d’un parti politique dominant, « l’actionnaire » garde son indépendance ainsi que toutes ses capacités de critiques. Il constitue un outil de contrôle de l’action politique, de sensibilisation des populations par rapport au non respect des engagements pris par le candidat dans la phase de campagne électorale. C’est en ce sens qu’il joue le véritable rôle de la société civile.

Demba FALL Docteur en science politique





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