
A la tête de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) depuis juin 2012, Abdoul Wane compte poursuivre le travail commencé par l’équipe précédente en y apportant sa touche personnelle.
Quel diagnostic avez-vous fait, depuis votre arrivée, sur l’avancement du projet de l’Aibd ? « La construction de l’aéroport international Blaise Diagne devait durer 33 mois et se terminer en 2010. Deux ans après, l’aéroport n’est toujours pas livré. Les travaux de construction se poursuivront pour quelques années encore. Ce retard, d’après les premières explications qui m’ont été fournies, serait imputable à un certain nombre de difficultés dont la crise financière mondiale de 2008/2009 qui se traduisit par un arrêt significatif de la construction de l’aéroport ; l’identification et le traitement inattendus de cavités présentes dans le sol de Diass ; le renchérissement des coûts des produits pétroliers. D’autres difficultés contribuent également à l’augmentation des délais de construction : garanties bancaires, fluidité des décaissements bancaires, dysfonctionnements dans la collecte et le reversement de la Rdia, décisions politiques inappropriées, problèmes d’ingénierie affectant la construction de l’ouvrage (planning, design, qualité, intégration, tests, choix des équipements, organisation et savoir-faire des équipes projet, management du projet,…), problèmes d’environnement, etc. »
Quel est votre sentiment sur ce qui a été fait avant votre arrivée à la tête de l’Aibd ? « Aibd S.a. est une très jeune et petite entreprise de 30 salariés qui dispose d’un capital humain réduit en termes de management technique et financier pour mener à bien sa mission de financement, construction et gestion de l’aéroport international Blaise Diagne. L’absence également de méthodes d’ingénierie éprouvées et d’outils de conduite et de suivi de projets d’infrastructures ne permet pas de veiller au respect des délais de construction. Enfin le non-respect des règles de gestion et de sécurité du chantier par le constructeur s’ajoute aux risques. L’ingénierie sénégalaise a été mise en veilleuse au profit d’une sous-traitance extérieure totale. Il faudrait veiller à un équilibre dans ce domaine et à un transfert de compétences à terme vers les ressources locales plus économiques si l’on veut disposer d’un hub aéroportuaire international compétitif. Cela est tout à fait possible si l’on garde à l’esprit que dans le domaine de l’aéronautique civile, la réputation du Sénégal n’est plus à faire. Le Sénégal a marqué et continuera de marquer l’aviation civile ouest-africaine avec la présence notamment sur son sol, depuis une cinquante d’années, de l’Asecna (Agence pour la sécurité et la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar), une organisation internationale majeure de la navigation aérienne. Enfin, on se rappellera toujours qu’une des rares grandes compagnies aériennes du continent, Air Afrique, fut créée il y a cinquante ans de cela, par un ingénieur sénégalais du nom de Cheikh Fall. Il dirigea avec succès, pendant plus d’une dizaine d’années, cette entreprise, symbole de l’intégration africaine. »
Quelle sera la capacité de l’Aibd ? « L’aéroport Léopold Sédar Senghor (Lss) fait déjà partie des principaux aéroports de l’Afrique et est le premier dans la zone Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine). En 2010, sa capacité annuelle de trafic était de l’ordre de 1,7 millions de passagers. La capacité annuelle initiale du nouvel aéroport de Diass est de 3 millions de passagers. Graduellement, la conception de Diass lui permettra de supporter 10 puis 20 millions de passagers par an. L’aéroport s’étend sur un site de 4.500 hectares contre 800 hectares pour l’aéroport international Léopold Sédar Senghor de Dakar. En comparaison, l’aéroport Heathrow de Londres est bâti sur 1200 hectares et reçoit 70 millions de passagers par an. Roissy-Charles de Gaulle occupe 3257 hectares et reçoit 61 millions de passagers. L’aérogare compte 44 positions de parkings avions commerciaux et une piste longue de 3500 mètres et large de 75 mètres, il est à même d’accueillir les plus gros porteurs en exploitation, notamment le Boeing 747 et l’Airbus A380, avec un système élaboré de voies de circulation des avions au sol et toutes les installations connexes. L’aérogare, avec ses deux niveaux arrivée et départ séparés, sera également doté de huit ascenseurs, de deux escalators et de quatre tapis à bagages. »
