L’ex-président a été capturé par les combattants d’Alassane Ouattara, puis transféré à l’hôtel du Golf. L’envoyé spécial du Figaro raconte.
Laurent Gbagbo est assis sur un petit canapé. Il garde un visage étonnamment calme, digne. « S’il vous plaît. Pas maintenant, je n’ai rien à dire. » Seule la voix du président désormais déchu trahit sa fatigue et la grande peur des dernières heures. L’ex-chef d’État est sonné, à terre. Autour de lui, les cinq soldats des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) qui assurent sa garde demeurent silencieux. Ils semblent bizarrement intimidés. La petite chambre de l’Hôtel du Golf où Laurent Gbagbo est retenu prisonnier semble étrangement étroite. En face, son épouse, Simone, cache ses yeux tuméfiés entre ses mains, ne laissant plus apparaître qu’une coiffure emmêlée. Sa robe est déchirée. Sa peau est rougie par les coups donnés par la petite foule d’opposants déchaînés. À l’extérieur, un homme brandit une mèche de cheveux en criant : « C’est la tresse de Simone ! » Brutale et inattendue
La chute et l’arrestation de Laurent Gbagbo furent à l’image de toute la crise ivoirienne, brutales et inattendues. L’attaque de la résidence a eu lieu vers 10 heures du matin. Tous les commandants des FRCI, de Zacharia Koné à Chérif Ousmane, ont pris part à cet ultime assaut aux allures d’hallali. Les défenses de la villa, pilonnées toute la nuit et une bonne partie de la matinée par les hélicoptères de l’armée française et de l’ONU, avaient été réduites à néant. Seule une poignée de miliciens gardait encore la porte. Les six cents hommes des FRCI, soigneusement sélectionnés, l’ont emporté sans mal sur ces derniers fidèles. « Cela a été très rapide. On s’est à peine battu. Je ne sais même pas si on a tiré un coup de feu », sourit le commandant Issiaka Ouattara, dit Wattao, en lançant des regards hilares à son prisonnier de luxe.
À quelques mètres à peine, Michel Gbagbo, le fils aîné de l’ex-président, est assis sur un lit défait. Il écoute, la tête basse. Sa face tuméfiée et les blessures au pied témoignent d’une nuit de cauchemar. « Les hélicoptères ont tapé toute la nuit. On a reçu au moins trente bombes. Lundi vers onze heures, un incendie a éclaté. C’était petit, on pouvait tenir. Puis les hélicoptères sont revenus ce matin. Cette fois, le feu a pris dans toute la villa. On a dû sortir du bunker. Dehors, il n’y avait plus de soldats. J’ai pris un de mes vieux tee-shirts pour faire un drapeau blanc et on a attendu qu’ils viennent, sans savoir ce qui allait se passer. » Michel Gbagbo raconte à mots hachés, le regard vide. Il a échappé de peu au lynchage et ses jambes tremblent encore. « Il faut le tuer. Et pas des balles »
À l’Hôtel du Golf, la nouvelle de l’arrestation de Laurent Gbagbo n’a d’abord provoqué qu’une agitation agacée. Personne ne veut croire à cette chute si facile. Puis le passage de l’homme honni, a demi-nu, comme une surprise au beau milieu du hall, lève soudain les doutes. Immédiatement, une clameur frénétique secoue les bâtiments. L’entrée est envahie en quelques secondes par des centaines de partisans déchaînés d’Alassane Ouattara, ainsi que par des militaires en liesse. Cela hurle, cela crie, dans tous les sens, des slogans souvent incompréhensibles. On se tasse devant la porte donnant accès aux étages. Tout le monde veut voir le prisonnier. Tout le monde l’exige. « J’ai fait la guerre. J’ai le droit », braille un ex-rebelle, en brandissant une amulette. « On ne veut pas de prison pour lui. Il faut le tuer. Et pas des balles. Comme ça », tempête son voisin, en faisant tourner avec de grands moulinets une hachette au-dessus de sa tête.
Lentement, la nervosité gagne. La joie fait place à une dangereuse colère rétrospective, à une ambiance de curée. L’arrivée des autres pensionnaires du bunker tourne à la tentative de lynchage. Ils sont livides. Assis à l’arrière d’un camion déglingué, Désiré Tagro, le secrétaire général de la présidence, l’un des plus proches collaborateurs de Laurent Ggagbo, roule des yeux affolés. Il est à demi-nu et soigne sa lèvre fendue avec un bout de pagne. Derrière lui, les deux filles de président se tassent. Tout autour, la foule s’agglutine, vociférante et menaçante. Seule la présence des soldats des FRCI la retient. Les captifs parviendront finalement sans trop de dommage à l’abri. Seule la vieille mère du président sortant ainsi que ses petites enfants semblent échapper à la colère des vainqueurs.
Publié le 24 mai 2013 | par | lu 12 fois
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