La localité de Diass (département de Thiès) avait été secouée par des violences suite à un arrêté préfectoral annulant la finale des « Navétanes » de ladite zone, le 20 décembre 2008. Selon le président du Conseil rural, Aliou Samba Ciss, il fallait prendre cette décision administrative pour éviter un trouble à l’ordre public. L’électricité était déjà dans l’air à Diass. D’ailleurs, des dirigeants d’une troisième équipe éliminée sur tapis vert avaient déjà menacé de perturber la rencontre. Après une première réunion tenue à Diass entre le Président du conseil rural, le chef de village de Ngam et l’Asc de la même localité, il avait été décidé de respecter, à la lettre, cette décision du Préfet.
La réunion se termina en queue de poisson, les dirigeants de l’Asc Ngam ayant opposé un niet catégorique à l’arrêté préfectoral. Le jour de la finale, alors qu’ils étaient en regroupement, les joueurs de Ngam apprirent que la rencontre n’aura plus lieu pour des raisons de sécurité. La colère s’empara de la plupart des dirigeants à l’idée de perdre les sommes déjà engagées pour la finale. Quelques heures plus tard, des supporters surexcités se dirigèrent vers le siège de la Maison communautaire de Diass, décidées à faire parler la violence. Les locaux de la Maison communautaire furent saccagés, le mobilier, l’unique ordinateur qui était au secrétariat, les registres de l’état civil et les délibérations du Conseil rural, entre autre, furent détruites. Le président Aliou Ciss évalue le préjudice subi à plus de 15 millions de francs. Dans ce mouvement de foule, le vigile de la Maison communautaire, Souleymane Ndione, dit avoir formellement reconnu Souleymane Faye et Babacar Faye comme faisant partie des casseurs voire des instigateurs. Les quatre autres prévenus, Omar Diouf, Babacar Camara, Alassane Kane et Bassirou Faye ont été dénoncés par d’autres témoins des faits. Entendu devant la barre, Omar Diouf a juré qu’au moment de la casse, il était en regroupement. Le maçon Babacar Faye soutient qu’il ne s’intéresse même pas au football pour tremper dans cette affaire.
« Plus jamais ça ! »
Quant à Alassane Kane, sa passion, dit-il, c’est la lutte. Baba Camara, un encadreur et préposé aux « khons » (pratiques mystiques pour gagner un match), a aussi nié toute implication de sa part. Entendu à titre de témoin à charge, le gardien Souleymane Ndione a réitéré ses accusations : « je reconnais bel et bien Souleymane et Babacar Faye » comme faisant partie des casseurs. Dans son réquisitoire, le procureur a qualifié d’« inadmissibles » les faits reprochés aux prévenus. Fondant sa conviction sur le témoignage du gardien Souleymane Ndione, en ce qui concerne les deux prévenus, le Parquet n’a pas hésité à retenir la culpabilité du reste du groupe. « C’est la deuxième fois que de tels actes se produisent à Diass. Plus jamais ça », dit-il. « Face à la recrudescence de la violence érigée en règle, il est temps que de lourdes peines soient appliquées à l’encontre des fautifs », a ajouté le ministère public. Joignant le geste à la parole, le Parquet a requis une peine ferme de cinq ans de prison contre tous les prévenus.
Me Magloire Ayi de la défense a dénoncé un « acharnement » sur ses clients. L’avocat a accusé les gendarmes à l’origine de la procédure d’être animés par un objectif de mettre les jeunes prévenus dans de sales draps. Il s’est même demandé comment, dans une foule de personnes, on peut arriver à reconnaître les vrais instigateurs. Par conséquent, « je demande au tribunal de ne pas donner corps et crédit au réquisitoire du ministère public », poursuit l’avocat qui a plaidé pour une relaxe pure et simple de tous les prévenus, notamment de Souleymane Faye et Babacar Faye qui ont été ciblés par le vigile de la Maison communautaire. Le délibéré sera connu le 23 janvier prochain.
source le soleil