Ce sont deux aéroports rentables pour le Sénégal. Est-il vrai que leur proximité peut poser problème ? « Le problème de la proximité et de la coexistence des deux aéroports sera étudié. Des aéroports proches coexistent dans le monde ; il est, par exemple, fréquent de trouver un aéroport militaire à côté d’un aéroport civil. »
Qu’en n’est-il exactement des litiges fonciers avec les habitants des villages antérieurement établis sur le site de l’Aibd ? « Il faut relativiser. Sur un site de la taille de celui de l’aéroport Blaise Diagne (4500 hectares), il faut s’attendre à y trouver des gens établis depuis des centaines d’années. Les populations qui vivent sur le site de l’aéroport ont été prises en charge par l’Etat, qui leur propose des solutions adaptées tout en évitant d’user de la force pour les exproprier. Ainsi, l’Etat a construit, sur fonds propres, à quelques encablures de l’aéroport, une cité de 300 logements sur des parcelles de 400 m2 chacune pour y recaser les familles. Le site de recasement dispose de raccordements au réseau électrique pour l’éclairage public et de 14 bornes-fontaines raccordées au réseau d’adduction en eau potable. Je dois préciser que les bénéficiaires de ces logements ne pourront pas les vendre avant quelques années. C’est un important effort consenti par l’Etat pour respecter les droits des populations. »
En parlant d’avenir, qu’est-ce que l’Aibd va apporter réellement au Sénégal ? « Cet aéroport est un des futurs socles du développement économique du pays et une réponse à la demande sociale. Ce projet a pour ambition d’accroître la croissance économique du Sénégal, de favoriser la création d’emplois et de richesses, d’influencer l’investissement, d’accroître les exportations et les échanges économiques du Sénégal, de stimuler le tourisme, de maîtriser l’urbanisation de la région de Dakar. C’est aussi un projet qui s’intègre dans de nouveaux espaces d’aménagement du territoire, de nouveaux pôles économiques, qui s’articule autour d’une nouvelle autoroute en construction reliant Dakar à l’aéroport, une nouvelle zone économique intégrée, la naissance de nouvelles villes et qui ambitionne d’offrir une meilleure qualité de vie aux Sénégalais en désengorgeant Dakar la surpeuplée. L’aéroport international Blaise Diagne ambitionne de devenir un hub aérien, c’est-à-dire un carrefour aéroportuaire permettant de massifier les flux de passagers/marchandises tout en permettant aux passagers/marchandises de changer rapidement et facilement de vol. »
Quels sont les apports en création d’emploi ? « La création d’un nouvel aéroport de la dimension de celui de Blaise Diagne aura indéniablement un impact positif sur l’emploi au Sénégal. Dès à présent, le site de Diass emploie, en moyenne, 1500 personnes. En fonction de la charge du projet, il est prévu d’atteindre des pics de 4000 personnes sur le site. A terme, l’augmentation de la capacité économique du transport aérien du Sénégal se traduira, de facto, par une croissance directe de l’emploi dans ce secteur. La création et le développement d’une nouvelle zone urbaine et d’une plateforme économique intégrée autour de l’aéroport amplifieront l’activité économique au Sénégal et, par ricochet, l’emploi. Finalement, ayant acquis un know-how et une longueur d’avance par rapport à d’autres pays en matière de construction d’aéroports et d’ingénierie financière aéroportuaire, le Sénégal se devra d’exporter ce savoir-faire pour construire d’autres aéroports, ailleurs en Afrique. Une fois Diass livré, j’envisage, en tous cas, de m’attaquer, avec Aibd et des partenaires stratégiques, au grand marché africain de la construction d’infrastructures et de services aéroportuaires et offrir ainsi aux Sénégalais d’aujourd’hui et de demain des gisements d’emploi insoupçonnés. »
Quand est-ce que l’aéroport Blaise Diagne sera-t-il opérationnel ? « Le planning de construction des infrastructures de base (aérogares, tour de contrôle, fret, etc.) est en phase de finalisation. La date de mise en service de Blaise Diagne, différente de la date de fin des constructions, dépendra du scénario de cohabitation avec l’aéroport Léopold Sédar Senghor qui sera retenu. Les financements nécessaires à la construction de certaines infrastructures (hôtelières, construction de hangars d’aviation générale, …) ne sont pas encore bouclés. »
source le soleil
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