Le comité préparatoire chargé de peaufiner la cérémonie marquant les 60 ans passés dans l’univers des arts par le doyen Abdoulaye Ndiaye Thiossane a tout mis en oeuvre pour une parfaite réussite de l’événement prévu au centre culturel régional de Thiès, en présence du ministre de la culture, du gouverneur de la région de Thiès, des autorités de la région et de nombreux invités.
THIES - La belle initiative d’honorer le doyen des artistes thiéssois, Abdoulaye Ndiaye Thiossane, est à saluer. M. Mbaye Kandji, directeur du Centre régional a eu cette idée généreuse consistant à rendre un hommage bien mérité à cette icône de l’art pictural dont l’humilité déconcertante, l’altruisme, la disponibilité au service de ses semblables sont connus de tous.
La fête proprement dite débutera par une exposition des oeuvres du doyen, de 1947 à nos jours. En effet, Abdoulaye Ndiaye Thiossane a très tôt quitté le Cayor des profondeurs pour déposer son baluchon dans la cité du rail. Il n’a eu à taquiner l’école française que pour un court laps de temps, après avoir mémorisé le Saint Coran comme pour la plupart des jeunes cayoriens. Sa seule passion fut le dessin, révèle-t-il. Il se débrouillait et commençait à séduire plus d’un en raison de son sens de l’imagination et de créativité.
En 1949, Abdoulaye Ndiaye Thiossane faisait le tour des cinémas de la place pour rependre intelligemment les portraits de certains acteurs de l’époque, comme Herman Brix, Johnny Weismuller dans le rôle de Tarzan, Eddie Constantine, Clark Gable, Zorro, Albella et Jaay dans le célèbre film hindou Mangala. La liste est longue. Il serait fastidieux de tout énumérer. Le septuagénaire parle de 1.770 tableaux soigneusement gardés à son domicile sis au quartier Médina Fall où il vit avec sa famille. Malheureusement, aucun de ses fils ne suit ses traces, mais l’artiste-peintre, musicien-chanteur, comédien, historien, conteur ne se plaint pas, puisqu’il dit avoir la conviction profonde d’avoir rempli son contrat pour avoir très tôt balisé la voix aux jeunes générations qui le cite comme une référence et un modèle.
Le doyen fut l’un des premiers pensionnaires de l’école des arts avant de revenir à Thiès, précisément à la manufactures des arts décoratifs où il s’illustra par la réalisation de ses oeuvres qui sont vendues hors de notre pays, à savoir, les Etats-Unis d’Amérique, notamment au siège des Nations Unies, la Hollande, la Suisse, la France, le Canada pour ne citer que ces pays. Il forma avec d’autres musiciens l’orchestre de l’Inas (Institut national des aveugles du Sénégal). On se rappelle ses morceaux aussi succulents tels que « céré lambul », « Aminta Ndiaye », « Cumba amul yaay », « kaay nu dem cees », etc.
Cette journée dédiée au doyen Abdoulaye Ndiaye Thiossane sera mise à profit par les organisateurs pour honorer les doyens Baye Gana Kébé, Paa Ibra Tall et feu Gorgui Alioune Diouf « M. Décentralisation ».
D’ailleurs, le cinéaste Pape Seck compte tourner un film documentaire sur la vie et l’oeuvre de l’artiste qui sera projeté lors des 50 ans marquant l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Il ne reste que la subvention octroyée par le ministère de la Culture pour démarrer les activités. A cet effet, le cinéaste lance un appel à toutes les bonnes volontés pour appuyer cette belle idée.
L’homme aux cheveux grisonnants, amoureux de jeans délavés et mouride jusqu’au bout des ongles, n’est pas pourtant riche comme Crésus, voire comme certains artistes du pays. Il dit que sa seule satisfaction, c’est de mettre en avant les relations humaines, même s’il n’est jamais sorti du Sénégal pour vendre son produit. « L’essentiel, dit-il, c’est d’avoir des partenaires qui m’appuient dans ce métier que j’ai choisi à bas âge ».
